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©P.E.Rastoin


Michèle Guigon
La vie va où ?
Femme de théâtre accomplie (comédienne, auteur, metteur en scène, compositrice et accordéoniste), Michèle Guigon nous offre cet automne son troisième solo, coécrit avec Susy Firth et mis en scène par Anne Artigau.
"On va parler de la vie, donc de la mort, de la vieillesse, de la maladie ; on va bien se marrer !" Sur cette note espiègle s'ouvre le nouveau spectacle de Michèle Guigon. Nulle question de disséquer ici les affres de la souffrance sur le mode contemporain de la délectation morbide : avec la générosité, la fantaisie et la jovialité qui la caractérisent, Michèle entend surtout nous entretenir du miracle de la vie, à travers, notamment, son expérience de la maladie, et remettre par le rire nos pendules à l'heure, en cette époque où le règne de l'ambition et de la cupidité nous éloigne dangereusement de l'essence même de l'existence.

"J'allais avoir 20 ans quand j'ai pris conscience avec une perception aiguë de la fuite du temps. Mes deux premiers solos, 'La vie va vite' et 'Une seconde', cherchaient à saisir la dimension temps et sa réalité. Je n'ai jamais eu l'impression de passer à côté de ma vie ou de me la faire croquer. Sa finitude me renvoyait surtout à la question : pourquoi souffrir et avoir souffert ? La maladie m'a permis d'y répondre.

Sur cette Terre où rien n'est inutile et parfaitement conçu - je ne parle pas de l'agencement de l'humain qui reflète extrêmement bien les limites de l'homme ! -,
la vieillesse et la maladie nous rappellent qu'il peut devenir désagréable d'habiter son corps, et nous aident ainsi à accepter plus sereinement le cycle naturel de la vie. Aussi, quand j'entends certains dire que l'homme doit plier la vie à ses désirs, je bondis ! Non, c'est exactement l'inverse ! L'homme doit se plier aux désirs de la vie : elle a tellement plus d'imagination que nous ! Ayons le courage de monter sur son tapis volant plutôt que de la vivre au conditionnel ! Le verbe 'voudroir' n'a pas une once d'imagination ! Trouver le prince charmant, avoir de l'argent, un métier qui nous plaît, de beaux enfants : nous sommes dix milliards conditionnés à voudroir la même chose !

Ouvrons plutôt les yeux pour, à chaque instant, savourer la beauté de la pulsion de vie au cœur de toute chose. C'est là qu'à mon sens se cache la véritable égalité, celle qui nous remet à notre juste place. Il faut arrêter de se croire éternel et de vivre par intérêts, puisque, à moment donné, il faut les rembourser !" En effleurant le corps, La vie va où ? place notre âme face à la maladie : "Il faut bien se persuader que les chimiothérapies aident à guérir car rien ne raconte que ça guérit : tout fait mal ! Le point positif, c'est que la création naît du K.-O. !"
Portrait par Alain Bugnard
Paru le 02/11/2010

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