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Romane Bohringer
© Marion Stalens


Les Amis du placard
Un couple loue des "amis" à une société de services. Logés dans un placard, ces "amis" sont sortis au gré des envies de ceux qu'il faut bien appeler leurs maîtres... Après "Fantômas revient", "L'Enfer", "Jacques et Mylène"..., Pierre Pradinas met en scène la nouvelle pièce de Gabor Rassov : "Les Amis du placard". Il dirige Didier Bénureau, Romane Bohringer, Aliénor Marcadé-Séchan et Matthieu Rozé dans cette comédie noire traitant de la monstruosité au quotidien.
Gabor Rassov
"L'écriture commande, j'obéis"

De quel sujet traite Les Amis du placard ?

Cette pièce s'inscrit dans la lignée de Jacques et Mylène. Elle traite de la monstruosité au quotidien, tente de montrer comment - dans nos sociétés de consommation - le banal et l'abominable peuvent se côtoyer. Il s'agit, bien entendu, d'une comédie, seule façon à mon sens de traiter un tel sujet. Nos comportements sont tellement absurdes, tellement égoïstes et parfois tellement violents, qu'on ne peut, finalement, qu'en rire.

Comment pourriez-vous décrire les deux couples qui se font face dans cette pièce ?

Il y a, d'abord, Jacques et Odile, les "loueurs" : c'est nous tous, mais en pire ! Je me suis beaucoup inspiré de moi-même pour Jacques, partant du postulat que nous avons tous, tous les défauts du monde, mais que Dieu merci, ces défauts ne trouvent pas tous l'occasion de s'épanouir. Jacques et Odile forment un couple de Français moyens qui n'a rien de spectaculaire et dont la monstruosité est, somme toute, assez banale. Ils ont simplement du mal à cesser de penser à eux, à ne pas considérer qu'ils sont le centre du monde. Leur vacuité - abyssale - peut les conduire au pire, et ce, bien qu'ils ne soient pas totalement dénués de lucidité. Quant à Guy et Juliette, les "loués", ils s'inscrivent dans une logique de survie. Il s'agit, pour eux, de ne pas être envoyés au pilon : seul compte l'instant présent. Ils s'aiment, c'est leur force, ont l'immense chance de ne pas être seuls dans ce placard.

Sur quel besoin, ou quelle nécessité, se fonde votre relation à l'écriture ?

L'écriture est une drogue. La monstruosité, le rire et l'ultraviolence sont des constantes dans mes pièces. Je suis incapable de dire pourquoi. Je ne veux d'ailleurs pas le savoir. L'écriture commande, j'obéis. Paradoxalement, il me semble absolument nécessaire de faire passer un bon moment à un public le plus large possible. La notion de plaisir est pour moi totalement indissociable du théâtre.


Romane Bohringer
interprète le personnage d'Odile

"A priori, Odile est une femme ordinaire. Elle a un mari qu'elle aime - même si l'ennui s'immisce parfois dans leur vie -, des enfants adorables, une belle maison, des relations sociales... Mais elle va peu à peu révéler sa part de monstruosité. Devant la servilité du couple d'amis qu'elle et son mari ont 'loué', les pires tentations vont s'offrir à elle : domination, humiliation, oppression... Lorsque j'ai lu Les Amis du placard pour la première fois, j'ai d'abord ri, beaucoup ri. Et puis, j'ai trouvé cette pièce cruelle, saignante et singulière, audacieuse, subversive. J'aime beaucoup l'humour de Gabor Rassov, son esprit, la profondeur qui se glisse avec élégance derrière chacune de ses folies. Son univers ne ressemble à aucun autre. Et ça me plaît. Infiniment. Tout comme me plaît l'univers de Pierre Pradinas, avec qui je vais travailler pour la cinquième fois. J'aime répéter avec lui. J'aime porter ses spectacles sur scène, le soir. J'aime aussi, à chaque fois, partager un bout de vie avec lui. Son théâtre est à l'image de ce qu'il est dans la vie : lumineux, généreux, spirituel, infiniment humain. Grâce à lui, j'ai rencontré un petit monde qui m'a émerveillée : Shakespeare, Labiche et les pièces de Gabor. Pierre m'a fait grandir en tant qu'actrice. Il a souvent vu en moi des choses que personne d'autre n'avait devinées, et m'a emmenée bien plus loin que là où je me pensais capable d'aller."


Didier Bénureau
dans le rôle de Jacques
Pouvez-vous nous présenter votre personnage ?

Jacques est une espèce de gros "beauf" méchant, inculte et suffisant, mais lucide, et donc très drôle. Il me fait rire. C'est toujours très jubilatoire de jouer les cons.

Qu'est-ce qui vous a séduit dans ce projet théâtral ?

La pièce, d'abord et avant tout. Et puis, Pierre Pradinas, dont je connais le travail. Ensuite, toute l'équipe, à commencer par Romane Bohringer pour qui j'ai beaucoup d'estime... J'ai l'impression de me retrouver dans une famille de gens talentueux, généreux, et fort sympathiques... Mais ils ont certainement des côtés cachés très sombres, envieux et très méchants !

Quel regard portez-vous sur l'écriture de Gabor Rassov ?

J'avais vu Jacques et Mylène de Gabor Rassov, à la Gaîté-Montparnasse, il y a quelques années. J'avais adoré ce spectacle. C'est une écriture libre, drôle, noire, incisive et absurde. Tout ce qui me plaît. J'aime beaucoup quand le sous-texte de la vie est ainsi dit sur la scène : la noirceur des gens, les mesquineries, la bêtise, la méchanceté, la jalousie... Tout cela peut facilement devenir très drôle. L'écriture de Gabor Rassov est inspirée. Il suit un propos avec une grande liberté d'écriture, sans démonstration, sans effet et sans mécanique apparente, sans littérature. Il nous emmène à l'essentiel sans artifices.

Comment envisagez-vous le double chemin de comédien qui est le vôtre : au sein de one-man-show et de spectacles à plusieurs interprètes ?

Je n'ai pas l'impression de mener un double chemin. Mes envies sont diverses, j'essaie de me faire plaisir en fonction de ce que l'on me propose... Je prends toujours autant de plaisir à jouer mes spectacles. Curieusement, ma jubilation ne varie pas. Je m'amuse autant à jouer La Belle-Mère ou Jean-Jean que lorsque j'ai créé ces sketches. Mais, j'ai aussi envie d'aller voir ailleurs. Jouer avec d'autres comédiens est quelque chose de très différent du one-man-show. C'est moins lourd, je transpire moins, c'est plus confortable et aussi plus délicat. Mais les ficelles sur lesquelles il faut tirer sont les mêmes : l'émotion, le jeu, l'écoute du public...
Dossier par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 07/10/2010

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