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© Brigitte Enguerand


Tatiana Vialle
Une femme à Berlin
Au printemps de 1945, au cœur de la capitale allemande réduite à néant, les Berlinoises se retrouvent aux mains des soldats soviétiques. "Une femme à Berlin" est le témoignage anonyme de l'une d'elles. La metteuse en scène Tatiana Vialle a confié à Isabelle Carré et Swann Arlaud le soin de rendre hommage à ces victimes méconnues de la Seconde Guerre mondiale.
Le spectre du dernier conflit mondial nourrit de nombreuses créations artistiques. Pour quelles raisons cet ouvrage vous a-t-il interpellée ?
J'ai été frappée par son point de vue inédit sur cette période de l'Histoire. À sa parution en 1954, ce récit en forme de journal fut excessivement mal reçu, en Allemagne comme ailleurs : d'abord, parce que les récits des viols apparaissaient comme scandaleux et, ensuite, parce que les Allemands devaient rester les bourreaux de la guerre, bien que parmi eux, certains aient énormément souffert. L'auteur a donc exigé qu'il ne soit plus publié de son vivant. On sait très peu de choses sur elle. Certains ont vaguement réussi à découvrir son identité après son exil en Suisse où elle refusa qu'on l'entretienne de ses écrits. Le détachement et la distance avec lesquels elle raconte trois mois de sa vie où elle vécut des moments d'une violence inouïe sont extrêmement troublants. Mais le fait qu'elle ne soit ni dans la plainte, le ressentiment ou la colère rend sa chronique particulièrement émouvante.

Comment avez-vous transposé ce récit à la scène ?

J'ai opéré de nombreuses coupes et transformé la langue écrite en langue parlée. Mon adaptation fait apparaître Gerd, son fiancé. Le temps de la représentation est la lecture du journal par Gerd, à laquelle cette femme assiste. Ses propres mots dits par Gerd lui remémorent ce qu'elle vient de vivre : la guerre déferle sur Berlin, elle a trouvé un refuge sous les toits qu'elle quitte rapidement car trop exposé aux bombardements. Elle vit alors entre les caves et l'appartement d'une autre femme qu'elle appelle "la veuve"... On devine que cet exercice littéraire l'a aidée à s'en sortir. Le remettre à l'homme qu'elle avait aimé avant la guerre fut, je pense, une manière de s'en débarrasser.

Vous a-t-il été difficile de trouver la comédienne idéale pour interpréter ce rôle hautement symbolique ?

Le visage d'Isabelle s'est imposé dès la lecture du livre car elle a la force de vie du personnage. Elle s'est tout de suite montrée enthousiaste à l'idée d'incarner ce personnage : son anonymat est une force puisqu'elle incarne toutes les femmes qui, en temps de guerre, servent de butin aux armées ennemies.

Dans quel cadre avez-vous choisi de faire évoluer les comédiens ?

Nous ne sommes pas dans les lieux du récit : quand Gerd revient, elle a réintégré son refuge sous les toits. C'est un endroit qui porte les traces de la guerre. Les costumes sont très dépouillés comme ils n'ont plus rien. Le gris est la couleur dominante. Le moment où elle traverse Berlin dévastée est tellement fort qu'il m'a semblé indispensable de montrer la capitale allemande : quelques images vidéo de la ville en 1945 émaillent le spectacle.
Interview par Alain Bugnard
Paru le 25/09/2010

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