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© Laurent Villeret


Ubu Roi
“Ubuesque – adjectif : d’une absurdité comique”
Cette fable-farce d'Alfred Jarry, première d'une série de cinq pièces, donnera naissance au père Ubu, personnage populaire et célèbre au point de faire rentrer dans notre langage l'adjectif "ubuesque". Ce premier opus, le plus connu, est monté ici par Franck Berthier au Vingtième Théâtre avec Jean-Philippe Ecoffey et Marie-Christine Letort dans les rôles du Père et de la Mère Ubu. Rencontre avec un couple ubuesque.
Revenons sur vos parcours...
Marie-Christine Letort :
Après des études d'espagnol, je suis partie vivre trois ans en Espagne puis au Mexique. À mon retour, j'ai fait le conservatoire de Rennes, puis le cours Florent à Paris où j'étais élève avec un certain J.-L. Revol qui m'a alors proposé de jouer dans deux pièces qu'il venait d'écrire. C'est le début d'un long parcours ensemble où nous avons joué Molière, Marivaux, Goldoni, Botho Strauss, Parker, etc. J'ai travaillé avec des metteurs en scène ayant des univers très différents comme J.-P. Tribout ou J.-P.Garnier ou encore P. Calvario avec Richard III. Je viens de jouer dans Roberto Zucco (j'aime énormément le théâtre de Koltès) avec Pauline Bureau au théâtre de la Tempête.
Jean-Philippe Ecoffey : J'ai commencé à Genève, avec Claude Stratz. Puis j'ai passé les auditions et suis rentré au Conservatoire national de Paris que j'ai préféré quitter au bout de trois semaines pour suivre les cours de Patrice Chéreau à Nanterre. Au niveau de mon parcours j'ai un souvenir ému à la scène pour La Mouette au théâtre de l'Odéon, mise en scène par Andrei Konchalovsky avec Juliette Binoche, André Dussollier... Puis, bien sûr, Quai Ouest, dirigé par Patrice Chéreau - il m'a aussi fait jouer à l'écran dans La Reine Margot. J'ai également tourné sous la direction d'autres réalisateurs, de Miller à Blier, en passant par Wajda, Corsini, Richard Berry ou encore Assayas.

Qu'est-ce que ça fait de devenir "ubuesque" ?
J.-P. E. :
Quand Franck m'a proposé ce projet, j'ai trouvé ça très ambitieux. Le danger, selon moi, c'était de trouver la modernité dans ce texte. L'adaptation de Stéphane Guérin, ainsi que la mise en scène et les interprétations vont dans ce sens. Mais le théâtre est une perpétuelle réactualisation des œuvres, il se doit aussi de réinventer des textes. Avec Ubu Roi, il y a une vraie prise de risque et c'est ça qui m'a plu. Moi, j'ai un principe, il peut paraître primaire ou succinct, mais mon but quand je vais sur scène c'est de trouver du plaisir. C'est mon moteur. Et là, avec cette œuvre et ce personnage complètement hybride, surréaliste, on est en plein dedans, car le plaisir vient de la liberté. Avec Ubu, on est comme dans le plaisir de l'enfance, à pouvoir jouer en toute liberté et en toute démesure. Bien sûr, après, tout est mis en scène et écrit, donc tenu, mais incarner Ubu c'est géant ! Et puis, il est important aussi de dire que derrière la farce, il y a aussi la prise de pouvoir, le salopard, le dictateur avec tout ce que ça entraîne de critique et d'interaction avec notre réalité et notre actualité. C'est une farce qui a du fond.
M.-C. L. : Moi, au premier abord, je trouvais que c'était un objet étrange, loin de moi, et du coup très excitant. Le terrain de jeu est formidable. Mère Ubu est un monstre tout puissant, manipulant tout le monde, elle n'est pas du tout vertueuse et c'est jouissif à interpréter. On est dans la farce tragique, dans un univers à la fois drôle et plein d'effroi. Quand Jarry écrit Ubu Roi ce n'est qu'un adolescent, il s'amuse de son prof de physique M. Hébert qu'il présente comme un tyran grotesque : Hébert devient alors Ubu. Il se moque aussi de Macbeth de Shakespeare, reprenant et détournant des répliques entières, Mère Ubu étant Lady Macbeth. L'autre jour, j'ai lu un portrait d'Imelda Marcos, épouse du dictateur philippin déchu : au départ une femme modeste, puis elle épouse le dictateur Marcos et devient alors un monstre. Elle détourne tout l'argent, ouvre des comptes en Suisse, fait construire des palaces... Quand le régime a été renversé, on a découvert 3 000 paires d'escarpins de marque de luxe chez elle et des tonnes de parfums. Aujourd'hui, elle revient aux Philippines, est élue députée à 81 ans et le peuple l'acclame. Incroyable, non ? Je me suis dit que parfois la réalité dépassait vraiment la fiction, et j'ai compris alors la nécessité de jouer Ubu Roi. Revenons sur vos parcours...
Dossier par Samuel Ganes
Paru le 01/10/2010

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