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Annie Mercier
D.R.


Les Acteurs de bonne foi de Marivaux
Voilà des décennies que Jean-Pierre Vincent entretient une relation privilégiée avec "Les Acteurs de bonne foi" de Marivaux. Une relation qui a donné naissance à une "mise en scène éphémère" en 1970, à de nombreux travaux d'ateliers et de stages, ainsi qu'au "rêve constant de revenir un jour à cette pièce". Voilà chose faite, au Théâtre Nanterre-Amandiers, avec notamment, les comédiens Julie Duclos, Laurence Roy, Matthieu Sampeur et Annie Mercier.
Jean-Pierre Vincent

"Échapper au travers ancien et tenace du marivaudage" Vous considérez Les Acteurs de bonne foi comme "un chef-d'œuvre dont les perspectives historiques et la violence latente n'ont d'égale que la transparence lumineuse". Qu'entendez-vous par là ?

Un peu de marxisme ne fait jamais de mal. La pièce traduit une réalité historique bien connue, celle des alliances multiformes entre l'aristocratie (parisienne) et les bourgeoisies de tous étages et de toutes provinces. Ici, c'est entre les richissimes Parisiens (veuves de fermiers généraux...) et les "moyens riches" de campagne, beaucoup plus à pied d'œuvre, "au charbon" tous les jours pour faire travailler les paysans et faire régner l'ordre. Il y a des tensions entre fractions de la classe riche - en particulier sur le plan culturel ! - et fractions de la domesticité citadine, de la paysannerie... Quand on parle habituellement de la pièce, on glose sur les fameux rapports entre "réalité et illusion", thème cher à Marivaux... Bien sûr que ça y est ! Mais cela ne se passe pas dans n'importe quelle société ! Quand Blaise se révolte contre sa patronne, ce n'est pas un événement neutre, et Marivaux le sait fort bien ! Quand Madame Argante voit le pognon s'envoler, ce n'est pas du marivaudage... Marivaux n'est pas Zola, mais il n'ignore pas le monde dans lequel il vit.

Quelle place spécifique cette pièce occupe-t-elle dans l'œuvre de Marivaux ?

C'est pratiquement sa dernière œuvre dramatique, il ne l'a pas vue représentée. C'est comme un testament intime, sur le théâtre et le réel, et quelques craquements de la société française, justement. Encore que le mot "testament" soit sans doute un peu fort pour un homme aussi discret, voire secret. La pièce est un ultime relais dans la série des pièces "didactiques" de Marivaux (L'Île des esclaves, La Colonie...). Ici, la démonstration est cachée derrière une petite fable. Mais l'écrivain est au comble de son art et de sa science dramatique.

De façon plus générale, quel regard portez-vous sur l'écriture de Marivaux ?

Marivaux tend toujours à vous échapper. Étrangement son théâtre est "dans le siècle" et n'y est pas du tout. C'est la difficulté : pour monter Marivaux, il faut être très concret, très "vrai" et aussi dans un "ailleurs". Mais il faut surtout éviter le piège de la "belle langue". Oui, c'est raffiné, mais c'est aussi très cruel : pas charmant du tout ! Marivaux parle avec élégance de la violence des relations humaines tournant autour de l'amour (donc du narcissisme et de ses blessures) et de l'argent. Et le dialogue de Marivaux est imprévisible, loin de l'adorable ronron autosatisfait.

Comment souhaitez-vous aujourd'hui donner corps aux Acteurs de bonne foi, à travers quel prisme de mise en scène ?

"Donner corps", c'est le mot. Ce texte-là doit passer vraiment par le corps. Non pas pour surexprimer ou sursignifier quoi que ce soit, non pas pour survaloriser le corps dans la représentation : ces mots sont simplement de chair et de sang. C'est le corps qui pense et qui parle. Toujours. Et ici particulièrement, pour échapper à ce travers ancien et tenace du marivaudage, des fausses finesses, des artifices. Ah ! le "prisme de mise en scène" ! Mon prisme, c'est "pas de prisme" ! "L'ingénuité est absolument nécessaire à la création", disait Jean Renoir. Je monte rien que le texte, mais tout le texte. Sans doute, malgré moi, j'interprète et je suis aussi "créatif", même si je ne me vis pas comme "créateur". Mais l'essentiel, le centre du travail pour moi est de soumettre mon travail inventif à l'interprétation. Le prisme, c'est le poète. J'en suis seulement un relais.


Annie Mercier
Dans le rôle de Madame Argante

Nommée aux Molière 2009 pour son interprétation du rôle de Dorine (dans la mise en scène de Tartuffe de Molière signée par Stéphane Braunschweig, au Théâtre national de l'Odéon), Annie Mercier a joué, en 2009-2010, dans Rosmersholm et Une maison de poupée d'Henrik Ibsen, sous la direction du même metteur en scène. Elle s'est également illustrée, au printemps dernier, dans Stabat mater d'Antonio Tarantino au théâtre du Lucernaire. C'est aujourd'hui le rôle de Madame Argante qu'elle incarne dans "Les Acteurs de bonne foi." Le rôle d'une châtelaine provinciale qui fera tout pour que sa fille Angélique épouse le neveu d'une riche Parisienne...
Dossier par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 18/09/2010

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