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Benjamin Peñamaria
D.R.


Dernière station avant le désert
“Quand la raison d’État n’a plus d’états d’âme”
Après le Théâtre de Cachan cet hiver, cette pièce de l'Américain Lanie Robertson, traduite et adaptée par Gilles Ségal, se joue au théâtre du Petit Saint-Martin. Un texte engagé, ancré dans notre actualité. Rencontre avec son metteur en scène et les deux comédiens qui donnent vie à des soldats s'en revenant de guerre.
Georges Werler,
un metteur en scène viscéral


Professeur au Conservatoire supérieur de Paris, puis à l'école Claude Mathieu, ce metteur en scène au parcours impressionnant ne laisse rien au hasard. Le choix des comédiens : Rosy Varte, Isabelle Huppert, Victor Garrivier ou encore Michel Bouquet... Le choix des auteurs : Kundera, Mroek ou encore Robertson. C'est la troisième pièce de cet Américain qu'il met en scène. "Cela fait sept ans que je tourne autour ! La grande difficulté était de la distribuer. Le travail le plus délicat du metteur en scène et, sûrement, le plus difficile consiste à bien choisir ses comédiens, en cas d'erreur, c'est souvent catastrophique. Curieusement et paradoxalement, c'est l'acteur qui choisit, qui vous convainc, qui vous prouve que c'est lui pour le rôle et pas un autre. Il faut alors se dégager de la séduction. Choisir un bon acteur, c'est important, capital, mais correspondre, avoir la note du rôle, c'est différent et ça n'a rien à voir avec le talent. Il y a la voix, la chair, cet instinct épidermique... Je réagis alors plus comme un comédien qu'un metteur en scène. Je m'ouvre à l'autre et je le ressens. C'est important surtout sur une pièce si forte." Forte dans le ton et dans le fond.

"C'est une pièce sociologique mais aussi politique et c'est ce qui m'intéresse. Des soldats reviennent du front et vont être utilisés à des fins politiques douteuses. Les politiciens adorent avoir des héros pour servir leur cause. Mais alors comment réinsérer dans la société des soldats détruits, que la guerre a transformés en bêtes féroces ? Comment peut-on les rééduquer, les réhumaniser ? Ici, c'est la guerre du Vietnam, mais ça pourrait être l'Afghanistan ou l'Irak, car le message est tristement universel. Les ravages de la guerre. Nos sociétés modernes tuent leurs propres enfants... Même en France, après l'Indochine ou l'Algérie ! C'est la même histoire qui se répète de génération en génération et de pays en pays, c'est ça qui est immonde. Et le génie de cet auteur, qui a reçu des menaces de mort (on l'accusait de cracher sur le drapeau américain), c'est de prendre une thématique absolument moderne et actuelle et de la traiter avec violence et humour. On est en pleine tragédie et pour qu'elle soit supportable, on a besoin du rire. Avec l'humour on peut parler de tout, même du pire, et c'est là que le théâtre devient indispensable. La vie est devenue aujourd'hui tellement épouvantable que j'ai fait ce choix de vivre dans le rêve, car le rêve corrige le réel et peut agir sur elle. C'est pour cela que je monte des pièces, ces visions-là m'intéressent plus que cette réalité. J'ai besoin de l'humain, d'une histoire qui me porte, et si j'avais monté toutes les pièces qu'on m'a proposées et auxquelles je ne croyais pas, j'aurais fait une superbe carrière mais j'aurais, à coup sûr, trahi mes rêves."


Émeric Marchand,
un comédien passionné

A/près l'École de Chaillot et l'École nationale supérieure de Saint-Étienne, voici un comédien au parcours impressionnant : "J'ai travaillé avec Niels Arestrup, Maurice Bénichou, Patrice Chéreau, Marcel Maréchal, Jean-Pierre Dravel et Olivier Macé ou encore Patrice Kerbrat et, aujourd'hui, avec Georges Werler sur cette pièce qui m'a tout de suite parlé par sa sensibilité, son extrême fragilité et sa violence. Très vite, j'ai compris que le vrai travail tenait en la difficulté de ces personnages riches et intenses, où l'on doit être dans la vérité de ce qu'ils ont vécu - viol, horreurs de la guerre?-, tout en trouvant des substituts dans notre vie et sans être dans le pathos. Tout y est à la fois à fleur de peau, en lutte intérieure et passionné - comme moi ! Cette pièce appartient à un théâtre contemporain qui pose des questions essentielles et indispensables sur la vie, c'est un miroir de notre époque. Elle interroge le public et le comédien dans ce qu'ils sont au plus profond d'eux. C'est en quelque sorte une vraie thérapie existentielle."


Benjamin Peñamaria,
un interprète au sang chaud

Cet enfant de la balle, issu d'une famille d'artistes franco-hispanique, se forme à la Maison des conservatoires à Paris avant de s'engager dans le théâtre : "J'ai toujours voulu faire théâtre. Ma mère étant comédienne et mon père musicien, je ne pouvais pas y échapper. J'ai commencé sous la direction de Jean-Paul Tribout, puis Quentin Defalt ou encore Fabian Chappuis avec qui j'ai travaillé plusieurs fois, dernièrement, sur "Marie Stuart". J'ai joué aussi au Portugal et en Espagne, et signé cinq adaptations en espagnol dont "Un petit jeu sans conséquence" qu'on a monté à Madrid. Un bide ! Mais ça m'a beaucoup appris et c'est ce qui me plaît en tant qu'artiste, on apprend sans cesse, surtout avec des personnes comme Georges Werler. Vous savez, je suis d'une génération qui a grandi avec des films sur la guerre Vietnam comme "Platoon", "Full Metal Jacket" ou "Apocalypse Now", et quelque part, jouer un militaire ça me parlait vraiment. Et puis, c'est une vraie pièce d'écorchés vifs, à l'écriture directe, franche, violente, une vraie poésie réaliste." près l'École de Chaillot et l'École nationale supérieure de Saint-Étienne, voici un comédien au parcours impressionnant : "J'ai travaillé avec Niels Arestrup, Maurice Bénichou, Patrice Chéreau, Marcel Maréchal, Jean-Pierre Dravel et Olivier Macé ou encore Patrice Kerbrat et, aujourd'hui, avec Georges Werler sur cette pièce qui m'a tout de suite parlé par sa sensibilité, son extrême fragilité et sa violence. Très vite, j'ai compris que le vrai travail tenait en la difficulté de ces personnages riches et intenses, où l'on doit être dans la vérité de ce qu'ils ont vécu - viol, horreurs de la guerre?-, tout en trouvant des substituts dans notre vie et sans être dans le pathos. Tout y est à la fois à fleur de peau, en lutte intérieure et passionné - comme moi ! Cette pièce appartient à un théâtre contemporain qui pose des questions essentielles et indispensables sur la vie, c'est un miroir de notre époque. Elle interroge le public et le comédien dans ce qu'ils sont au plus profond d'eux. C'est en quelque sorte une vraie thérapie existentielle."
Dossier par Samuel Ganes
Paru le 01/09/2010

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