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© PE.Rastoin


Jacques Martial
un artiste militant
Principalement connu du grand public pour son rôle dans la série télévisuelle "Navarro", Jacques Martial a toujours revendiqué son goût pour un théâtre engagé. Président, depuis 2006, de l'Établissement public du parc et de la grande halle de La Villette, il souhaite, à travers son action à la tête de cette institution, favoriser la rencontre de la ville et de la banlieue.
Quels sont les liens que vous unissent à la scène et à l'art dramatique ?
Je crois que le théâtre est, dans notre société, l'un des derniers "cercles magiques" dans lequel le sens du sacré est encore vivant. Le désir de pénétrer dans ce cercle demeure intact chez moi. Je suis un comédien gourmand de la scène et du jeu, un comédien qui ne veut pas se laisser enfermer dans un genre ou un style particulier. C'est pourquoi je me suis toujours partagé entre théâtre, cinéma et télévision. À mes débuts, une colère perpétuelle envahissait mon énergie de jeu. Je n'ai compris que plus tard que cette colère n'avait pas grand-chose à voir avec le théâtre.

En 2000, vous avez fondé la Compagnie de la Comédie Noire. Quelle était l'identité de cette compagnie théâtrale ?

J'ai donné ce nom à ma compagnie par énervement (colère encore ?), car à cette époque, il n'y avait pas de comédien noir dans la troupe de la Comédie-Française. Cette "exception culturelle française" qui, d'une certaine façon, venait s'opposer à la diversité culturelle de notre pays, m'était devenue insupportable. Je me posais des questions. Si les mécanismes d'identification inhérents au théâtre étaient toujours opérants, quels publics étaient implicitement conviés à travers cette exclusion et pour leur raconter quoi ? Quels modèles et quelles images de la société étaient valorisés ? Aujourd'hui les choses ont heureusement changé. Avec la Comédie Noire, j'ai souhaité créer un lieu ouvert au dialogue artistique au-delà de la question des origines des intervenants. Je n'ai jamais voulu enfermer la compagnie dans un quelconque "noirisme".

En novembre 2006, vous avez été nommé président de l'Établissement public du parc et de la grande halle de La Villette. Quel projet vous a mené jusqu'à cette fonction ?

Mon?projet, Les Périphériques, a pour vocation de renforcer l'identité de La Villette comme lieu dont la programmation culturelle favorise la rencontre de la ville et de la banlieue, ainsi que les débats sur cette rencontre. La Villette est physiquement ouverte, le parc n'a pas de grilles. Cette ouverture nous rend sensibles aux influences de la ville comme de la banlieue, influences venues des millions de personnes fréquentant chaque année notre site.

Pourriez-vous nous rappeler les missions et le fonctionnement de cet établissement public ?

La Villette a une double mission : d'une part, animer, exploiter et promouvoir l'ensemble culturel urbain du parc et de la grande halle de La Villette, d'autre part, développer et diffuser des activités artistiques, éducatives et sociales ouvertes sur la ville. Près de 6 millions de personnes transitent chaque année sur ce site exceptionnel. Nous devons les accueillir, leur permettre de vivre au mieux le projet qui les amène : assister à un spectacle, visiter une exposition, voir un film, pique-niquer, se promener... En tant que programmateurs, nous sommes tournés vers l'émergence, la veille artistique. Nous travaillons au renouvellement et à la mixité de nos publics. Le théâtre a d'ailleurs fait sa réapparition dans nos salles, un théâtre social. Toutes les formes originales sont bienvenues à La Villette.

Quelles sont les principales évolutions que vous avez impulsées, depuis 2006, à La Villette ?

Elles touchent tous les champs des missions de l'établissement, de la programmation culturelle à l'exploitation et l'aménagement du parc. La thématisation de nos saisons a eu pour but de permettre une plus grande cohérence et une plus grande lisibilité de notre programmation. D'une succession de festivals, nous nous sommes tournés vers une programmation de séries plus longues afin de mettre l'artiste et son œuvre au cœur de notre offre. Nous avons créé le WIP Villette, unique lieu parisien permanent dédié à la danse hip-hop et aux cultures urbaines, avons accru notre présence dans le domaine du nouveau cirque. Concernant les expositions, à partir de cette année, j'ai fait le choix de la gratuité afin de pouvoir atteindre les publics de proximité qui ne sont pas coutumiers de l'art contemporain. Les 3 000 visiteurs le week-end de l'exposition Duane Hanson, le rêve américain m'invitent à poursuivre dans cette direction. Nous allons, pour la première fois, investir le parc pour rendre les œuvres encore plus accessibles. Nous avons entrepris la rénovation des Folies. Dans quelques semaines, le célèbre Jardin du dragon rouvrira avec un nouveau dragon et de nouveaux jeux. Le Jardin des dunes fait lui aussi l'objet d'un vaste programme de restauration, la nouvelle signalétique du parc est terminée... Les chantiers sont multiples et d'importance égale. Nous travaillons à ce que le parc de La Villette puisse répondre aux bouleversements urbanistiques d'aujourd'hui. Cela, afin d'accueillir toujours au mieux publics, artistes et usagers.

Quels sont les principaux rendez-vous artistiques et théâtraux qui seront présentés à La Villette dans les mois qui viennent ?

Nous accueillerons la création de la trilogie de Sidi Larbi Cherkaoui, Myth, Foi, et Babel (words). Le Cinéma de Plein Air fêtera ses 20 ans et les Scènes d'été seront de retour avec des concerts en plein air gratuits. Le cirque reviendra avec l'Esac, l'École supérieure des arts du cirque de Bruxelles. Le Festival de jazz en septembre sera suivi de l'exposition du photographe Reza, à l'intérieur même du parc. Le théâtre forain de la compagnie Arsenic et, après elle, la compagnie
Interview par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 23/08/2010

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