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© Bruno Perroud


Jean-Claude Lande
Producteur et tourneur
Jean-Claude Lande est un homme de théâtre très occupé puisqu'il est producteur et tourneur de spectacles. Un travail à plein temps qui sonne comme une vocation, une activité débordante à vous faire tourner la tête. Rencontre avec un homme passionné.
Comment en êtes-vous venu à être producteur-tourneur ?
J'ai commencé par des études commerciales à l'École de management de Lyon, tout en ayant déjà une vraie passion pour le théâtre et, sitôt mon diplôme en poche, je suis entré au cours Simon à Paris. En troisième année, j'ai eu la chance de décrocher mon premier rôle dans La Cage aux folles au Palais-Royal. D'un naturel curieux, je me passionnais pour tous les métiers du spectacle, j'en suis fatalement venu à m'intéresser à la production. En 1990, Dominique Villard, qui dirigeait les Tournées Baret m'a proposé de travailler à ses côtés, elle m'a mis le pied à l'étrier. Dès lors, la production me motivait plus que le jeu et, en 1997, avec Jean Martinez, nous avons pris notre indépendance et créé Nouvelle Scène.

Pouvez-vous succinctement nous définir les rôles de producteur et de tourneur...

Le premier, financier d'un spectacle, en est le maître d'œuvre, à part entière ou en partage de responsabilité dans le cas d'une coproduction. Le second va "monter" la tournée d'un spectacle en collaboration avec les programmateurs de salles en région, ou à l'étranger, puis en assumer l'organisation artistique, technique et logistique, c'est la partie diffusion. Dans les deux cas, nous gérons tout l'aspect financier, mais sans exclure l'humain ni, bien sûr, l'artistique qui reste notre principal moteur. Les producteurs dans leur majorité ne sont pas tourneurs, mais aujourd'hui un tourneur est nécessairement producteur.

Revenons sur votre entreprise de production...

Surtout connue sous le nom de Nouvelle Scène, nous avons deux autres labels, Les Grands Boulevards pour le théâtre de boulevard, et Tu Veux Rire pour des spectacles plus légers, interprétés le plus souvent par de jeunes artistes. En quatorze ans, nous avons emmené 119 spectacles en tournée et produit, ou coproduit, 57?spectacles dans un grand nombre de salles parisiennes. Lors de notre première saison, nous n'avions que deux spectacles en catalogue, aujourd'hui nous en avons 10 à 12 par saison. Notre objectif vise 300 représentations par an, soit en moyenne une trentaine par spectacle. Nous travaillons en permanence sur trois saisons : les spectacles qui sont déjà sur les routes, ceux qui partiront en tournée la saison prochaine, dont certains sont actuellement à l'affiche à Paris, et puis, les spectacles qui participeront à la saison parisienne prochaine et qui ne seront en tournée que dans deux ans. C'est une organisation sur le long terme, sur le suivi, qui montre combien production et diffusion sont imbriquées. Nous travaillons très intimement avec les directeurs de théâtres privés parisiens, nos professions sont complémentaires et interdépendantes, nous sommes partenaires, souvent coproducteurs, nous diffusons leurs spectacles, mais aussi, et de plus en plus, les spectacles que nous créons en tournée viennent ensuite s'afficher dans leurs salles. C'est parfois sur une tournée qu'un spectacle parvient enfin à devenir rentable et, faute de subventions, la rentabilité, plus qu'un objectif, s'avère une nécessité financière à la survie de nos entreprises.

Comment choisit-on un spectacle à produire ou à tourner ?

Le plus souvent par goût, sinon par intuition ou face à une opportunité. Mais, dans le cadre d'une tournée, l'objectif qui préside au choix du programmateur reste d'attirer un public nombreux. En effet, nous lui cédons le plus souvent les droits d'exploitation du spectacle, ce qui s'assimile à une vente, et c'est lui qui assume alors pleinement le risque d'insuccès. Pour convaincre un programmateur d'accueillir un spectacle, il doit pouvoir rassurer grâce à une valeur sûre : un auteur à la mode, une tête d'affiche appréciée en région, un vrai succès rencontré à Paris, ou encore l'obtention d'un prix comme un Molière. Il reste possible de marcher au coup de cœur sur un spectacle qui n'a aucun de ces atouts, nous l'avons déjà fait, mais cela implique une extrême vigilance afin de ne pas trahir la confiance que nous accordent les programmateurs.

Au théâtre, donc, tous les soirs ?

Presque oui. Même s'il est matériellement impossible de voir tous les spectacles, cela fait partie de notre métier d'en voir le plus possible, de voir ce qui est dans l'air du temps, de comprendre ce qui plaît, de connaître le travail des artistes, d'en découvrir de nouveaux. S'intéresser, c'est une nécessité. C'est un métier passion. La journée commence tôt le matin au bureau pour finir tard dans la nuit après les spectacles. Mais comme la plupart des métiers liés à l'art vivant, on a la chance de vivre de notre passion, alors on est heureux de le faire. Moi, je suis heureux.
Interview par Samuel Ganes
Paru le 28/08/2010

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