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D.R.


Gérard Louvin
“J’aime tout un peu et rien beaucoup !”
Immense producteur de spectacles et de divertissements, Gérard Louvin a débuté aux côtés de Claude François. On ne compte plus les artistes, les spectacles ou les émissions qu'il a lancés. Incontournable dans le monde du spectacle, il mène son vaisseau avec son cœur.
Comment vous définiriez-vous ?
Comme quelqu'un de très important ! (Rire.) Je suis quelqu'un du spectacle. Si j'avais une fierté, c'est d'être le seul en France, peut-être même en Europe, à pouvoir dire le soir lorsque je rentre chez moi : j'ai fait du théâtre, du spectacle musical, du cinéma, de la télévision - sept cents prime times -, de la radio et de la restauration. J'ai un théâtre - le théâtre Fontaine -, une radio - MFM - et, à une époque, j'avais sept spectacles à l'affiche en même temps à Paris. Et tout cela, dans des genres différents : Béjart au Palais des Sports ou Les Années twist aux Folies-Bergère, de nombreux films, et, en musique, j'ai produit les Florent Pagny, André Rieu, la Soca danse, le boys band Alliage ou la Macarena. J'ai racheté un cabaret, Bobino, qui s'est pris la crise en pleine face, mais je me suis fait plaisir. Je suis assez complet, très éclectique : j'aime "tout un peu et rien beaucoup" ! Je vais d'un extrême à l'autre, je m'adapte à tout, j'aime tout ; il n'y a pas un truc que je n'aime pas.

Quand les Français se détendent, ils sont donc forcés de tomber sur un produit Louvin...

Oui, il fut un temps : c'était presque obligatoire... J'avais décidé de m'arrêter de travailler en 2008, mais j'ai un peu de mal !

De quoi êtes-vous le plus fier ?

De rien. Je suis un superactif. J'ai encore des projets. Je ne me suis pas fait psychanalyser, j'ai horreur de ça, mais on me dit que je suis un créateur. Comme un peintre, j'ai besoin de créer, comme un écrivain, il faut que j'écrive. Je ne suis fier de rien, et je suis fier de tout.

Comment colle-t-on le mieux au goût populaire ?

Je surprends les gens avec qui je travaille, car je suis à l'entrée des théâtres tout le temps pour sentir le public, je suis à la sortie pour écouter les gens. Quand on a créé Roméo et Juliette et que j'ai vu la queue à la caisse avant même que le spectacle soit prêt, des gosses de 8 ans, leurs frères de 16 ans, leurs parents et leurs grands-parents, je me suis dit?: "J'ai gagné !" Quand on a fait Sacrée Soirée, Les Années tubes et tout ce que j'appelle "les émissions canapé", sur le canapé il y avait toute la famille réunie. Maintenant, ce n'est plus cela : le père est dans son bureau, les gamins dans leur chambre, la mère dans la cuisine ; il n'y a plus d'émissions rassembleuses. Pour moi, c'est gagné quand cela rassemble tous les âges. Si j'ai une fierté finalement, c'est d'avoir élargi le public de Béjart. Je lui ai changé sa clientèle lorsqu'il a fait le Palais des Sports. Il y avait aussi bien mesdames Chirac et Pompidou dans la salle, que des gamins de 15 ans.

Avez-vous le temps de voir les spectacles faits par les autres et comment placeriez-vous la France par rapport aux autres pays en matière de spectacle vivant ?

J'ai le temps, mais ça me gonfle un peu. J'ai passé l'âge. J'y vais, mais je ne force plus. En France, nous sommes en retard. À Londres, il y a une quinzaine de salles de 1?700?places où l'on peut faire des spectacles. En France, ça n'existe pas, il n'y a que Mogador, et encore, ça n'est plus une direction française. Donc, on est obligé de jouer dans des Palais des Congrès ou des Sports qui sont, bien sûr, trop grands. Si l'on avait des salles de 1 600 places, on ferait des spectacles normaux et pas des trucs qui coûtent une fortune. Car si on se plante... C'est trop grand. À Londres, les spectacles restent à l'affiche quinze ans, en France, il n'y a aucun spectacle qui dure plus d'un an dans de telles salles.

On parle d'une crise du théâtre...

Il n'y a pas de crise des spectacles. Ça rame, mais il y a beaucoup de spectacles qui marchent bien. Ça rame parce que les restaurants, les magasins rament. Les gens allaient peut-être deux fois par mois au spectacle, maintenant ils iront beaucoup moins. C'est cher, très cher. On ne peut pas faire autrement. À Londres, c'est moins taxé, les charges sociales sont moins lourdes, les investisseurs sont nombreux et si le spectacle ne marche pas, c'est déduit de leurs impôts. C'est intelligent. Il y a moins de risque que chez nous

Vous semblez être plus dans l'initiation de projets, puis vous les confiez à d'autres ?

Le lancement est important. Un producteur de 30 ans peut être heureux de développer et de grandir avec un spectacle. Moi, je n'ai plus besoin de grandir avec mes projets ! J'ai passé l'âge de me faire chier et de m'emmerder ! Je travaille avec les gens avec qui j'ai envie de travailler ou de m'amuser. Si je vois qu'un projet traîne, que l'on va galérer, je lâche.

Qu'est-ce qui vous détend et vous distrait ?

Eh bien cela ! Il n'y a que ça ! Mon plaisir, c'est d'être dans la salle ! Je ne sais pas s'il n'y a que moi qui suis comme cela, mais quand mes artistes sont sur scène, c'est comme si j'y étais. Je vis ce qu'ils vivent. Tous les soirs, lorsque je produisais Roméo et Juliette, j'avais un vrai plaisir à être avec eux, à vivre le moment présent. Muriel Robin est un peu comme moi, elle est sur scène, et puis au bout d'un moment, elle finit par s'emmerder et elle a envie de s'arrêter. Moi aussi, si je commence à m'ennuyer dans mon spectacle, je décroche.

Quelle est la recette pour durer ?

Il faut jouer l'argent que l'on a. C'est comme au casino. Quand on risque 5 millions sur un spectacle, il faut les avoir. Et savoir combien on peut perdre. Si j'avais joué de l'argent que je n'avais pas, bien des spectacles n'auraient jamais vu le jour.
Interview par François Varlin
Paru le 16/08/2010

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