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D.R.


Sergueï Safonov
“L’Italienne à Alger”
Née de la rencontre entre de jeunes chanteurs et musiciens, la compagnie In-Sense, désireuse de rendre l'opéra davantage accessible au public, aussi bien d'un point de vue artistique que financier, invite l'opéra de Rossini au Mouffetard.
Opéra bouffon, L'Italienne à Alger rejoint par cette caractéristique même le théâtre et la commedia dell'arte. "Pour emmener le spectacle dans des lieux qui ne sont pas destinés à recevoir des opéras, Laurence Huc, notre adaptatrice, a réorchestré la partition pour trois instruments : piano, violon et violoncelle", explique Sergueï Safonov, le jeune metteur en scène auquel In-Sense a confié sa première production. "Et pour que le spectateur puisse totalement se laisser aller au plaisir de l'écoute et des yeux, sans avoir à se préoccuper de la signification du livret, nous avons travaillé la gestuelle et ajouté des textes intermédiaires permettant de décrire l'action et de faire le point sur ce qui s'est passé, ou va se passer. Je suis revenu aux sources de l'opéra au niveau des décors avec des panneaux peints mobiles. Pour les costumes, je ne me suis, en revanche, fixé aucune contrainte temporelle puisqu'il s'agit d'un conte." Conte dans lequel un bey algérien découvre l'amour passion au contact d'une Italienne incendiaire. "Pour Rossini, les femmes dirigent le monde. Et dans le monde musulman, les hommes ne détiennent le pouvoir que parce qu'ils ne retiennent de la femme qu'une image fantasmée, celle des 'Mille et Une Nuits'... Avant l'arrivée d'Isabella, le bey n'envisage l'amour que comme un jeu, voire un simple mot. Mais la séduction féminine, très sexuelle et inédite, opérée par la jeune femme, lui fait découvrir le sentiment d'impuissance généré par l'amour."

Au-delà de l'intrigue amoureuse, L'Italienne à Alger est aussi la rencontre des cultures orientales et occidentales. "Je suis né en Oural à la frontière de l'Asie et de l'Europe. Russe de confession orthodoxe, j'ai passé ma petite enfance en Ouzbékistan, un pays musulman. Et depuis dix ans, je vis en France, un pays chrétien. Je me suis beaucoup servi de mon passé et de ma vision de ces deux cultures pour nourrir ma mise en scène. Le sujet de la pièce se heurte d'ailleurs à une question d'actualité : la rencontre de ces cultures est-elle possible ? La cohabitation a fonctionné un temps en Union soviétique quand les religions étaient strictement limitées à la sphère privée. L'édifice s'est écroulé devant la résurgence des nationalismes et, de fait, des religions. L'Union européenne semble rejouer ce scénario dangereux en tentant de gommer chaque nationalité. L'U.R.S.S. a pourtant prouvé que cette utopie était génératrice de drames puisqu'il est indispensable à l'âme humaine de conserver ses racines. Quant à l'islam, l'intégration est possible quand l'éducation prime sur la religion, comme en Ouzbékistan. Seul le mouvement fondamentaliste se heurte au système occidental."
Portrait par Alain Bugnard
Paru le 19/06/2010

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