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D.R.


Tristan Petitgirard
L’Illusionniste au Ranelagh
Le jeune comédien, auteur et metteur en scène, nous invite à redécouvrir une pièce méconnue de Sacha Guitry, adaptée pour la dernière fois sur une scène parisienne par Jean-Claude Brialy en 1990.
En quoi ce texte de Guitry a-t-il retenu votre attention ?
Je suis particulièrement sensible au parallèle qu'il établit entre l'illusion du métier d'artiste et l'illusion des sentiments. Il analyse également de manière extrêmement moderne les psychologies amoureuses et féminines. Invité chez un couple de bourgeois, le magicien Teddy Brooks devient l'objet du désir de la maîtresse de maison, Jacqueline, qui, parce qu'elle s'ennuie dans son couple, se met en tête de le lever comme une fille de joie. Mais quand elle prend conscience qu'il manipule aussi bien les cartes et les foulards que les cœurs, elle fait machine arrière. C'est aussi la confrontation de deux mondes : celui de la bourgeoisie et celui des artistes. Jacqueline se plaît à rêver de cette vie de bohème jusqu'à ce qu'elle comprenne que l'univers d'un saltimbanque, réduit à une simple malle, est entièrement sacrifié au spectacle.

Qu'apporte votre sensibilité au texte de Guitry ?

C'est avant tout un théâtre de corps et je trouve que l'on monte trop souvent Guitry dans le verbe. Parce qu'il le manie d'une manière incroyable. Mais cette pièce parle de désir et je me suis efforcé de retranscrire cette dimension charnelle dans la mise en scène. Nous avons décalé l'action de quelques années, au début des années folles : à trois ans près, la mode change considérablement et je ne voulais pas que les femmes portent des corsets. Je tenais à retranscrire l'atmosphère typique des cabarets de l'époque avec ses artistes ventriloques, pétomanes, hommes serpents ou boulets de canon... le culte du bizarre et de l'étrange est très présent au début du XXe siècle. Je pense que c'est une erreur de jouer Guitry de façon moderne : la langue n'est plus la même aujourd'hui, les rapports entre les êtres se sont modifiés, tout comme les manières de parvenir à nos fins. Cependant, les hommes et les femmes continuent de s'aimer de la même façon. Le propos reste donc parfaitement actuel. Le décorateur, Olivier Prost, a prolongé l'illusion jusque dans le décor avec l'aide d'un prestidigitateur, Laurent Beretta, en utilisant des jeux de transparence et de miroirs. C'est aussi ma première collaboration avec mon père, Laurent, qui a composé la musique de la pièce, une valse dans l'esprit des années 1920.

Vous incarnez également l'ami de Jacqueline...

Albert est l'amoureux transi, tendre et naïf. Sa gentillesse finit par horripiler sa bien-aimée qui en vient à désirer un homme qui la fasse rêver... plutôt qu'un homme à ses pieds ! Mais si certaines femmes fantasment sur les bad boys, elles finissent toujours, en général, par choisir un good guy pour fonder une famille !
Interview par Alain Bugnard
Paru le 20/05/2010

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