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D.R.


Thierry Surace
Un saltimbanque avide de découvertes
Après "Le Bourgeois gentilhomme" en 2004, puis "Telle qu'elle" et "Troubles" en 2006, "Adieu boulevard" en 2008, et "L'Illusion comique", tout récemment, Thierry Surace nous revient au Théâtre 13 avec "Le Songe d'une nuit d'été".
Thierry, revenons sur votre parcours...
J'ai cumulé une centaine de formations et stages en presque quinze ans. Le but sous-jacent de toute cette errance compulsive était sans doute de savoir qui j'étais artistiquement. Apprendre, rencontrer pour comprendre, pour prendre avec, en moi. Écriture de pièces, contrats de comédiens, mises en scène, il fallait bien finir par se poser. La compagnie Miranda s'est alors créée. On vieillit, et une volonté de "rendre" ce que l'on nous a donné nous fait écho. École, comité de lecture, implication dans la société par un travail d'art-thérapie, ou d'éveil des consciences par du théâtre forum... Nous voilà, à peine à l'âge adulte sans vouloir l'être totalement. Et puis mon écriture qui, comme un fil bleu-encre d'Ariane était la seule chance de me sortir de cette recherche labyrinthique de "qui/pourquoi/comment on crée". D'où le besoin aussi de réaliser une traduction de ce Shakespeare.

Justement, pourquoi monter Le Songe ?

J'ai repris le texte anglais du Songe, il y a dix ans, avec comme gageure de le traduire sans prendre un dictionnaire. J'ai consulté des agrégés d'anglais, des spécialistes de Shakespeare, et j'ai finalement compris le fameux dilemme de traduire-trahir. Soit je respectais Shakespeare auteur, mais j'offrais alors une traduction en français du XVIe siècle. Soit je faisais un travail d'adaptation mais l'actualisation demandait alors de comprendre les allusions de Shakespeare à ses contemporains, pour trouver une allusion équivalente, pouvant viser les spectateurs d'aujourd'hui. Ce dilemme me bloquait. Aussi, il a fallu, pour passer aux actes et ne pas garder ce texte dans un tiroir, un élément anodin mais déclencheur. J'ai lu que l'année où vraisemblablement Le Songe a été écrit, le climat s'était complètement déréglé : intempéries, températures anormales, tempêtes, etc. Bref, un chaos climatique qui jalonne toute la pièce. Sans changer une virgule du texte, je pouvais alors faire allusion à notre dérèglement actuel. Nos problèmes climatiques nous posent la question de l'engagement de l'homme, non pas d'un point de vue social ou même moral, car la question est bien plus humaine qu'écologique. L'homme, dans son libre arbitre, avec les tentations qu'il subit ou se crée, est-il en mesure de s'engager ? Et puis, le défi aussi de cette pièce réside dans le fait, malgré la thèse sérieuse, d'oser être léger et comique, sans importance apparente. Car si l'on fait, comme dit Brook depuis quarante ans déjà, du "deadly theatre", on donne l'idée qu'il faut mériter le savoir. Et si Shakespeare a une leçon à nous donner, c'est bien celle-là : le théâtre est aussi léger qu'un songe. Il doit le rester. Car le principe de fonctionnement du rêve est peut-être de ne pas réveiller le dormeur, pour mieux lui donner à comprendre.

Quelle vision avez-vous du théâtre, aujourd'hui, en France ?

Théâtre de recherche ou de divertissement, intelligentsia et pièce populaire, théâtre public ou privé, il semble qu'il faille appartenir à une famille pour échapper à la critique, ou tout simplement pour rencontrer son public. Mais la catégorie crée la similitude ou force le trait de la différence. D'un côté, certains auteurs bavardent et oublient parfois l'art du mouvement. Et d'autres metteurs en scène se voient dans l'obligation, aussi, de trop dire ou de créer des images. Les réformateurs, eux, cherchent le choc à tout prix pour sortir le spectateur gobe-télé de sa léthargie, et recréer un lien "pauvre" comme dirait Grotowski. Le théâtre, aujourd'hui, hérite pourtant d'une faillite humaine à l'échelle mondiale. Les systèmes, qu'ils soient politiques, économiques ou même simplement humains, ont perdu toute permanence, presque toute crédibilité. La foi se renforce en intégrisme ou disparaît. Ce qu'il reste, c'est ce trouble. L'homme est en face de lui-même. Le théâtre idem. Espérons qu'il ne se fuie pas et ose se regarder... et qu'il sourie...
Interview par Samuel Ganes
Paru le 28/05/2010

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