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D.R.


Philippe Genty
Pour: Voyageurs immobiles au Rond-Point
Magicien des couleurs et des formes, usant de toutes les formes d'expression dramatique pour mieux révéler les aspirations secrètes de l'inconscient (marionnettes, danse, mime, jeux d'ombres et de lumières...), Philippe Genty nous invite à une re-création de "Voyageurs immobiles".
Pourquoi avoir repris ce spectacle datant de 1995 ?
Dans une pièce où tout a été créé, un langage inventé, on découvre, au fil des représentations des espaces qui auraient pu être mieux exprimés. Pour enrichir cette version, je me suis nourri du choc de nos sociétés actuelles où nous assistons à un véritable triomphe de la cupidité, que j'ai essayé de traiter avec humour et dérision. Je me suis efforcé de représenter une sorte d'humanité en mouvement avec ces 8 personnages de différentes nationalités qui traversent le temps et l'espace (océan et désert). À 20 ans, j'ai entrepris un tour du monde en 2 CV et traversé 8 déserts. Ces étendues infinies, où le temps semble avoir été avalé par l'espace, m'ont laissé une empreinte indélébile. Je me sentais comme un voyageur immobile, entre néant et cosmos, à ce moment précis où la raison chavire et éprouve cette sensation d'être au bout du monde.

À l'instar de cette sensation, la succession des tableaux qui composent le spectacle ne s'apparente-t-elle pas à un rêve éveillé ?

La progression de la narration amène, en effet, des images comme dans le sommeil, avec une condensation des sens : la même image est ainsi interprétée différemment d'un spectateur à un autre, dans la mesure où l'on touche son inconscient et que sa réaction dépend de son propre parcours intérieur. Visuellement, j'utilise à ce titre le parti pris des matériaux d'emballage sous lesquels notre civilisation croule. Les personnages sont perpétuellement confrontés à ces emballages : désert de papier kraft, immense toile noire semblable à ces bâches agricoles pour figurer l'océan. Eux-mêmes glissent de boîte en boîte avant de s'effondrer dans le désert... Je devais alors avoir 7 ans : un cycliste duquel émanait une sorte de lumière intérieure fut soudainement renversé par un camion devant moi, et cet homme se vida de sa substance pour ne devenir qu'une coque vide. Ces emballages qui gardent la forme des corps offrent une vision un peu surréaliste de la mort.

Comment avez-vous choisi d'illustrer le triomphe de la cupidité ?
Une ville se construit au milieu du désert et fait penser à ces immenses buildings en construction à Dubaï. La ville a, au départ, la taille d'une maquette et prend petit à petit des proportions démesurées. Une roue de la fortune fait explicitement référence aux traders et aux banquiers. Alors que cette ville devient de plus en plus haute, surenchère après surenchère, elle finit balayée par un tsunami. Le spectacle s'achève sur une course dans le désert. L'être humain est fasciné par les courses et je nous demande si cette fascination et obsession qui ne mènent à rien ne sont pas une réminiscence de notre première course, celle à l'existence.
Interview par Alain Bugnard
Paru le 09/06/2010

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