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Emmanuelle Bataille
© Mathieu Zazzo


Fille de…
à la Comédie Saint-Michel
Sa profession d'avocate, son compagnon, sa vie aisée... Tout réussit à Angela, jusqu'au jour où une réalité soigneusement cachée s'invite sous les traits de Josiette, sa mère... Rencontre avec Régis Santon le metteur en scène et Emmanuelle Bataille, l'auteur.
Aussi voyante que sa fille est bon chic bon genre, aussi simplette d'esprit qu'Angela est intellectuellement brillante, aussi vivante que la jeune femme l'avait voulue morte, telle est Josiette. Laquelle, sur ordre des psychiatres, débarque soudain chez sa fille, accompagnée d'un référent et d'une meilleure amie. L'événement bouleversera à jamais la vie de chacun, le regard qu'il pose sur l'autre. Ceci est un résumé très imparfait qui pourrait, c'est vrai, faire hésiter. Ce serait une erreur ! Marie-France Santon, merveilleuse Josiette, et tous les autres, nous embarquent sans effort. C'est tendre et joyeux, grave, profond et cocasse... Un sujet peu ordinaire que la première pièce d'Emmanuelle Bataille, chaleureusement accueillie à Avignon l'an passé.


Régis Santon


Très curieusement remercié par la mairie de Paris après avoir dirigé durant dix-sept ans le théâtre Silvia-Monfort, Régis Santon tente d'oublier son amertume et de panser ses blessures en se consacrant à ses vieilles amours, la création théâtrale (il interprète aussi le référent). "J'ai trouvé le postulat d'Emmanuelle magnifique. Le sujet a déjà été traité au théâtre mais à l'envers : des parents face à la responsabilité angoissante d'un enfant débile. Dans le cas présent, l'idée d'une jeune femme brillante se trouvant brutalement confrontée à une mère qui lui fait honte et qu'elle cachait à son entourage, c'est terrible aussi !" Pour avoir, on s'en souvient, ouvert les portes du Monfort au Festival Futur Composé, traitant de la création artistique et de l'autisme, Régis Santon ne pouvait qu'être touché par ce thème de l'acceptation de la différence.

Ça n'est pas un drame, mais une comédie, car il y a avant tout la vie


"Effectivement, il s'agit là de l'apprentissage difficile de l'autre. C'est une pièce sur les exclusions. Sans faire pleurer Margot, j'ai toujours été très sensible à la présence du handicap mental non seulement dans la salle, mais aussi sur la scène. La pièce offre une belle occasion de parler de l'acceptation de cette différence. Comment ne pas être sensible à un sujet de société aussi fort et plus fréquent qu'on ne le pense ? Mais Emmanuelle n'a en aucun cas voulu écrire un drame, c'est une comédie, car la vie est là bien présente ! Il y a certes des êtres malheureux à commencer par Angela, mais pas l'ombre de cynisme, aucune volonté de détruire l'autre, jamais de conflit violent même dans les situations un peu dramatiques. Ça n'est jamais méchant. Il y a une grande générosité dans l'écriture et une construction presque boulevardière. Oui, la façon dont le sujet est traité m'a profondément séduit et m'a donné envie d'aller jusqu'au bout de l'aventure !" Entre le rire, la réflexion, le drame, chacun appréciera Fille de... à l'aune de sa propre lumière, mais le public applaudit très fort, j'en suis témoin.


Emmanuelle Bataille


"J'ai toujours écrit. L'écriture fait partie de moi. Toutefois, je ne l'envisage pas comme un métier à part entière", annonce d'entrée de jeu Emmanuelle Bataille. "La passivité de l'état de comédienne - être systématiquement dans l'attente du désir de l'autre - est lourde à gérer, d'autant qu'il faut affronter des temps morts terrifiants. L'écriture permet de combler ce vide. Mais je n'aimerais pas écrire sur commande. L'acte d'écrire est avant tout un plaisir et correspond à un désir d'exprimer quelque chose de précis qui me tient à cœur. C'est presque un acte militant pour lequel j'utilise le ressort de la comédie. Mon premier texte, coécrit avec Alain Chaufour, 'La Dernière Agrafe', abordait sur un ton déjanté la question du changement de sexe. 'Fille de' se penche sur le thème du parent déficient mental." Sujet inédit au théâtre qui ne laissera aucun spectateur indemne, "fatigués d'avoir tant ri et pleuré", comme le soulignent certains. Car l'auteur a su camper des personnages singuliers et profondément humains. Ainsi Angela, brillante avocate qui fut élevée par sa tante, éprouve un rejet global et violent à l'égard de sa mère qu'elle trouve "moche, idiote, diminuée et nulle", au point de cacher son existence à son entourage."Je voulais illustrer une situation pénible à vivre pour un enfant et surtout exprimer, par un jeu de miroirs, combien il est difficile d'être quelqu'un de faible, ne disposant pas de toutes les clés pour s'épanouir dans une société qui exige en permanence que l'on soit beau et intelligent. J'espère les spectateurs touchés par ces êtres dont on ne parle jamais et qui nous apprennent pourtant à être moins stupides, plus tolérants, plus patients, et, surtout, qui nous aiment parce que nous sommes près d'eux, et non pas pour l'image que l'on renvoie." Longtemps bénévole auprès de handicapés et membre du comité de rédaction du journal Le Papotin réalisé par des autistes, Emmanuelle est bien la preuve vivante qu'il existe des auteurs engagés, contrairement à ce que l'on peut entendre chaque année lors d'une certaine cérémonie : "Il y a surtout personne qui ne veut les jouer !

Je ne comprends pas que des artistes connus, installés, indéboulonnables, n'aient ni l'envie, ni d'audace d'essayer de lancer un nouvel auteur. On préfère un vieux Feydeau puis on se promène sur les plateaux télé en expliquant qu'on a le cœur en bandoulière ! Mais que font-ils à part soigner leur ego, et à qui auront-ils tendu la main avant de mourir ? J'ai parfois l'impression que notre profession est composée de bureau
Dossier par Alain Bugnard et Jeanne Hoffstetter
Paru le 22/05/2010

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