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Laurent Gamelon
D.R.


Les Nouvelles Brèves de comptoir
Après les éditions de 1994 et 1999, voici "Les Nouvelles Brèves de comptoir", concept que leur auteur, Jean-Marie Gourio, songeait délaisser en 2000. Nostalgique de la "fréquence bistrot", le glaneur expert en saillies populaires s'en est retourné au zinc pour nous livrer une nouvelle moisson de propos abrasifs que Jean-Michel Ribes met en scène pour 8 comédiens, dont Laurent Gamelon et Alexie Ribes.
3 questions à Jean-Michel Ribes, limonadier

Quoi de neuf sur ces Brèves ?

La dramaturgie du premier spectacle était construite sur une journée et celle du deuxième suivait le rythme des saisons. Cette fois, les Brèves courent sur une semaine. Il y a onze ans, il n'était pas interdit de fumer dans les bistrots. Aujourd'hui, le bistrot se prolonge à l'extérieur du bistrot. L'actualité et le monde ont également évolué : davantage de gens exclus se retrouvent probablement dans les cafés et l'on retrouve cet esprit émouvant, drôle et fulgurant, ce génie populaire que Jean-Marie Gourio sait relever sous l'apparente banalité des choses. Les bars ne sont pas seulement des endroits peuplés de crétins, d'alcoolos ou de gens vulgaires : ils sont un reflet du monde absolument magnifique.

Les Brèves mettent-elles en exergue le fossé entre les citoyens et la classe politico-médiatique ?

Les brèves de comptoir sont par définition politiquement incorrectes puisque ce sont sans arrêt des sauts dans le vide, une pensée pure, immédiate, qui n'est pas le fruit d'une analyse préalable ou d'un raisonnement. Autrement dit, l'antithèse des discours formatés et raisonnés des plateaux de télévision. Et cette pensée est lumineuse car c'est un reflet de la société réinventée, un tissu composé de petites touches qui finissent par former un dessin comme une mosaïque.

Dans quel cadre la troupe évoluera-t-elle ?

La musique est évidemment très présente puisque les spectacles présentés cette saison au Rond-Point explorent ce rapport souvent oublié qu'entretiennent théâtre et musique. Reinhardt Wagner, complice de toujours, a composé aussi bien des chants bavarois que des musiques de mariage. C'est un complément d'émotions et de drôlerie qui apporte à l'ensemble un charme irrésistible. Le décor est celui d'un café à géographie variable. Les costumes caractérisent les personnages et chaque acteur incarnant une douzaine de personnages, il faut des interprètes qui aient le vis comica et cette capacité de passer sans transition de l'émotion à l'absurde.


Laurent Gamelon, pilier de brèves


Il est l'acteur à avoir le plus joué Les Brèves de comptoir. Humble, le truculent Laurent Gamelon ne tire toutefois aucun orgueil de ce "titre de gloire" : "Nous avons été trois à jouer les deux premiers spectacles et sommes deux survivants sur le troisième. J'ai 50 ans, plus de 4?000 représentations à mon actif, j'ai joué du Feydeau, du Dostoïevski, mais je peux vous dire que les 'Brèves' sont un exercice très difficile parce que nous ne sommes pas dans un canevas traditionnel, ni dans le déroulé d'une histoire avec des personnages qui progressent psychologiquement. Il n'y a pas de psychologie mais une énergie vitale de gens qui balancent des phrases et, en plus, on change sans arrêt de personnages. Les 'Brèves' sont un condensé de notre époque, de sa folie. Elles soulignent la drôlerie et le caractère pathétique et épouvantable de l'existence, les misères intellectuelles, sexuelles, les solitudes. Ce qui intéresse le metteur en scène sont les vérités de chacun - démentes dans leur formulation -, ce qu'ils ont sur le cœur, leur commentaire sur l'actualité, le tout lâché avec sincérité et énergie. Chacun est enfermé dans son monologue et sa solitude, mais la somme de ces monologues crée malgré tout une conversation et une unité. Et tout ceci nous fait hurler de rire !" À titre d'exemples : "Travailler plus, pour gagner plus, pour acheter plus de conneries qu'on va jeter plus, pour bouffer plus pour crever plus ! Ce serait mieux qu'ils réfléchissent plus pour se taire plus !" ou encore, "Les Talibans, pour la Journée de la femme, ils en pendent deux cents."


Alexie Ribes , à l'école du bistrot


La jeune et charmante Alexie Ribes - qui s'est récemment illustrée au théâtre dans Signé Topor, au cinéma dans Le crime est notre affaire de Pascal Thomas et dans les versions cinématographiques et théâtrales de Musée haut, musée bas - rejoint avec timidité mais ferveur l'aventure "familiale" : "Je suis effrayée, angoissée et, en même temps, ravie de jouer ce texte très difficile. Il est évidemment compliqué de travailler avec son père puisqu'il y a de fait une ambiguïté, mais j'apprends beaucoup de lui et d'acteurs comme Laurent. Pour une jeune comédienne, ces 'Brèves' sont une excellente manière d'appréhender la vie... Les personnages que l'on doit incarner sont souvent désespérés, perdus et seuls. Même s'ils ne conversent pas réellement, ils se retrouvent, et de leurs rencontres se dégage une espèce de chaleur humaine, de douceur et de tendresse dont ils ont cruellement besoin. Il en jaillit une beauté et une poésie d'autant plus touchantes que ce sont des gens simples. Les choses sont dites d'une manière très crue, telles que les gens les pensent, ce qui est rafraîchissant face à la censure qui est de plus en plus grande à la télévision et dans la plupart des médias. Même les comiques ne peuvent plus s'exprimer librement tandis qu'il y a vingt ans, chacun disait ce qu'il pensait sans que cela n'offusque personne. Il faut, à cet égard, développer une révolte de cocasserie, d'audace, d'insolence et d'impertinence. Je suis d'ailleurs très curieuse de voir d'autres réactions que celles du gotha lorsque nous amènerons le spectacle en province !"
Dossier par Alain Bugnard
Paru le 11/04/2010

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