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Patrick Verschueren
D.R.


Some Explicit Polaroïds
Cinq ans après sa création, "Some Explicit Polaroïds" de Mark Ravenhill arrive enfin à Paris, au Vingtième Théâtre. Ce dramaturge anglais, né en 1966, a surtout été célèbre avec sa première pièce "Shopping and Fucking". Rencontre avec le metteur en scène Patrick Verschueren et l'un des comédiens, Erwan Daouphars.
Revenons rapidement sur votre parcours...
E. D. :
J'ai commencé par une pièce qui a reçu un Molière et fut assez remarquée, Bent de Martin Sherman. Puis j'ai joué avec Claude Brasseur dans Conversations avec mon père, puis sous la direction de Benoît Lavigne, Christophe Lidon, avec aussi Jacques Weber, que j'ai ensuite assisté à la mise en scène sur Le Vieux Juif Blonde avec Mélanie Thierry. J'ai mis en scène Imagine-toi avec Julien Cottereau, que je retrouve en avril pour aller jouer au Congo à Brazzaville pour les enfants défavorisés. Je vais aussi monter Chante Moby Dick de et avec Jonathan Kerr pour Avignon 2010.
P. V. : J'ai créé la compagnie Éphéméride, qui dans cette belle politique de décentralisation siège à Val-de-Reuil, près de Rouen. Mon envie et mon but premiers, c'est de monter des pièces d'auteurs contemporains engagés : Yoland Simon, François Cervantes, Tom Stoppard, Danilo Kis, Mirko Kovac ou encore Jordan Plevnes...

Pourquoi monter du Mark Ravenhill aujourd'hui en France ?
P. V. :
C'est un peu l'enfant terrible du théâtre anglais, un artiste reconnu et controversé. À la base, je cherchais une pièce sur la culture sociale et l'économie car, aujourd'hui, un homme ne peut être "civilisé" que par l'argent. J'avais déjà lu Shopping and Fucking et j'aimais ce côté subversif quand, notamment, il se réapproprie la Bible en disant "Au commencement, ... Au commencement il y avait l'argent !" ou encore quand il reprend cette phrase de Camus pour définir l'homme moderne qui est "Il forniquait et lisait les journaux" pour la transformer en "il fornique toujours mais il ne lit plus : il fait les courses". Ce qui était vrai il y a dix ans en Angleterre est vrai pour nous aujourd'hui en France avec les privatisations. C'est aussi un panorama sur deux générations avant et après le libéralisme.
E. D. : C'est vrai qu'on est dans du Ken Loach, il y a une critique sociale, mais il y a en plus un humour très caustique, plus fou, c'est très proche du film Trainspotting. C'est décalé et Ravenhill signe toujours des pièces sociales violentes et empreintes de cet humour caustique propre aux Anglais. Les personnages sont touchants, parfois absurdes et désarmants.
P. V. : La pièce a dix ans et reste très actuelle : est-ce que tout est à vendre dans notre société ? Est-ce que, comme disait Thatcher "la société ça n'existe pas" ? Ne serions-nous qu'une juxtaposition d'individus qui achètent au meilleur prix ? On a l'impression d'avoir perdu beaucoup de valeurs communes en quelques années, mais lui, l'auteur ne fait pas de morale ici, il se permet juste de poser les questions, d'exposer les faits, de photographier chaque situation, d'où le titre.
Dossier par Samuel Ganes
Paru le 20/01/2010

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