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Nathalie Saugeon
D.R.


Face au paradis
Elles sont formidables ces deux femmes qui travaillent pour deux hommes. À Marigny, Rachida Brakni met en scène "Face au paradis", un texte de Nathalie Saugeon pour Éric Cantona et Lorànt Deutsch. Une mise en situation pour un thème original, l'effondrement d'un immeuble, dans un décor impressionnant qui sera comme le troisième personnage de cette pièce.
Nathalie Saugeon, l'auteur
"J'écris parce que ma vie
ne me suffit pas"

Voici donc le texte d'une femme, écrit pour deux hommes !

J'aime écrire pour les hommes. Ma toute première pièce, Histoire de vivre, était déjà avec quatre hommes, probablement parce que je les aime ! J'ai tendance à vouloir toujours les défendre sans pour autant être misogyne. Peut-être aussi précisément parce que je ne suis pas un homme et que j'aime l'idée de me travestir, d'écrire pour une bouche différente de la mienne. Je savais que Rachida voulait monter une pièce avec un duo d'hommes, je lui ai fait cette proposition et tout est allé très vite. C'est fabuleux la manière dont les comédiens vous font revisiter le texte. Parfois ce qui est proposé est bien plus étonnant que ce que vous aviez imaginé. Un acteur peut avoir la grâce pour certaines phrases. C'est cela que j'adore, ce partage ; sinon j'écrirais des romans !

Le sujet de votre pièce est d'une belle originalité.

C'est un immeuble qui s'est effondré au-dessus d'un supermarché. Au sous-sol, sous les décombres, deux hommes sont chacun dans une cavité : l'un est blessé, et l'autre - s'il bouge trop - risque de tout faire s'effondrer sur le premier. Ils attendent les secours. Tout est venu d'une nuit d'insomnie, je me suis levée, je suis allée dessiner deux cercles, les deux cavités avec ces hommes et je suis partie des personnages : qu'est-ce qui peut se passer lorsque l'on est bloqué et qu'on ne se connaît pas ? Dans leurs milieux, ces deux hommes ne se seraient probablement jamais adressé la parole. Ils risquent de crever : ils sont face au paradis.

Pourquoi écrire du théâtre ?

J'écris parce que ma vie - aussi intense soit-elle - ne me suffit pas. Raconter des histoires, c'est avoir la chance de vivre une deuxième vie, puis une troisième, etc. Mais jusqu'ici, Face au paradis est probablement ma pièce la plus personnelle. La plus cathartique aussi, mais en aucun cas autobiographique. De toute façon, écrire sa vie, ça ne marche qu'une fois ! Inventer, c'est grisant même si cette pièce est née d'une aversion, une colère en moi au début de cette crise économique et de cette période sarkozienne, j'avais besoin de transmettre cette colère. Mais pas n'importe comment, avec une foi profonde en l'être humain. Une foi indécrottable.



Rachida Brakni, la metteur en scène
"J'avais envie de mettre en scène des hommes"

Vous voici metteur en scène de deux hommes...

Je l'avais déjà fait au conservatoire et ça m'avait plu. Plus que mettre en scène, c'est diriger des acteurs, être au plus près d'eux et les accompagner. J'avais très envie de mettre en scène Éric Cantona et je cherchais une pièce à deux personnages. Inconsciemment, étant moi-même actrice, je n'avais pas envie de me positionner par rapport à un personnage de femme qui aurait été une sorte de transfert. J'avais envie de mettre en scène des hommes, pour éviter cela. Je voulais une pièce à deux voix masculines. Le texte de Nathalie Saugeon est un vrai cadeau - et là c'est la comédienne qui parle - pour les acteurs. C'est jubilatoire : deux partitions extraordinaires.

Comment avez-vous abordé ce texte ?

Il y a dans l'écriture de Nathalie une qualité qui fait que, même dans le contexte d'un sujet un peu terrifiant, elle dépasse le caractère sordide ou noir, et y met beaucoup d'humanité. Finalement, les deux personnages ont une légèreté, un humour qui transparaît comme lorsque l'on prend un fou rire lors d'un enterrement. C'est un peu comme dans le théâtre de Becket ou d'Adamov où, malgré les situations surréalistes, l'humour finit par prendre le dessus et donne une situation absurde. Dans la pièce, ces personnes travaillent dans un même lieu, mais ne risquent pas de se croiser en raison de la hiérarchie, bien qu'ils soient issus d'un milieu similaire. L'un et l'autre ne se sont jamais rencontrés sur leur lieu de travail et il faut que l'immeuble tombe pour qu'ils se parlent ! La pièce met l'accent sur l'illusion de la différence sur le plan social, elle fait écho à tout ce que l'on entend aujourd'hui dans les grandes entreprises, comme France Télécom, et sur les suicides dans les sociétés. Diriger des acteurs sur un texte comme cela, c'est pouvoir les accompagner, les aider à entrer dans des terrains un peu inconnus. Pour Éric, c'est une nouvelle expérience, car c'est son premier rôle au théâtre, et Lorànt, il va pour la première fois pouvoir s'exprimer sur un registre et une palette aussi large.

Comment vos deux interprètes se laissent-ils conduire ?

Lorànt a une pêche incroyable, c'est un vrai camarade de travail, très ouvert. Il peut paraître dispersé, il fait plein de digression - ce qui d'ailleurs fait du bien -, mais dès qu'il est sur le plateau, il est entièrement ramassé et concentré sur ce qu'il fait. J'ai beaucoup de chance. Éric Cantona et lui sont très réceptifs à ce que je leur dis, c'est un vrai régal pour moi ! Ils sont toujours partants pour essayer des choses, n'ont pas d'a priori sur leur personnage. Ils ne sont pas comme ces comédiens qui, avant même d'avoir essayé quoi que ce soit, sont totalement fermés à toute proposition. Lorànt par exemple est très vite dans le faire, il dit de lui qu'il est "un interprète au service d'un metteur en scène". Tous les deux se sont adaptés à ma façon de travailler.
Dossier par François Varlin
Paru le 13/02/2010

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