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D.R.


Fellag
Du cambouis à l’âme
Fellag et Marianne Épin reprennent "Tous les Algériens sont des mécaniciens" au théâtre des Bouffes parisiens. Une pièce au travers de laquelle l'artiste algérien installé en France porte un regard tendre, drôle et absurde sur le quotidien de la classe moyenne de son pays d'origine.
Quelle place l'humour occupe-t-il dans la culture algérienne ?
Le titre du spectacle sous-entend qu'en chaque Algérien sommeille un mécanicien qui s'ignore. Un mécanicien dont les outils sont les blagues, les mots d'esprit, les gags, les calembours, les farces... Pour reprendre un vieux slogan publicitaire, l'humour est un tigre que les Algériens mettent dans leur moteur quand ils ont du cambouis à l'âme. Échaudés par des décennies de pénurie de toutes sortes, des lenteurs bureaucratiques insensées, un rapport au pouvoir qui frise la schizophrénie, les Algériens ont appris à tout réparer eux-mêmes, à bidouiller tout ce qui leur tombe sous la main. Le "garagiste" algérien répare les pièces du cerveau qui s'emballent pour amortir les chocs. Les petites catastrophes du quotidien deviennent des petites tumeurs si on ne les traite pas par "l'alchimiothérapie" de l'humour. L'humour n'est pas un cri d'alarme pour susciter la pitié. Il empêche la compassion et le misérabilisme. C'est une façon noble de snober les problèmes qui empoisonnent la vie au quotidien.

Pourquoi repassez-vous toujours par votre pays d'origine pour parler du monde ?

Mon enfance, mon adolescence et une bonne partie de ma vie d'adulte ont pris place là-bas. J'ai d'abord regardé le monde à partir du télescope planté en Algérie. Aujourd'hui, je vis en France et pour parler du monde, je ressens le besoin de repasser par les rêves, les aspirations, les désirs, les valeurs qui m'ont été inculqués consciemment ou inconsciemment en Algérie. Je pars des couleurs qu'ont prises ces valeurs et j'essaie de les étaler jusqu'à ce qu'elles se mélangent avec les couleurs de l'universalité. Quand j'y arrive, les spectateurs de toutes origines s'identifient à mes personnages. Ils rentrent ainsi dans le moule psychologique des Algériens et deviennent donc eux-mêmes, pendant une heure et demie, des Algériens.

Pour ce spectacle, vous avez choisi de ne pas être seul sur scène. Pensez-vous avoir fait le tour du one-man-show ?

Non. Au départ, ce devait être un "texte pour un homme seul", puis un personnage féminin est venu toquer à la porte de mon histoire. J'ai ouvert et je l'ai laissé entrer. Ce personnage campé par Marianne Épin et qui joue le rôle de ma femme dans le spectacle n'est pas venu régler des comptes. Il s'agit d'une entité forte, qui apporte une sensualité, une présence, une intelligence, une sensibilité et un complément de maturité au personnage masculin. Une entité qui donne encore plus de harissa à cette farce. Tous les deux forment un couple joyeux qui s'amuse à passer à la moulinette de l'autodérision - de façon subjective, bien sûr, puisque nous sommes au théâtre - l'Algérie d'hier et d'aujourd'hui.
Interview par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 09/02/2010

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