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D.R.


Charlotte Lipinska
Journaliste, une raison d’être “Je ne crois
Qu'elle soit au "Masque et la Plume" sur France Inter, qu'elle écrive dans "Métro", "Têtu", "Femmes", ou présente les spectacles en direct et en prime time sur France 4, Charlotte Lipinska nous parle de théâtre. Huit années dans le regretté "Zurban", des chroniques dans la matinale de Marc-Olivier Fogiel sur Europe 1, personne n'a pu échapper à ses conseils... Et les professionnels,
à son jugement.
La place dévolue au théâtre se réduit dans les médias de plus en plus... Mauvais signe ?
La place de la culture se réduit partout, et particulièrement celle du théâtre car c'est un événement local. On privilégie le cinéma, la littérature et la musique qui ont des diffusions nationales. En tant que journaliste, on doit monter quotidiennement au créneau pour dire que le théâtre est important. En même temps, les salles ne désemplissent pas tant que ça, le dernier Festival d'Avignon, par exemple, a connu un record de fréquentation cette année.

Quel est l'avenir ? Va-t-on continuer longtemps à donner des générales de presse pour des journalistes qui ne disposent pas ensuite de tribunes pour en rendre compte ?
Le théâtre à la télé fait d'énormes audiences, et de plus en plus de vedettes, jouant dans les salles privées, accèdent aux plateaux télé dans un cadre promotionnel. Le journal Métro, support populaire et très diffusé, sort un cahier culturel chaque mercredi, France 4 a été clairement réorientée vers les jeunes, et on se rend compte que la diffusion de pièces à la télé suscite de nouveaux spectateurs de façon considérable, même si cela ne remplacera jamais le plaisir d'être en salle. C'est comme le foot : la retransmission des matchs n'a jamais vidé les stades... Mais je suis assez pessimiste et je pense régulièrement à une reconversion, à changer de métier !

D'où vous est venue cette passion des arts de la scène ?
Il n'y a pas un grand hasard. Mes parents travaillaient dans le théâtre, j'ai toujours grandi dans ce milieu. Je n'ai pas vu uniquement son côté paillettes - gloire ou renommée -, mais également, parfois, la douleur, l'attente... J'ai été sensibilisée à cet art très vite, mais sans avoir l'idée d'en faire moi-même. J'ai essayé d'y échapper en suivant des études de droit, mais un concours de circonstances m'a ramenée au théâtre via le journalisme. C'est un milieu que j'aime profondément, que je respecte et que je crois connaître.

Vous voyez beaucoup de spectacles. Quel est le profil du spectateur de notre époque ?
Il y a des publics différents. Celui d'une pièce au Théâtre de la Ville est différent de celui de Panique au ministère ! Mais ce que je trouve réconfortant, c'est qu'il y a de plus en plus de jeunes. À Avignon, l'événement de la nuit Wajdi Mouawad a rassemblé beaucoup de jeunes de 15 ou 20 ans qui sont restés jusqu'au bout des onze heures de ce spectacle, applaudissant, pleurant et en redemandant.

Le public est-il souvent déçu par ce qu'il a vu ?
Il faut faire les bons choix, c'est pour cela que nous, journalistes, avons encore une raison d'être. Parfois, moi-même, je maudis mon métier lorsque j'assiste à trois horreurs dans la même semaine ! Je suis alors dégoûtée, atterrée de constater que certains spectacles qui se montent n'ont vraiment à mes yeux aucun intérêt. Mais les gens qui ne sortent pas beaucoup et qui déboursent sont souvent dans de bonnes conditions psychologiques, ils veulent passer une bonne soirée, quoi qu'il arrive. Ils ne sont pas très exigeants, s'ils allaient voir ailleurs, ils découvriraient des propositions artistiques démentes, il faut leur en ouvrir le chemin...

Si je vous mets Tatouvu.mag entre les mains, dites-moi vers quel spectacle vous portent vos goûts ?

Vers la création contemporaine. En France, il y a de très bons auteurs, comme Rémi de Vos ou Fabrice Melquiot. J'adore aussi le théâtre de Wajdi Mouawad et de Jean-Luc Lagarce. Si j'en avais vraiment le temps, j'irais voir beaucoup plus de jeunes compagnies, de cirque contemporain, de danse... Il y a des formes hybrides avec un travail de vidéo, un travail sonore et corporel vraiment intéressant. Même si pour une valeur sûre, un bon Shakespeare est imbattable ! Je ne suis pas très portée sur le one-man-show ou le Boulevard, mais j'arrive très bien à repérer ceux qui sont bien écrits et efficaces. Il y a une grande mode du stand up, dont tout le monde se réclame, mais 90 % de la production est médiocre... Avec de grandes exceptions, toutefois, comme Laurent Lafitte au Palais des Glaces.

Un grand souvenir de théâtre ?
Adolescente, j'avais vu dans la même semaine La Danse du diable de Philippe Caubère et Hamlet monté par Patrice Chéreau aux Amandiers. Ça a été deux claques dans la gueule ! J'ai eu une sorte de révélation : le théâtre pouvait être ça et ça. Plus récemment : Gertrude avec Anne Alvaro, et les spectacles d'Olivier Py qui me fascinent par leur intelligence et leur mise en scène.

Rendre compte par la voix ou le texte de spectacles vivants et visuels, est-ce difficile ?

C'est un pari. J'ai même rendu compte sur Europe 1 d'un spectacle de mime, c'est dire... Il ne faut pas être purement descriptif, mais essayer de partager son point de vue émotionnel. J'assume totalement la part de subjectivité que cela peut recéler ; je ne crois pas du tout à l'objectivité dans la critique. C'est comme si on racontait à ses amis un truc incroyable que l'on a vu. À Avignon, pour les auditeurs d'Europe 1, j'ai essayé de trouver des accroches qui pouvaient parler aux auditeurs : une tête d'affiche, une histoire, un auteur... C'est un petit challenge de faire découvrir de nouvelles formes. Il faut vulgariser en donnant quelques clés aux gens : ils sont prêts à tout voir même les propositions les plus dingues. Il y a aussi une question de support : on ne donne pas les mêmes infos au Masque et la Plume que sur Europe 1.
Interview par François Varlin
Paru le 05/03/2010

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