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© Brigitte Enguerand


Marc Paquien
“Les affaires sont les affaires” : une pièce mordante et visionnaire
Écrite en 1903, créée la même année Salle Richelieu, "Les affaires sont les affaires" prédit la dérive effrénée de notre monde vers la dictature de l'argent. La comédie féroce d'Octave Mirbeau revient aujourd'hui à la Comédie-Française (au Théâtre du Vieux-Colombier) dans une mise en scène de Marc Paquien.
Mirbeau a écrit Les affaires sont les affaires en 1903. S'agit-il d'une pièce ancrée dans le XIXe ou dans le XXe siècle ?
Comme Octave Mirbeau lui-même, cette pièce a un pied dans chacun de ces siècles. Elle plonge en effet ses racines dans le XIXe tout en portant un regard étonnamment visionnaire sur le XXe, mais aussi sur le début du XXIe. Mirbeau est un auteur engagé, polémiste, un homme profondément en phase avec son temps : le temps de l'accélération du temps, le temps d'une France qui, après le drame de la Commune, bascule définitivement dans l'industrialisation et la financiarisation. Son parcours idéologique est captivant : après avoir adhéré aux thèses d'extrême droite dans lesquelles baignait sa culture familiale, Mirbeau devient pro-anarchiste. Il s'est ainsi affirmé, au fil des ans, comme l'un des grands esprits de son temps, un esprit éclairé qui a pris le parti du capitaine Dreyfus et soutenu Émile Zola lors de l'affaire du "J'accuse", qui a toujours soutenu les avant-gardes picturales contre les mouvements académiques, qui a
révélé l'œuvre de Maurice
Maeterlinck en France...

Dans cette pièce, Octave Mirbeau stigmatise le pouvoir croissant de l'argent...
Oui, il dénonce l'affairisme. En 1903, il pressent que le monde des banquiers et des affaires va très vite prendre le pouvoir sur le monde de la politique. Il dénonce la violence et l'oppression que le règne de l'argent fait peser sur l'individu, dit des choses extrêmement fortes sur les libertés bafouées, les désirs inassouvis, la séparation de l'Église et de l'État, l'émancipation féminine... Isidore Lechat, le personnage central de cette pièce, est un homme d'affaires riche à millions, un entrepreneur et patron de presse dont l'existence est soumise à une quête effrénée d'enrichissement. En une journée, il assiste à l'effondrement de sa cellule familiale. Il s'agit d'une comédie à l'humour très féroce, très provocateur, très noir, dont les thèmes résonnent très fortement aujourd'hui.

Avez-vous décidé de mettre en scène ce texte dans l'époque de son écriture ?
Non. Cette pièce n'appartient pas seulement au tout début du XXe siècle, elle parle aussi d'avant et d'après cette période. J'ai souhaité la rapprocher de nous pour en faire entendre toute la modernité, pour éclairer de la façon la plus ample possible son avant-gardisme. Ce qui ne veut pas dire que j'ai procédé à une actualisation banalement réaliste. J'ai cherché, au contraire, à représenter un monde correspondant à un XXIe siècle imaginaire, un monde déréalisé qui sonde toute la profondeur, toutes les dimensions de cette écriture.
Interview par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 17/11/2009

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