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© Laurencine Lot


Philippe Adrien
“Le Projet Conrad” au théâtre de la Tempête : en remontant le fleuve Congo…
Le théâtre en train de se faire sous les yeux du public... Philippe Adrien adapte "Un avant-poste du progrès", récit de Joseph Conrad qui fait écho au célèbre "Cœur des ténèbres". Une mise en abyme théâtrale qui réinterroge l'histoire de la colonisation et les rapports Nord-Sud.
Pourquoi avoir choisi d'investir l'écriture de Joseph Conrad à travers un procédé de mise en abyme ?
D'abord, je dois dire que j'ai toujours été intéressé par les spectacles qui entrouvrent la porte des coulisses du théâtre. Et puis, il m'a semblé que ce procédé était susceptible d'éclairer de façon particulièrement pertinente la thématique des rapports Nord-Sud que Conrad aborde dans ces deux textes écrits à la suite de son séjour catastrophique en Afrique équatoriale. Le Projet Conrad présente une compagnie théâtrale qui monte une adaptation scénique d'Un avant-poste du progrès, avec tout ce que le travail de répétition peut comporter de débats, notamment entre les acteurs d'origine africaine et ceux d'origine européenne. Ces débats, nous les avons réellement menés, lors de l'élaboration de ce spectacle. Ensuite, j'ai procédé à une réécriture de cette matière et, à partir de là, nous avons procédé à des exercices d'improvisation.

Quelle était la nature de ces débats ?

Il s'agissait principalement de débats sur la condition des acteurs africains. Élaborer, aujourd'hui, une pièce qui revient sur l'histoire de la colonisation ne va évidemment pas sans discussions, sans divergences, sans violence, sans humour aussi. Il y a encore de la souffrance qui surgit lorsque l'on aborde ces thèmes-là. Un avant-poste du progrès fait penser à une sorte de point inaugural des relations entre Africains et Européens. Comme si se jouait là la première rencontre entre un Blanc chrétien et un Noir animiste.

Quel regard portez-vous sur le passé colonisateur de l'Europe ?

Je pense que l'activité colonisatrice européenne, étant donné les forces en présence à l'époque, était un chemin que l'on ne pouvait pas éviter de prendre. D'une certaine façon, l'avidité sans mesure de l'homme et le fantasme de la régression essentielle, du retour à la mère archaïque, prédisposaient les Européens à emprunter cette voie-là. On sait très bien ce que l'Europe a transmis à l'Afrique, mais personne ne s'interroge jamais sur l'inverse. La relation philosophique de l'Occident au monde est connue : l'idée de progrès en donne le sens. En ce qui concerne l'Afrique, les choses sont beaucoup plus floues. C'est de ce côté-là que j'ai essayé d'aller chercher à travers ce spectacle. Ceci afin d'éclairer le point de vue et la manière de voir de l'homme africain : un homme qui n'est pas hors de l'Histoire, qui appartient simplement à une autre Histoire que la nôtre
Interview par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 06/10/2009

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