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Évelyne Buyle
© Carlotta Forsberg


Les Autres
Michu – Les Vacances – Rixe
Cette pièce de Jean-Claude Grumberg nous ramène en 1967, en compagnie d'un couple de Français moyens, que nous suivrons en vacances à l'étranger puis de retour chez eux face aux problèmes rencontrés au travail, avec les enfants et le voisinage d'immigrés. Daniel Colas y met en scène Évelyne Buyle et Daniel Russo.
Daniel Colas
est un homme-orchestre. Il fut comédien et réalisateur. Il est auteur, metteur en scène et directeur des Mathurins, des "actes artistiques complémentaires", dit-il. Il s'explique :


"Ma forme d'expression passe par tous ces domaines. Si je n'avais pas, en tant qu'acteur, travaillé sur les rythmes, le jeu, les musicalités, les sentiments, je ne serais pas devenu ce psychologue capable de disséquer les personnages que j'écris ou mets en scène. Quant au fait de diriger les Mathurins, c'est un emmerdement colossal mais merveilleux, un rêve qui peut parfois approcher le cauchemar. C'est magnifique d'avoir cet outil de travail pour un homme de spectacle. Il y plane des ombres mythiques. L'inconvénient c'est qu'il me reste peu de temps pour écrire. Mais je vais m'organiser pour y parvenir."

Qu'est-ce qui vous motive dans le choix d'une pièce ?

Elle doit nous (Les Mathurins, ndlr) satisfaire intellectuellement, artistiquement, culturellement et ressembler à notre mission qui est la suivante : essayer d'éveiller l'attention culturelle du public tout en le distrayant. C'est exactement le cas avec ce texte.

Comment l'avez-vous découvert ?

Daniel Russo est un ami de longue date. Nous avons souvent travaillé ensemble. J'avais envie qu'il vienne aux Mathurins. Je lui avais proposé une pièce. Il m'a apporté Les Autres... dont l'écriture si forte s'est alors imposée. C'est un parfait reflet de ce qui se passe encore aujourd'hui bien qu'elle se déroule en 1967, un moment charnière à la fin de quelque chose (dont la guerre d'Algérie et l'immigration qui s'ensuivit) et à la veille de Mai 68, du changement de mentalités, de la révolution sexuelle... Même s'il y a eu depuis les premiers pas de l'homme sur la Lune, Internet..., l'être humain n'a pas progressé. Son racisme, sa xénophobie, sa peur de l'autre, son rejet de la différence perdurent. La force de Grumberg est de transformer ce drame en éclat de rire.


Daniel Russo
est sur scène et sur les écrans, petit et grand, grâce à sa rencontre, fortuite, avec Robert Lamoureux. Il raconte :


"Après avoir fait l'École Boulle, je suis devenu décorateur d'intérieur. J'ai alors travaillé chez Robert Lamoureux qui m'a invité à le voir jouer. C'était la première fois que j'allais au théâtre et j'ai eu le flash de ma vie : je serai comédien ! C'était d'autant plus incongru qu'à l'époque, je relevais d'un accident (je suis tombé d'un arbre en faisant Tarzan pour les enfants !) qui m'a obligé à réapprendre à parler. De cours de diction aux cours de théâtre, il n'y eut qu'un pas à franchir. Après la rue Blanche et le Conservatoire, Jacques Fabbri m'a engagé dans sa compagnie. C'est à partir de là que j'ai vraiment appris mon métier car, contrairement, à ce que la téléréalité veut laisser croire, on ne peut pas faire une vedette en trois mois. Il m'a fallu trente ans de travail et je continue à progresser. Surtout avec des rôles comme celui-ci, pas facile mais passionnant, qui me permet de jouer sur de multiples registres puisqu'il passe par le tragique, le comique, la tendresse, la violence, la douleur."


Qui est votre personnage ?

C'est le totem représentatif de ce que nous sommes et de la peur des autres que nous ressentons. Il se bat et se débat avec ses problèmes. Au travail, il est dominé. Chez lui, il est plutôt dominateur car c'est le chef de famille. Il ne trouve pas non plus sa place par rapport à ses voisins. Il doute, il est faible. Avec lui, j'ai l'impression de franchir des frontières. Je dis des choses que l'on m'a toujours interdites. En effet, l'auteur emploie des mots tels que crouille, bicot, négro... mais ce n'est jamais choquant, car il faut les replacer dans leur époque. Quant à la pièce, elle véhicule un message très fort et une émotion permanente qui passent encore mieux dans la comédie. Ici, le tragique n'est pas imposé, c'est comme un plat ou un vin : la saveur vient après et reste. Le public va se marrer, mais ensuite, il réfléchira à ce qu'il a vu. L'important est que cela serve, non seulement dans l'avenir, mais maintenant, car cette pièce souligne que l'Homme traverse les époques en étant toujours envieux, jaloux, faible, raciste... même s'il est aussi aimant.


Le choix d'Évelyne Buyle s'est imposé aux deux Daniel.


D. C. : Quand nous avons réfléchi à qui pourrait être, au mieux la femme, théâtrale, de Daniel, avec ce que cela implique de tragique et de comique, notre choix s'est très vite tourné vers Évelyne. Tous deux se complètent merveilleusement, tant dans l'humour que sur le sens
profond des choses. Ils se correspondent, s'interpellent. Ce couple va être magnifique me semble-t-il.

Évelyne Buyle
passe avec brio du classique au Boulevard, aux films et téléfilms. Quel regard porte-t-elle sur sa carrière ? "Pas mal" , dit-elle dans un grand sourire, avant de poursuivre :


"J'aime avant tout le travail, c'est mon moteur. J'aime chercher et comprendre mes personnages. J'ai la sensation d'être un lien entre l'auteur, le metteur en scène et le public. Me retrouver dans ce triangle magique me fait vibrer. Aussi, j'aimerais tant que le public accro à 'Louis la brocante' (série dans laquelle elle joue au côté de Victor Lanoux sur France 3, ndlr) découvre aussi le théâtre !"


Évelyne, qui êtes-vous dans cette pièce ?

Je suis avant tout la femme d'un homme, avant 1968, ce qui en dit beaucoup sur les femmes. Elle est installée dans son ménage, dans sa vie sociale, sans aucune remise en question. C'est un rôle dans lequel je peux me déployer vraiment. Il y a quelque chose d'odieux dans ces personnages xénophobes et bourrés d'idées toutes faites. Pourtant, leurs peurs, leurs faiblesses, ce qu'ils ont de dérisoire les rendent attachants. Ils touchent en nous ce que nous avons de peu reluisant et auquel il faut faire face. Ça aide à mieux se connaître, à mieux connaître les autres, ce qui est formidable en tant qu'acteur. Et puis, il y a l'écriture extraordinaire de Jean-Claude Grumberg : syntaxe parfaite, vocabulaire choisi, chaque virgule à sa place, pour quelqu'un comme moi, si sensible à la langue, c'est un cadeau ! C'est d'autant plus fort que le texte ne se cache pas derrière les mots. Aujourd'hui, avec le "politiquement correct", ce ne serait plus possible. De plus, ses idées sont profondes et traitées avec un humour ravageur. On va rire énormément, mais on ressortira avec beaucoup de nourriture et de questions.
Dossier par Caroline Fabre
Paru le 04/10/2009

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