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© B. Enguerrand


La Chapelle-en-Brie
le masque de la légèreté
Quatre frères, qui ne se sont pas parlés depuis des années, se retrouvent, par hasard, dans leur ferme de famille... Issu du monde du clown et de la marionnette, l'auteur et metteur en scène Alain Gautré présente une pièce mêlant drôlerie, tendresse et conscience politique. Jean-Pierre Darroussin interprète l'aîné de cette fratrie décomposée.
L'auteur-metteur en scène
Alain Gautré


"Le rire est vraiment l'élégance du désespoir. Il me semble qu'une certaine légèreté est nécessaire pour parler des choses graves, surtout lorsque, comme moi, on se considère davantage comme un fantaisiste que comme un penseur. Disons, pour paraphraser Brecht, que le masque de la légèreté soulage le poids de la pensée en la rendant plus aiguë. Le rire est une arme formidable : la dérision est tout ce qu'il reste à l'homme lorsqu'il n'a plus rien. Au moment de mourir, on peut encore rire d'un détail incongru dans le paysage. Faire rire sur une scène - après la Shoah, Hiroshima, la Bosnie et le Rwanda - ne peut être qu'un cache-misère. Mais, ce cache-misère doit être beau, délicatement ourlé, précieux... Vous l'aurez compris, le rire au théâtre (le haut rire) est pour moi une nécessité absolue. C'est l'endroit où, dans un vrai théâtre populaire, les élites et le peuple peuvent encore communier ensemble. S'agit-il d'un vœu pieux ? Bien sûr, puisque les élites n'ont pas vraiment besoin du peuple pour exister. Toute ma vie, je me suis non seulement battu pour une idée 'vilardienne' du théâtre, mais également pour l'idée d'un divertissement d'extrême qualité. Mon travail d'artisan revient à préparer, le plus intelligemment possible, l'irruption du rire pour le spectateur."


3 questions à
Jean-Pierre Darroussin

Quelle place occupe votre personnage, André, au sein de la fratrie Cheutié ?

Il s'agit de l'aîné d'une famille qui a régné sur la région durant des siècles. La Chapelle-en-Brie, c'est l'histoire d'un pouvoir en déliquescence. Un pouvoir que le père de ces quatre frères avait réussi à conserver en continuant d'imposer sa domination politique et économique. Mais il est mort et le monde a changé. André Cheutié, qui a d'une certaine façon succédé à son père, voit sa position remise en cause par ses frères.

La Chapelle-en-Brie traite donc à la fois de politique et de la famille...
Oui. À partir des années 1990, l'esprit marchand et le libéralisme ont pris le dessus sur les valeurs et les traditions défendues, jusque-là, par la droite ordinaire. Ainsi, comme dans La Cerisaie, les frères Cheutié vont vendre leur domaine. Mais, contrairement à la pièce de Tchekhov,
personne ici n'a de dette. S'ils décident de se séparer de leur ferme, c'est simplement par appât du gain, pour continuer de s'enrichir, au risque de perdre leur âme...

Qu'est-ce qui vous touche le plus dans cette pièce ?
C'est le regard que porte Alain Gautré sur la société d'aujourd'hui. Un regard qui allie grotesque et tragique, qui éclaire une forme de détresse : la détresse que peuvent ressentir les personnes ayant construit leur identité sur des certitudes, lorsque celles-ci viennent à
disparaître.
Dossier par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 24/08/2009

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