Connexion : Adhérent - Invité - Partenaire
Accueil Qui sommes nous Nos services Comment adhérer Questions courantes Contactez nous

© Bruno Perroud


Les Femmes savantes
quand Molière “devient shakespearien”
Arnaud Denis met en scène "Les Femmes savantes", au Théâtre 14. Tout comme Molière lors de la création de la pièce (en 1672), le jeune metteur en scène a décidé de confier le rôle de Philaminte à un homme. C'est, en effet, Jean-Laurent Cochet qui incarne cette figure vigoureuse et despotique...
Quel chemin avez-vous emprunté pour aborder Les Femmes savantes ?
J'ai essayé de m'immiscer dans cette pièce petit à petit, afin de faire en sorte qu'elle puisse s'exprimer à travers toutes ses composantes, toute sa richesse, l'ensemble de ses dimensions. Lorsque je décide de mettre en scène une œuvre, je ne cherche jamais à suivre ce que l'on appelle un parti pris. J'aborde les répétitions sans privilégier une option ou une autre. Une fois sur le plateau, c'est la rencontre du texte et des comédiens qui détermine les orientations du spectacle.

Qu'est-ce qui vous intéresse plus particulièrement dans cette pièce de Molière ?
Je crois que c'est l'histoire de famille qui me captive le plus. Comment un tel fossé peut-il se creuser à l'intérieur même d'une maison ? Ici, deux clans s'opposent : d'un côté, Chrysale et ceux qui se placent du côté des sens ; de l'autre Philaminte et sa clique de "femmes savantes".

Prenez-vous la défense d'un de ces deux clans ?
Pas du tout. Je ne souhaite donner raison ni aux uns ni aux autres. Car, je crois qu'ils ont tous à la fois raison et tort. Molière pose des questions auxquelles il n'apporte pas de réponse. J'ai envie que le public soit sans arrêt ballotté d'un côté et de l'autre, qu'il change de perception au fur et à mesure que les scènes se succèdent. Rien n'est simple dans cette pièce. Les personnages sont profonds et complexes. C'est d'ailleurs sans doute ce qui les rend si drôles. Dans Les Femmes savantes, le rire couve en permanence sous le drame.

Pourquoi avoir choisi de confier le rôle de Philaminte à Jean-Laurent Cochet ?
Pour renouer avec la tradition, Molière ayant créé Les Femmes savantes avec un homme dans ce rôle. Philaminte n'a rien de féminin, c'est un véritable dragon, elle est souvent terrifiante. Il me semble que, non seulement, ce personnage se prête à l'emploi d'un interprète masculin, mais qu'il le nécessite. Bien sûr, cette performance impose la présence d'un comédien hors norme, un comédien d'une exigence sans faille, qui ne tombe jamais dans une quelconque forme de caricature. Jean-Laurent Cochet est un artiste de cette envergure. Il se met entièrement au service de son personnage, sans jamais chercher à faire rire de son travestissement. D'ailleurs, je suis persuadé que Molière a écrit le rôle de Philaminte pour qu'il soit joué par un homme. C'est là que l'auteur des Femmes savantes rejoint la liberté et le génie de Shakespeare, lorsqu'il s'autorise à sortir des règles de la rigueur française : il devient alors véritablement shakespearien.
Zoom par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 16/08/2009

-
Haut