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D.R.


Amanda Lear : “Je m’éclate !”
“Ce métier est une illusion et il faut le faire le mieux possible”
Tous les soirs aux côtés de Natacha Amal, elle soulève des salves de rires au théâtre de la Porte Saint-Martin. "Panique au ministère" est un succès. Peintre, chanteuse, mannequin, animatrice de télé, Amanda Lear sait tout faire. Diva sans crépuscule, incontournable people de la vie artistique, Amanda la sulfureuse livre ici quelques points de vue...
Pourquoi avoir choisi de faire du théâtre ?
J'avais des propositions de pièces par Savary, de one-woman-show par Palmade, en France, en Italie... Alors, quand Guillaume Mélanie et Jean Franco m'ont envoyé cette pièce, j'ai tout de suite dit oui. C'est trop drôle, on dirait que c'est écrit littéralement pour moi. Je pense que pour un premier contact, le public va vouloir voir la fameuse Amanda Lear que l'on voit depuis toujours à la télé. Celle qui est ironique, qui n'a pas sa langue dans sa poche, qui rigole... Dans cette pièce, ils reconnaîtront ce personnage-là. Une femme complètement fofolle, farfelue comme en jouaient autrefois Sophie Desmarets ou Maria Pacôme. C'est idéal pour moi comme début.

Pourtant, la scène, vous connaissiez !
Cela fait trente ans que je chante partout... Être sur scène devant le public, ce n'est pas le problème : une pièce, c'est autre chose. Mais, finalement, je m'éclate. Ma seule expérience théâtrale, c'était Spider Rabbit, une pièce surréaliste et déglinguée, il y a plus de trente ans à Londres dans un petit théâtre. Puis j'ai succombé aux charmes de la télé, de Berlusconi, et j'ai mis le théâtre entre parenthèses, mais ça me démangeait.

Tous les animateurs de télé se sont mis au théâtre...
Mais ils ont tous fait la même erreur : faire de la grosse comédie de Boulevard en jouant leur propre rôle. Je ne voulais pas que l'on dise : "Elle n'est pas tellement bonne actrice puisqu'elle joue le même rôle que dans la vie." Non, je ne suis pas cette femme que je joue dans la pièce. Je ne fume pas de joins, on m'a coupé les cheveux, on m'a fait rousse... Je joue la mère de Natacha Amal et c'est très important que, tous les jours, je me dise cela.

La télé, c'est fini ?
Oui c'est fini. C'est devenu irregardable, on est tombé dans une telle vulgarité ! Moi qui ai présenté des grands programmes très paillettes, sympas, ironiques, une télé bon enfant... Maintenant on voit des gens qui se brossent les dents sur une île en se grattant le cul ! Je ne peux plus regarder cela, c'est au-dessus de mes forces. Mais on continue de me proposer des projets, même super bien payés. Forcément, il y aura un retour de bâton, ça va se ressaisir. Mais pour le moment, c'est tellement merveilleux de rentrer tous les soirs dans la peau de cette femme et de rire...

Qui est votre public ?
Je ne sais pas trop. Il y a toujours le public de la musique qui me suit depuis des années, le public gay aussi, celui de la télé - qui ne va pas en discothèque ! Il y a aussi celui de la radio - tous ceux qui écoutent Les Grosses Têtes ! Un public qui aime rigoler. Sans être péjoratif, c'est un public qui est populaire. Je ne cherche pas à ne plaire qu'à une élite qui va s'habiller chez Colette !

Vous durez dans ce métier !
J'ai cette chance, tant mieux. L'essentiel est de durer sans lasser, car tout le monde peut faire un feu de paille ! Ce métier est une illusion et il faut le faire le mieux possible. Ça me comble, j'en ai besoin. Salvador Dali me disait toujours "Il faut vivre d'erreur." Il ne nettoyait jamais ses lunettes car il aimait ne pas voir la réalité. Il avait peut-être raison.

Vous sortez beaucoup ?
Je vais au spectacle, mais je ne suis pas de ces jet-set people qui vont dans les dîners de Massimo Gargia ! J'aime rire au théâtre, j'aime tout ce qui est anglo-saxon : Noël Coward, Neil Simon, les grandes comédies musicales... Comme je vivais en Angleterre, je rêvais de faire Sunset boulevard, le Phantom of the Paradise, Chicago... Je ris beaucoup aussi à des pièces françaises comme Les Amazones ! Mais je n'aime pas les machins prise de tête... Je me rappelle être allée voir mon copain Bruno Putzulu dans un truc de Florian Zeller... Ce n'était pas trop pour moi ; c'était excellent, mais ce n'est pas mon genre de pièce. J'étais il y a quelques jours à la générale de Cléopâtre, car nous avons le même producteur : Jean-Claude Camus. C'était frustrant car on se dit que l'on aimerait être dans une production pareille où il y a plein de pognon, des costumes, des effets spéciaux, s'envoler tirée par des ficelles... Et il y a de très beaux mecs : des gladiateurs...

Vous aimez le music-hall ?
Avec Salvador Dali, on allait tout le temps au Lido, au Moulin-Rouge ; il adorait tout ce qu'il appelait "les plumes" ; il disait "Ah ! on va voir un petit peu de plumes ce soir !", ça lui plaisait beaucoup. Le goût du grand spectacle, de la paillette, de la plume revient en force. On m'a proposé de faire le Crazy Horse, après Arielle Dombasle, pour faire un coup. En guêpière ! Mais on verra... Quand je serai grande !

Que pensez-vous de la création théâtrale actuelle ?
Il y a la crise, il faut remplir les théâtres, mais cela n'empêche pas les auteurs d'être toujours aussi créatifs. Certaines pièces ont beaucoup de mal. Il y a beaucoup de pièces qui ne trouvent pas leur public mais qui valent la peine d'être vues. J'habite à côté d'Avignon, donc, tous les étés, je vais au festival : là, il y a la grosse machinerie, la cour du Palais des papes où c'est chiant comme la pluie - parfois ça dure cinq heures ! - et puis, à côté, il y a des tas de petits théâtres d'avant-garde. Mais il faut de tout : du théâtre rigolo, du théâtre provocant. J'ai connu à la fin des années 60 le Living Théâtre ; j'étais hippie, et amoureuse d'un des acteurs. Je les ai suivis un peu, on faisait tout pour faire bouger les choses, on provoquait, on se mettait à poil, on insultait, on hurlait. C'était bien ! Il faut des choses comme cela !
Interview par François Varlin
Paru le 20/06/2009

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