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© Bruno Perroud


Raphaëline Goupilleau
“Mon travail sur la ‘Souris verte’ a été un révélateur parfait”
Récompensée l'année passée par un Molière pour "Une souris verte", elle est sur la scène prestigieuse du théâtre Marigny, dans la pièce d'Israël Horovitz, "Très chère Mathilde", mise en scène par Ladislas Chollat, avec Samuel Labarthe et Line Renaud.
Lorsque Bruno Perroud m'a demandé si cela me plairait de faire ce Rendez-Vous avec Raphaëline Goupilleau, j'ai sauté de joie. Cela fait bien seize ans que je suis le travail de cette comédienne. J'ai une grande admiration pour son talent. Sur scène, elle a de la grâce, de la légèreté, de la sensibilité, une voix chantante et enjouée et un rire... Le rire de Raphaëline, cela ne s'oublie pas... Vous êtes dans une salle de théâtre, lorsque tout à coup surgit une cascade de notes joyeuses qui vous font dire : "Tiens Raphaëline est là." Nous avons rendez-vous au restaurant du théâtre du Rond-Point, à deux pas du Marigny. La première a eu lieu deux jours plus tôt et je lui demande comment elle va. Elle rit... "Avec Line et Samuel on est décalqué." La semaine a été chargée, en travail et en émotion. Il y a eu les dernières répétitions, la couturière, la générale... Maintenant, le plaisir de jouer devant le public. Les deux jours de relâche sont très attendus pour un repos salutaire. Mais elle compte bien utiliser ensuite le dimanche pour aller voir les autres jouer. Nous faisons un tour d'horizon des spectacles de Paris... Mais pour le moment toute son attention se porte sur Très chère Mathilde.

"Si tu savais comme je suis heureuse ! Line a une telle générosité sur scène mais aussi dans la vie. Elle a un appétit pour tout. Elle a soif de l'autre. Je pense qu'un artiste s'identifie par l'appétit qu'il a de jouer et de vivre. Et chez Line, c'est phénoménal. Quant à Samuel, quel plaisir de le regarder jouer..." C'est un jeu entre Samuel et moi, mais il est convenu qu'à chaque fois que quelqu'un prononce son nom, je corrige par un : "Le beau Samuel Labarthe !" Raphaëline laisse fuser son rire. "Oui, c'est ça, le beau Samuel ! Quel acteur. Il a charge de l'histoire, tu le suis pas à pas. Il est magistral. Je me suis régalée à les regarder répéter. Je me mettais dans un coin et j'observais."

Je n'ai pas à poser de questions. Si heureuse de ce qu'elle vit sur scène, elle attaque tout de go, sans presque prendre son souffle. "C'est un thème extraordinaire. C'est un drame familial, basé sur le secret de famille. Chacun vit avec son album de famille et puis, un jour, on découvre que ses parents sont aussi une femme et un homme. Ma mère (Line Renaud) a vécu une histoire passionnelle avec un homme. Arrive le fils de cet homme. Cette histoire d'amour entre son père et Mathilde a été un drame qui a bloqué sa vie. Mon personnage savait, lui, vient de le découvrir. Ce sont les deux extrêmes, doit-on tout dire à un enfant ou tout cacher. C'est passionnant et amusant de voir comme Horovitz écorne la psychanalyse. C'est beau cette femme de 80 ans qui dit à ces adultes : 'Vivez ! Les questions c'est une chose... Mais vivez !'"

Horovitz a une écriture brillante, pleine d'humour. Ce sont des pirouettes qui permettent aux gens de respirer. C'est un rire salvateur. Justement, pendant les répétitions tout se passe à huis clos, entre les comédiens, le metteur en scène, les techniciens... Puis arrive le jour où le public s'installe. Il a son rôle à jouer, il est plus qu'un quatrième mur, il est un partenaire et, chaque soir, il est différent. "C'est ça... À la couturière, il y a eu une écoute étonnante. C'est libérateur, l'arrivée du public. Et Line a dit : 'Allez, champagne !'"

Ce Très chère Mathilde est un nouveau cadeau dans son parcours. "Oh ! Oui ! Merci Monsieur Lescure." C'est grâce à la Souris verte qu'elle a pris part à ce projet. "Coup sur coup, je me retrouve dans deux créations de deux auteurs américains aux univers différents." Comment accepte-t-on un tel projet ? "Tu es un interprète. Lorsque quelqu'un te propose un projet, tu dis oui si tu sais que tu vas en faire quelque chose. Nous sommes des artisans. On est notre propre matériel que l'on utilise." Accompagnée en cela par le metteur en scène. Elle est enchantée du travail mené avec Ladislas Chollat "qui a été d'une écoute, d'une attention, d'une patience pour me guider vers le personnage de Chloé. C'est la première fois qu'il se retrouve dans un projet de cette envergure. Tu imagines la pression".

Comment a-t-elle vécu le jour des Molière ? "Finalement, j'ai été moins paniquée que de passer chez Drucker. Je m'accrochais à Samuel." Mais que ce Molière soit celui de la Révélation après tant d'années de présence sur scène ? "C'est mieux que celui du Jeune Talent ! On m'a beaucoup demandé si ce n'était pas vexant. 'Vous plaisantez', répondais-je. "C'est comme pour la photo, il faut un révélateur, sinon il n'y a rien sur le papier'. Mon travail sur La 'Souris verte' a été un révélateur parfait. Ce rôle a révélé des choses que je n'avais pas exploitées. Tout le travail que tu fais avec les autres, Marion Bierry, Jean-Michel Ribes, Béatrice Agenin, Jean-Luc Revol, te permet de te construire. C'est comme si tu façonnais une boîte en bois. Tu sculptes, rabotes, enlèves, rajoutes..."

Comment devient-on la fille de Line Renaud ? "D'abord, je suis celle de Mathilde. Tu regardes ce que l'autre te donne. Quand j'ouvre la porte et qu'elle me dit : 'Tu es là ma chérie', je prends ce que me donne cette femme-là, qui est ma mère. Tu construis cette relation à partir de ce qui est dans le texte. Elles vivent ensemble depuis toujours. Ensuite, il y a les indications du metteur en scène. Le choix du costume permet de trouver qui tu es sur scène. Cette femme a sa façon de marcher, de s'habiller... Ce n'est pas ce que je mettrais dans la vie de tous les jours. Tu t'habitues aux décors, aux objets. Avec 'ma mère', je vis dans cet appartement depuis quarante-cinq ans. Tu ouvres les yeux et tu regardes. Tu ouvres les oreilles et tu écoutes. Et à partir de là tout s'installe." On doit se quitter, elle me demande quand je viendrai voir la pièce. Puis, juste avant de prendre le métro, elle avoue : "Tu sais, tous les soirs, c'est très agréable d'aller travailler !"
Portrait par Marie-Céline Nivière
Paru le 08/05/2009

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