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© Philippe Delacroix


Rencontre avec Jean-Claude Grumberg
pour “Vers toi Terre promise”
L'auteur de "Dreyfus", "L'Atelier" et "Zone libre" explore avec "Vers toi Terre promise" le deuil impossible qu'est la perte d'un enfant, tout en abordant la question de l'identité juive, à travers l'histoire d'un couple de dentistes ayant perdu sa fille aînée en déportation, puis sa cadette devenue carmélite.
L'impérieuse nécessité de relater aujourd'hui l'histoire de ce couple de dentistes est-elle l'écho du silence écrasant dont avaient été entourés les survivants de la Shoah ?

Il est important de préciser que je ne suis pas un survivant des camps, mais un fils de déporté. L'absence de discours sur les rescapés de la Shoah au sortir de la guerre - liée au besoin politique de reconstruire et de pacifier la France - est un thème que j'ai déjà abordé dans L'Atelier et dans une série de récits autobiographiques intitulée Mon père inventaire. Dans Vers toi Terre promise, j'ai surtout voulu exprimer la souffrance d'une famille telle que je l'avais ressentie enfant : à la perte de l'enfant déportée s'ajoute, pour ce couple de dentistes, celle de ne plus jamais revoir son autre fille entrée au Carmel. Sa conversion religieuse ne les dérange pas, mais son refus de tout contact avec eux leur est intolérable. J'ai voulu traduire mon ressenti de petit garçon arrivant dans la maison du malheur, découvrant qu'il existait une douleur pire que celle de perdre son père.

Le dentiste est de plus en plus convaincu de son athéisme. Est-ce le double coup du sort qui le pousse à se retrancher dans cette certitude ?

Non, ce postulat est inscrit en lui dès le départ. Il devient plus fervent dans sa foi... qui est de ne pas croire ! La pièce soulève ainsi une autre question : qu'est-ce qu'être juif quand on se dit non-croyant ? L'identité juive ne se résume pas à une croyance ou au sionisme, c'est aussi une culture, une manière de vivre, plusieurs langues... On peut se dire juif de la même manière qu'on peut se dire d'origine chrétienne sans croire en Dieu ni respecter les règles du culte. Ce fut d'ailleurs le cas de nombreux juifs - dont ce couple de dentistes - qui partirent pour Israël, non pour défendre une idéologie, mais parce qu'ils n'avaient plus de raisons de vivre en Europe. Si la pièce évoque, a posteriori, ces thématiques, le souvenir du malheur que ma mère et moi prêtions à ce couple a conduit cette écriture. D'où ce sous-titre de Tragédie dentaire. C'est un objet curieux. Est aussi présent le petit garçon que j'étais, qui en profite pour esquisser sa vie d'adulte. Charles Tordjman a été à la fois personnel dans sa mise en scène et fidèle au texte. Il a choisi quatre acteurs qui évoluent dans un décor unique évoquant tour à tour la salle d'attente, le cabinet ou un bateau. Il n'a pas cherché à restituer une époque, la pièce parlant avant tout de la perte la plus difficile à surmonter, celle de ses enfants, et qui rend la pièce universelle malgré son particularisme voulu. On peut en rire ou en pleurer ou les deux en même temps.
Interview par Alain Bugnard
Paru le 02/04/2009

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