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D.R.


Ned Grujic
Le théâtre dans les tripes
Ce metteur en scène, auteur et comédien, nourrit une passion de longue date pour la scène.
"Je devais avoir le théâtre en moi à ma naissance car, en voyant des spectacles et des films, très jeune, j'ai commencé à rêver, à m'en imprégner. Je 'savais' que ça ressortirait un jour. Mais je me suis vite rendu à l'évidence : je n'étais pas Laurence Olivier ! Mettre en scène, par contre, me permet de m'investir dans tous les rôles, comme si je les jouais, car il faut insuffler aux comédiens la passion, le rêve, l'envie de chaque personnage pour qu'ils en soient le prolongement. Ils apportent leurs pierres à l'édifice et je leur sers de guide, comme un chef d'orchestre. Mais j'ai commencé tard, vers 18-19 ans (dit-il sans rire, ndlr). En France, il n'y a pas d'école de mise en scène contrairement à Londres ou même en Serbie. Alors, j'ai dû me former sur le tas, en donnant des cours de théâtre dans une école. Pendant dix ans, j'ai monté énormément de pièces avec ces enfants et ados. J'ai conçu décors, costumes, lumières, scénographie..."

L'originalité de son travail réside dans le fait qu'il mêle souvent théâtre, chant, danse et musique.

"Le corps est un instrument qui dispose de multiples moyens d'expression. J'aime solliciter toutes ces formes. Mais ce n'est pas systématique car si j'apporte ma vision, chaque participant, acteurs et équipe technique, doit s'inscrire à l'intérieur. Tout travail commence par une longue réflexion commune, jusqu'à l'accord final. Cette phase interactive est passionnante. Alors seulement, le spectacle peut prendre vie."

Après Shakespeare, Dickens, Kipling, Conan Doyle..., Ned Grujic monte aujourd'hui Sa Majesté des Mouches de William Golding.

"C'est une référence du roman anglais, aussi populaire que 'Peter Pan', dont il est le pendant. Ici, la noirceur de l'être humain ressort dès l'enfance. Ma famille ayant subi de plein fouet la guerre en ex-Yougoslavie, je cherchais un texte contemporain de portée universelle sur ce qui pousse les hommes à de telles horreurs. Ce roman m'a bouleversé. Son titre emprunte à Belzébuth, la figure tentatrice de l'Homme qui s'affronte au Bien. Il raconte l'histoire d'écoliers de 8 à 16 ans livrés à eux-mêmes après un crash d'avion. Après s'être "serré les coudes", ils entament un conflit meurtrier sous prétexte d'une menace brandie par l'un d'eux. C'est ce qui se passe avec le totalitarisme et c'est remarquablement montré dans la pièce. S'ensuit un questionnement qui dérange, agace peut-être, mais ne laisse personne indifférent."

Pour autant, ce sont des comédiens adultes qui jouent.

"C'est une allégorie susceptible de provoquer une discussion, rôle essentiel du théâtre à mon sens. Pour montrer ces personnages typés aux caractères qui s'affrontent, il fallait des comédiens patentés. Mais leur langage emprunte aux ados et ils ont fait un énorme travail sur les attitudes des enfants, leur énergie, le fait de ne pas tenir en place, de passer du coq à l'âne... Ils sont même devenus acrobates ! Car l'important, quand on nous raconte une histoire, c'est d'y croire !
Interview par Caroline Fabre
Paru le 31/01/2009

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