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D.R.


Marc Jolivet
“C’est le clown qui se fait chier à bien jouer pour que les gens soient contents.”
Après avoir créé le premier spectacle comique avec un orchestre philharmonique, il va devenir le premier humoriste à se produire sur la scène de la salle Gaveau, haut lieu de la musique classique.
Marc Jolivet m'attend devant la salle Gaveau, sous l'affiche de son spectacle. "Tu as vu ça !" Il est comme un gamin heureux de sa blague. J'éclate de rire en découvrant le grand ours blanc tenant dans ses bras un Jolivet dénudé, perruque à la Mozart sur la tête, enlaçant tendrement un violon et son archet. Cela fait un sacré contraste avec les sages affiches de concerts qui ornent l'autre pilier. Comment est-il arrivé là ? Il a découvert Gaveau pour la première fois, il y a dix ans. "Mergault m'avait emmené voir Juliette. J'avais adoré, le spectacle comme la salle. Et puis, je suis venu avec 'Comic symphonic'. Un grand plaisir. C'est alors que les directeurs, Chantal et Jean-Marie Fournier, m'ont dit : 'Venez, on n'a jamais eu d'humoriste chez nous.' On va faire trois séries. La première est pour les fêtes, du 20 au 31 décembre. Le rêve !"

La salle

"Allez, viens, je vais te montrer ce lieu génial !" Il semble déjà comme chez lui. Il pousse une porte, me demande d'attendre, allume la lumière et nous voilà dans la salle de spectacle. "Tu as vu ça ! Je ne pouvais pas te parler du spectacle ailleurs que là." Nous voilà sur la scène, regardant les rangées de fauteuils. Ce qui surprend, c'est le rapport scène-salle, cela fait tout petit. "Il y a 1 000 places, mais tu es avec les gens." Il pousse un peu la voix, celle-ci s'élève, s'envole, prenant tout l'espace. "Pas besoin de soutien technique. On va faire ça avec trois projos et, surtout, sans micro. Gaveau, c'est la pureté !" Il pose sa veste, prend sa brochure, s'installe à côté du piano.

Les artistes

Je n'ai pas besoin de lui demander ce qu'il va faire. Il a ce désir gourmand de me raconter son spectacle. "Je voulais écrire quelque chose de différent de 'Comic symphonic'. C'est marrant de faire du classique au Casino de Paris et, à Gaveau, du rock." Ce sont des nuances de la vie artistique qui l'amusent et le stimulent. "Le spectacle sera plus visuel", prévient-il. Guy Laporte est bien évidemment de la partie. Il faut dire qu'un Jolivet sans son Laporte, c'est comme un clown blanc sans son Auguste, un brin bancal. Puis, Jolivet reste très fidèle à son équipe. Il y aura un pianiste, Serge Perathoner en alternance avec Fabien Ladoucette, un quatuor à cordes. "Composé de quatre nanas, des rescapées géorgiennes, cela coûte toujours moins cher que des artistes français", lance-t-il dans un grand éclat de rire. "Voilà, c'est tout..." Je découvrirai plus tard, qu'il y aura également un ours blanc.

L'humour citoyen

Une foule de symboles sont attachés à cette salle et ils n'ont pas échappé à l'esprit pertinent de l'humoriste. "C'est par ça que je commence. Je décris le quartier : une banque, un cinq-étoiles, une banque... J'évoque les artistes prestigieux qui sont passés sur cette scène. Je rappelle que c'est là que tout a commencé pour Sarkozy." On est à quelques mètres du siège de l'UMP et Jolivet ne va pas mettre un pavé sur sa langue. Marc Jolivet est un artiste citoyen. Il entonne, sur la mélodie de la fameuse valse de Chostakovitch, une chanson sur les 35 heures, qui a tout pour devenir un grand succès. Disons-le franchement, Marc a une très belle voix. Il a aussi un slam-slow touchant qui débute par un "Je ne suis pas Grand Corps malade, mais petit corps bien portant" et se termine par "Toi la crise, je te méprise et je n'te fais pas la bise". L'actualité locale et internationale va être traitée avec une bonne dose d'humour. La Chine sera en première ligne. Et pour cause, "les droits de l'homme s'effacent toujours devant les droits du porte-monnaie".

L'humour écologique

Être à Gaveau, c'est aussi s'amuser avec la musique. Il chantera un lied de Schubert. Rien que ça. "J'ai même repris ma trompette. J'ai bossé dur." Il peut, ça va être l'air d'Aïda. "C'est le clown qui se fait chier à bien jouer pour que les gens soient contents." Vivaldi aussi sera au programme. "Comme il n'y a plus de saisons, le quatuor interprète les 'Quatre saisons' pendant que je m'amuse avec la planète qui meurt dans mes bras." L'écologie fait partie intégrante de ses spectacles. "On ne peut pas dire que j'ai pris le train en route. Depuis 1979, c'est dans mes spectacles. Je me moque des excès des anti comme des plus pro-écolos." Mon premier vin bio, c'est lui qui me l'a fait goûter, à Bobino. "Là, je vais faire pareil. Après le spectacle, on se retrouve tous autour d'un verre de vin bio du Ventou." Marc Jolivet aime aller à la rencontre de son public, avoir de véritables échanges qui ne passent que par la parole vivante. "C'est de la communication directe, ce que ne sera jamais Internet." Il a un projet qui lui tient à cœur, "Rire pour la planète", une association qu'il a fondée avec Luc Besson. "On va faire des galas, des DVD, des BD... Les fonds iront aux écoles, aux collèges, pour faire de l'éducation écologique. Ce sont les jeunes qui m'intéressent. Ils sont l'avenir. On veut montrer que l'écologie, c'est joyeux. Et, puisque rire est bon pour la santé, le rire est forcément bon pour la planète." À l'entracte, il y aura un espace pour l'association. La grande préoccupation étant le réchauffement de la planète qui menace les ours blancs. Marc Jolivet en a sauvé un. Et il est dit que celui-ci ne va pas passer inaperçu.

Salut l'artiste

On va garder un peu de surprise et ne pas dévoiler le riche programme. "La salle m'a inspiré." Marc est toujours en réflexion, écoutant, flairant, regardant. "Tu sais dans cette salle quand les rires arrivent, tu es dedans. Finalement entre une grande salle et celle-ci, je préfère Gaveau. Tu es proche du public, des gens. Il y aura des places à 15 euros et un tarif famille. Je ne fais pas ça par démagogie, ni pour le fric, mais parce que ça m'amuse." Il pourrait se produire dans les plus grandes salles, prendre la recette et rentrer chez lui. Mais ce n'est pas ce qui le fait avancer dans la vie. "Je suis venu sur Terre pour réaliser mes rêves. Et plus tu rêves moins tu crèves."
Portrait par Marie-Céline Nivière
Paru le 20/12/2008

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