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© E. Robert


Nathalie Roussel
“La vie est un voyage sans fin vers le passé et non l’avenir”
La comédienne reprend les rôles de l'aubergiste et de madame de La Pommeraye dans cette nouvelle adaptation de la pièce de Milan Kundera par Nicolas Briançon au Théâtre 14.
"Un hommage à Diderot et au roman", c'est en ces termes que l'auteur tchèque justifiait cette "variation" autour de l'œuvre du philosophe des Lumières. Jacques et son maître, créée à Paris en 1984, relate trois histoires d'amour, racontées au cours du voyage initiatique entrepris par les deux hommes : celle de Jacques, du Maître, et de madame de La Pommeraye. C'est à Nathalie Roussel - que l'on a pu voir récemment dans le monologue de Serge Valetti, Pourquoi j'ai jeté ma grand-mère dans le Vieux-Port, et qui s'est brillamment illustrée au cinéma dans La Gloire de mon père et Le Château de ma mère, réalisés par Yves Robert - que Nicolas Briançon a confié le rôle de madame de La Pommeraye, tandis qu'il reprend lui-même celui de Jacques. "C'est une pièce politique et sociale, notamment à travers les deux personnages que j'incarne, l'aubergiste et madame de La Pommeraye. L'aubergiste est un Janus féminin. Sa profession lui offre un rang social et, par là même, la liberté. Elle nous raconte l'histoire de madame de La Pommeraye et se glisse dans sa peau quand elle gravit les marches d'une estrade posée sur le plateau. C'est merveilleux d'incarner une femme de pouvoir à la voix aigre devenant l'instant d'après une femme aérienne et aristocratique. C'est le grand écart social du XVIIIe siècle et une volonté de Kundera de dire qu'à travers le verbe ces deux classes sociales peuvent se rejoindre, le verbe permettant l'égalité par la connaissance et le langage. Mais n'est-ce pas finalement une utopie ? L'ascenseur social créé au XXe siècle n'aura existé que le temps d'un battement de paupière. Le leitmotiv du texte est d'ailleurs : 'Tout ce qui nous arrive de bien et de mal ici-bas est écrit là-haut.' La liberté de penser est suspendue à cette phrase et le danger de l'homme du XXIe siècle est de redevenir fataliste : on préfère être adapté, formaté et l'on n'ose plus. N'oublions pas que le verbe peut devenir un élément politique : les mots n'ont l'air de rien, mais ils sont finalement tout. Kundera le savait pour avoir été cloué au sol par le communisme... La pièce parle aussi du temps qui passe, de la nostalgie. La vie est un voyage sans fin vers le passé et non l'avenir. On finit tous par se dire 'c'était mieux avant' pendant l'enfance, l'âge de tous les possibles. En ce sens, la pièce rejoint aussi le métier de comédien qui permet de rêver sur ce qui n'existe pas, de créer un autre monde pour rendre plus supportable la difficulté de vivre et de dire. Quand je suis arrivée à Paris à 15 ans, je ne connaissais personne, je voulais juste être comédienne. Je suis originaire de Perpignan et n'arrêtais pas de fuguer pour rejoindre la Ville Lumière. Il était important pour moi, qui suis d'une timidité maladive, d'entrer dans la lumière pour m'exprimer avec les mots des autres tant il m'est difficile de formuler mes émotions. Et j'ai eu la chance de rencontrer Michel Drach et Marie-José Nat qui m'ont prise sous leur aile." Désireuse à son tour d'aider les jeunes comédiens en difficulté, Nathalie Roussel est secrétaire générale du Foyer Edwige-Feuillère.
Portrait par Alain Bugnard
Paru le 18/12/2008

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