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D.R.


Laurence Semonin
De Laurence à Lola en passant par la Madeleine Proust...
Née à Morteau (Franche-Comté) en 1951, de "parents vivant comme des bourgeois sans en avoir les moyens", la petite Laurence rêve de scène et de projecteurs. Elle déteste l'école qui "l'atrophie", mais devient instit', "les études étaient gratuites". Nommée tout près de Morteau quand elle rêvait de La Nouvelle Orléans, Laurence n'a pas l'intention de rendre ses petits élèves aussi malheureux qu'elle. Elle applique alors, non sans heurts avec ses collègues et sa hiérarchie, les principes de la méthode Freinet. Entre-temps, elle continue à dessiner, à rêver. Elle note aussi de drôles d'expressions des paysans du coin qui la font rire. Au Conservatoire de Besançon, une "nécessité impérieuse" naît : Jouer et seule ! Une idée surgit, comme un cadeau de la vie : créer un personnage de scène, une paysanne du Haut-Doubs "d'une belle humanité". Son compagnon, Gérard Bôle du Chaumont, la baptise aussitôt la Madeleine Proust ! Ils vendent tout ce qu'ils possèdent et sillonnent les routes des villages jusqu'à Paris où la Madeleine Proust triomphe.


Quels rapports entretenez-vous avec ce personnage ?
Je me suis inspirée des paysannes que je connaissais, je lui ai inventé une vie propre jusqu'à faire la psychanalyse du texte pour savoir ce qu'il y avait derrière les mots. J'avais des rapports ambivalents avec cette Madeleine ; j'étais à la fois heureuse que le public l'aime autant, et si loin d'elle. Ce que je vivais (milieu rock underground) était à mille lieues de ce personnage si terre à terre. À l'époque, je ne comprenais pas pourquoi on me confondait avec mon personnage. Dans le deuxième spectacle (La Madeleine Proust à Paris), je me glisse davantage dans ses mots. Puis, en 2003, avec le Tour du Monde, c'est moi qui l'emmène dans mon univers. Elle devient mon porte-parole. Aujourd'hui, je mesure la force de cette Madeleine Proust et la tendresse que j'ai pour elle. J'évolue, et elle suit ma propre évolution.

Et Lola dans tout ça ?
Mon deuxième spectacle fut un TGV lancé à 2 000 à l'heure... malgré les services d'hygiène et les menaces de mort (on tuait une poule chaque soir). Trois ans non-stop à Paris ! Je n'ai pas su savourer ce succès. J'ai eu besoin de couper net, de passer du temps avec moi-même. Je suis rentrée chez moi. J'ai écrit, fait un film, voyagé... et me suis retrouvée ! J'ai tout quitté pour l'Inde où je suis restée six mois, j'ai changé de prénom comme un acte symbolique vers une nouvelle vie.

Votre nouveau spectacle ?
Entre critique sociale, humour et poésie, il est né de ma complicité avec Caroline Loeb, qui signe la mise en scène, et il se promet d'embarquer le spectateur dans le rire et l'émotion. À l'heure d'Internet, ma Madeleine revient avec ses coups de gueule contre la modernité aliénante. Elle lâche ses a priori pour accepter et apprivoiser le petit Kamel, un môme du "9-3", qu'elle prendra sous son aile. Ayant enseigné en ZUP et fait de l'alphabétisation dans les quartiers, je souhaitais aborder la question de l'intégration. Pas celle de celui qui arrive, mais de celui qui accueille. Je parle aussi de la transmission et je continue de construire des ponts entre les cultures et les générations. Et puis... on croit que la Madeleine a la tête à l'envers, mais c'est le monde qui l'entoure qui marche sur la tête !
Interview par Caroline Fabre
Paru le 23/09/2008

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