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© Jean-Pierre Debarbat


Fabienne Thibeault
De la chanson à la comédie
C'est une voix. Une voix d'or, la voix de "Starmania" et de tant de chansons qui nous restent sur les lèvres. Fabienne Thibeault, en débarquant du Québec dans les années 80, cueillait les fleurs du succès du premier grand opéra rock, et devenait une star. Une star qui sait ce qu'elle veut, qui ne joue pas les stars, et qui pourrait bien ne pas cesser de nous surprendre... Inattendue, en comédienne et spécialiste de l'agriculture !
Vous voici donc bientôt sur une scène de théâtre !
Après un gala, deux dames sont venues me voir en me disant : "On a vu sur le programme de Sanary la pièce Tout feu-tout femme avec Fabienne Thibeault, c'est bien vous ?" Je leur ai dit : "N'ayez pas peur, je n'ai pas d'homonyme, je fais mes débuts au théâtre !"

C'est une première pour vous ?
J'ai fait du théâtre lorsque j'étais étudiante. On jouait des classiques, je m'en tirais bien, on m'avait même proposé de faire partie d'une troupe, mais j'avais répondu : "Non, moi je chante !" J'ai donc rencontré Luc Plamondon à la fin de mes études universitaires, et il y a eu Starmania... Il y avait un peu de comédie dans ce spectacle, mais tout y était chanté ; on entrait dans un personnage, on vivait à travers son évolution, ses fractures, ce qui l'animait... Mais le metteur en scène Tom O'Horgan, qui était célèbre pour avoir monté Hair, un peu débordé par le travail sur Starmania, m'avait dit : "Ma belle, t'es le personnage, fais ce que tu veux ce sera bien." J'ai donc fait ce que j'ai pu, avec un minimum de direction en essayant d'incarner le personnage tel que je le ressentais, mais je me suis taillé une part de gâteau formidable ! J'ai, par la suite, fait des sketches très courts dans des émissions, théâtralisé un petit univers à ma façon entre mes chansons dans les récitals, mais tout cela est resté très artisanal. Je n'ai jamais eu l'occasion d'opérer un vrai travail de fond. Depuis, j'organise des formations artistiques en partenariat avec des villes, dans un contexte d'éducation populaire ; nous avons monté régulièrement des spectacles, et cela m'a donné une méthode de travail dans l'univers scénique.

Pourquoi choisir de jouer la comédie ?
Cette pièce m'est venue par une amie, Lila, qui voulait me proposer une expérience nouvelle. Dans une carrière il y a différents moments. Il est temps d'explorer d'autres choses, de montrer au public d'autres facettes de ce que je suis. Le théâtre fait souvent la part belle aux chanteuses ! Pensons à Marie-Paule Belle, à Line Renaud... L'auteur, Bruno Druart, m'a écrit un joli rôle dans sa pièce Tout feu-tout femme où je donnerai la réplique à des comédiens de talent et chevronnés : Claudine Coster, Pascale Petit, Corinne Darras, Line Michel, Christophe Abrial. Olivier Macé et Jean-Pierre Dravel, en qui j'ai toute confiance, assurent la mise en scène. Nous entamons dès octobre une grande tournée dans toute la France, avec plusieurs dates en région parisienne.

Vous avez, je crois, un grand intérêt pour la vie rurale en France, vous êtes officier du Mérite agricole...
Oui, pour "services exceptionnels rendus à l'animation et à la culture du monde rural". J'ai la double nationalité, et je vis principalement en France. Je me suis passionnée pour l'agriculture française et la richesse des terroirs de ce pays ; mes grands-parents étaient paysans et je passais toutes mes vacances chez eux. Dès mes premières années en France, j'ai beaucoup discuté avec les producteurs agricoles et je connais bien les nouveaux enjeux auxquels ils doivent faire face, les demandes des consommateurs soucieux de qualité, les questions de développement durable, d'identité des territoires, de biodiversité. Alors, nous mettons nos compétences de gens du spectacle et de la communication au service de l'organisation d'événements et de fêtes "rurales". Avec Les Agriculturelles, l'agriculture et la culture se rencontrent et se conjuguent. Jean-Pierre Debarbat, mon mari saxophoniste et compositeur, et moi élaborons une comédie musicale des terroirs Notre Terre, où chaque région sera représentée dans ses produits identitaires.

Est-ce que le public est surpris de vous voir aussi engagée ?
Absolument pas. Autour de tout cela je continue de chanter ! Il y a une intimité entre le public et les chansons. Lorsque l'on va au théâtre, on voit des comédiens qui changent de rôle, de répertoire, alors que le chanteur est souvent perçu par le spectateur comme la représentation vivante de la chanson. C'est court une chanson ; cela nous accompagne. Les gens repèrent les moments de leur vie avec des chansons. On vient me dire : "J'ai dansé mon premier slow sur Les uns contre les autres, j'ai chanté à mon enfant tout au long de la ma grossesse Ma mère chantait..." Il y a ce type de rapport qui est différent du rapport à l'acteur.

Est-ce difficile de vivre avec des tubes qui collent à la peau ?
Avoir quelques tubes dans sa carrière est une grande chance et un cadeau... Je remercie Luc Plamondon et Michel Berger de m'avoir offert le rôle de Marie Jeanne, la serveuse automate, dont les chansons n'ont pas pris une ride et résistent aux modes et au passage du temps. Pour moi la maturité est un défi... Ce métier nous donne l'opportunité de développer d'autres compétences. J'ai appris de mon père, maçon, le goût du "chantier", de partager le travail avec d'autres, de se responsabiliser, de prendre les choses en main et d'agir pour ce qui nous passionne.

Vous êtes dans l'excitation de ce nouveau projet de théâtre !
J'ai hâte de rencontrer le public dans ce contexte différent et nouveau. Je vais pouvoir explorer mon côté fantaisiste dans ce rôle de Flo, Québécoise qui vit en France... J'aurai donc quelques moments amusants avec l'accent de chez nous... J'espère que je ne décevrai pas les metteurs en scène, et je sais que mes compagnes et compagnons de travail sauront m'appuyer et m'aider, ce dont je les remercie d'avance. Et puis il n'est pas dit
qu'il n'y aura pas quelque part une petite chanson...
Interview par François Varlin
Paru le 07/11/2008

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