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Jean-Marie Bigard
D.R.


Nicolas Briançon et Jean-Marie Bigard
Le premier à la mise en scène et le second dans le rôle-titre font renaître "Clérambard", personnage haut en couleur sur la scène du théâtre Hébertot. Rencontre avec deux artistes issus de mondes artistiques différents qui ont en commun l'amour du texte de Marcel Aymé, de la vie et de la scène.
Naissance d'un projet
Ce n'est pas un rendez-vous, mais deux. Chacun se fait miroir de l'autre. Le matin, Nicolas Briançon me reçoit chez lui où il attend un canapé. Je l'ai essayé, je sais que sa charmante femme ne m'en voudra pas. Briançon est à l'origine du projet. "Tout est de ma faute", insistera-t-il dans ce grand éclat de rire qui ponctue souvent ses phrases. Le projet est né en 1986 lorsqu'il assista à la représentation de la pièce mise en scène de Jacques Rosny avec Jean-Pierre Marielle, Danièle Lebrun et Nicolas Vaude, son vieux complice. "J'avais adoré et je me disais qu'un jour je la monterais." En voyant le film Uranus, tiré d'un roman de Marcel Aymé, il repense à Clérambard, rôle idéal pour Gérard Depardieu. "Car il faut être un clairon qui soit en même temps une flûte. Il faut qu'il y ait de l'impact vocal, de la force et de la sensibilité. Ils ne sont pas nombreux à pouvoir donner tout ça." Le projet renaît le jour où en cherchant un Anouilh dans sa bibliothèque, il retombe sur la pièce d'Aymé. "Je la relis et là je pense tout de suite à Jean-Marie Bigard. C'était pour lui."

Et Bigard devient Clérambard
Il va voir Le Bourgeois gentilhomme. "Une pièce que j'ai abordée avec la méfiance des théâtreux envers toute personne qui vient d'ailleurs. J'ai été conquis. J'ai trouvé une grande honnêteté, une rigueur par rapport au texte." Il prend son audace à deux mains. "J'ai obtenu le rendez-vous assez vite, ce qui est rare. Jean-Marie m'a écouté attentivement. Quinze jours après, il m'a rappelé et m'a dit : 'Je le fais'." Briançon admet que du coup les portes se sont ouvertes plus facilement, d'autant plus que la pièce, composée de 13 comédiens, est ce que l'on appelle aujourd'hui un lourd plateau. Le choix du théâtre Hébertot s'impose vite, "car je ne voulais pas une grosse salle qui n'aurait pas servi la pièce. Avec sa relation scène-salle, ce théâtre offre une belle intimité. Quand Jean-Marie l'a visité, il a juste dit : 'Putain c'est petit ! Mais il a été séduit". Bigard, n'aimant pas que les choses soient faites à moitié, décide de produire. "Avoir Jean-Marie et son équipe à la production, c'est un rêve. J'ai eu choix libre sur l'équipe technique et les comédiens. Sur l'essentiel, ils ne sont pas radins."

Les galons d'acteur
Au moment de l'entretien, l'équipe ne répète que depuis trois jours. "Jean-Marie s'est coulé dans la troupe avec aisance. Il est très sérieux, toujours à l'écoute. Je propose, il essaye. Il est généreux, humain." Je préviens Nicolas que l'ambiance sera sûrement bonne car l'équipe du Bourgeois m'a raconté combien Bigard était généreux, ouvrant grand la porte de sa loge. "Il a l'esprit de troupe. Jean-Marie vient de la tradition du music-hall, un métier de scène pour lequel j'ai beaucoup de respect et d'où sont issus Bourvil, Fernandel, Fernand Raynaud... Jean-Marie a gagné ses galons avec ce Molière et cela me ravit de l'amener à montrer des choses, à surprendre."

Marcel Aymé par Bigard
Deux heures plus tard, me voilà dans un endroit magique planqué avenue des Ternes où l'équipe répète. Jean-Marie Bigard arrive, lance un tonitruant "Salut !" digne de Clérambard. On s'installe dans le jardin. Après le canapé, à moi la chaise de jardin ! Il ne cache pas qu'il ne connaissait pas Marcel Aymé. "Mais dès les premières pages, je me suis dit, il a écrit ça pour moi !" Il s'est alors documenté sur l'auteur, sur sa philosophie, et a été plus que séduit. "C'est un anar de droite qui traverse dans les clous, respectueux des traditions, ennemi des conventions. Dans une société qui n'aspire qu'à la médiocrité, Aymé est un mec droit qui a envie d'aller droit au but. C'est aussi mon cas. Avec Clérambard, Marcel Aymé montre qu'il est possible de voir l'amour dans le cœur des gens qui ne sont pas aimables. Tout ça me plaît." Clérambard est un noble qui terrorise sa famille, maltraite les animaux jusqu'au jour où saint François d'Assise le visite. "Et il devient aussi ogre dans le bien. C'est ça qui est drôle. Ce qui me plaît, c'est que ce mec devient lucide en quelques secondes et il voit où est l'essentiel. Ce que beaucoup de gens ne voient jamais de la naissance au cercueil. Aymé envoie un message d'amour formidable. J'aime bien qu'une œuvre profite, ouvre les yeux, que le résultat soit positif."

C'est en forgeant...
"Le théâtre et le music-hall ont en commun le public. C'est la représentation de la vie et c'est ce qui m'intéresse." Jean-Marie Bigard avoue avoir toujours eu le sentiment d'être "dans un entonnoir. Pensant que personne ne me prendrait, n'écrirait pour moi, ne me produirait, j'ai décidé de tout faire par moi-même. Je me suis offert 'Le Bourgeois'. Je suis allé m'acheter ma carte de comédien. On ne peut plus dire que Jean-Marie Bigard dit poil, cul sur scène, il peut jouer Monsieur Jourdain". Il a raison d'être fier de son excellente prestation dans la pièce de Molière. "Clérambard est un enfant du Bourgeois, car c'est en voyant la pièce que Nicolas a pensé à moi." Bigard a aimé le naturel, l'énergie, le bonheur avec lesquels Briançon lui a parlé du projet. "J'ai mené mon enquête et tous les gens interrogés m'ont dit : 'C'est un merveilleux directeur d'acteurs.' Nous sommes dans nos premiers jours de répétitions, une période où l'on n'a pas encore notre métier à tisser. Son enthousiasme, sa vitesse, c'est super. La manière dont il dirige nous libère de nos angoisses. On détricote, mais il a déjà la pièce dans la tête. Les comédiens qu'il a choisis sont parfaits. Tout fonctionne dans le bonheur." Et là, le producteur qu'il est se joint à la parole du comédien. "Tout cela est de bon augure !" Nicolas Briançon arrive enjoué des ateliers où les décors se construisent, les comédiens se préparent à la répétition... Il est temps de les laisser.
Interview par Marie-Céline Nivière
Paru le 20/10/2008

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