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D.R.


Jean-Louis Martin-Barbaz
pour “La Cerisaie”au Silvia-Monfort
Jusqu'au 2 novembre, le théâtre Silvia-Monfort accueillera "La Cerisaie", mise en scène par Jean-Louis Martin-Barbaz, directeur du Studio, centre de formation dramatique parisien. Au printemps 2009, ce metteur en scène mérite nous présentera également "Britannicus"au Théâtre 14 et "Lorenzaccio" au TOP.
C'est la première fois que vous montez une pièce de Tchekhov...
Ma relation à cet auteur est un peu la même que celle que j'entretiens avec Molière : j'ai l'impression de l'avoir connu et d'en avoir fait un ami. Je n'avais jamais monté cette pièce qui pourtant me touche particulièrement. Par humilité, car de grands metteurs en scène entourés de grandes actrices m'avaient précédé. Il se trouve qu'une comédienne, Chantal Déruaz, avec laquelle j'ai partagé de nombreuses aventures artistiques, avait toutes les qualités requises pour jouer le rôle principal.

Que représente La Cerisaie à vos yeux ?
C'est pour moi la pièce la plus aboutie de Tchekhov, sa dernière, aussi. Sa pièce testament. Je possède également une maison de famille, inhabitée une bonne partie de l'année, qui était une Cerisaie il y a cent ans : on y faisait du vin, il y avait beaucoup de gens. Avec les guerres, les mariages, cette maison où j'ai passé mon enfance s'est arrêtée de vivre. La Cerisaie est une allégorie du passé, d'un monde en survivance, de ces choses dont on ne peut se détacher. Je pense que Tchekhov ne voulait pas se séparer de la vie et il l'exprime dans ce texte. La Cerisaie peut être un arbre de son enfance, l'odeur du vieux bois dans une maison, la peur de vieillir : refuser le monde présent est le propre de nombre d'entre nous. En même temps, je n'ai pas voulu faire un spectacle nostalgique qui pleure sur un monde révolu. C'est un spectacle sur les êtres qui ont du mal à quitter leur passé avec tout ce que cela comporte de drôle. Tchekhov considérait qu'il avait écrit un vaudeville. Suivant les époques, cette pièce prend des couleurs différentes. Artaud disait que chaque époque avait son inconscient et que le propre d'un chef-d'œuvre était de le révéler. Même écrite il y a plus d'un siècle, cette pièce parle de notre monde contemporain dont la volonté première est de faire des affaires. Abattre une forêt ou La Cerisaie n'a pas d'importance. La Cerisaie c'est aussi la mutation des générations. Dans la Russie actuelle, des anciens communistes pourraient ressembler aux serfs devenus milliardaires. Tchekhov était un médecin et son théâtre s'en ressent. Son écriture est très médicale : elle décrit l'homme tel qu'il est. Ses personnages s'expriment avec concision, humour, brutalité. Ce n'est pas un théâtre psychologique.

Dans quel cadre les comédiens évolueront-ils ?
Je n'ai pas voulu raconter une période historique. Le décor est composé d'une superposition de tulles transparents évoquant une maison, ce qui permet de créer des apparitions. On voit des manteaux de fourrure, des valises, des meubles, mais pas d'élément de reconstitution. En revanche, le monde de l'enfance est très présent.
Interview par Alain Bugnard
Paru le 20/09/2008

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