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© Bruno Perroud


Georges Terrey
président du Syndicat des directeurs de théâtres privés
Georges Terrey - directeur des Folies Bergère et président du Syndicatdes Directeurs de Théâtres Privés - porte son regard sur le paysage théâtral français. Il revient notamment sur les divisions séparant le secteur des théâtres privés et celui des théâtres subventionnés.
Quelle est la fonction et l'organisation du Syndicat des Théâtres privés ?
Notre syndicat est là pour faire la promotion de ses membres, pour défendre leurs intérêts et essayer de coordonner leurs démarches, leurs politiques... Comme tout syndicat, nos actions sont soumises à un conseil d'administration et à une assemblée générale. Le champ artistique de nos théâtres se partage entre spectacles dramatiques, spectacles chorégraphiques et spectacles lyriques.

Les théâtres faisant partie de votre syndicat sont principalement des théâtres parisiens...
Oui, car il existe très peu de théâtres privés en dehors de Paris. Lorsque nos productions partent en tournées, elles sont le plus souvent jouées dans des théâtres de ville, dans des structures subventionnées par les collectivités locales. Ceci prouve bien que les secteurs privés et publics peuvent parfaitement s'entendre lorsqu'ils ont tous les deux la volonté et l'intérêt de le faire.

Que vous inspirent les tiraillements, voire les oppositions, qui s'expriment parfois entre ces deux secteurs du théâtre ?
Pour moi, ce sont des querelles d'ayatollahs. Et je parle autant pour les professionnels du secteur privé que pour ceux du secteur subventionné. Je suis persuadé que pour les spectateurs, cette segmentation n'existe pas, que pour eux, les choses sont transparentes. Personnellement, je me positionne vraiment en dehors de ce clivage-là. Ce qui m'intéresse, c'est d'aller au théâtre et d'en sortir plus riche, c'est d'acheter un moment de bonheur, que ce soit dans un théâtre ou dans un autre.

Pour vous, il n'existe donc pas de différence artistique entre le théâtre privé et le théâtre subventionné ?
Non. Au niveau de l'acte de création, je ne crois pas qu'il y ait de distinction à faire. Les différences qui peuvent apparaître sont davantage dues à des questions de familles qu'à des questions de choix esthétiques. Nous faisons un métier de tribus. Pour prendre l'exemple d'auteurs, Jean-Marie Besset, Yasmina Reza et Eric-Emmanuel Schmitt font partie de la famille du théâtre privé, Michel Vinaver et Valère Novarina de la famille du théâtre subventionné. Leurs œuvres appartiennent-elles, pour autant, à deux catégories esthétiques radicalement distinctes ? Je ne le crois pas. En revanche, les modèles économiques de nos deux secteurs diffèrent totalement. Dans le cas du théâtre privé, on est dans un système d'investissement qui dépend de recettes à venir. Dans le cas du théâtre subventionné, on est dans un système de budget établi fondé sur des crédits déjà alloués. Cette différence fondamentale implique d'ailleurs des processus d'exploitation eux aussi divergents. Dans le secteur privé, on accompagne le spectacle jusqu'au bout de son succès, tant qu'il peut vivre, on le propose aux spectateurs. Dans le secteur subventionné, le nombre de représentations est connu à l'avance, car il correspond à un budget fixe. Si on joue le spectacle un soir de plus qu'initialement prévu, on perd de l'argent.

Êtes-vous plutôt optimiste ou pessimiste quant à l'avenir du théâtre ?
Je suis plus qu'optimiste : je pense que le théâtre est increvable ! Avant que l'on puisse commencer à s'inquiéter sérieusement pour son avenir, il se passera autant de temps qu'entre Eschyle et Yasmina Reza. De tous les temps, l'homme a eu besoin de rendre compte de son époque à travers l'art dramatique. C'est l'une des raisons pour lesquelles le théâtre a toujours résisté aux menaces dont il faisait l'objet.

Selon vous, quelle est aujourd'hui la principale menace qui pèse sur lui ?
La pléthore de l'offre. De nos jours, n'importe qui peut ouvrir une cave avec quatre chaises et dire qu'il s'agit d'un théâtre. Cette tendance me semble très dangereuse, car non seulement elle parcellise le public, mais elle fragilise la création et l'image du théâtre. Nous devons actuellement faire face à ce que j'appelle "l'avignonisation" de Paris. Dans la capitale, il y a au moins 200 lieux qui, pour reprendre l'image des "marchands de sommeil", ne sont rien d'autre que des "marchands de scènes". Leur profusion contribue à un appauvrissement du secteur théâtral et des artistes eux-mêmes.
Interview par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 17/09/2008

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