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© Christian Ganet


La Femme d’avant
Une machine à démonter le temps…
Une femme - venue réclamer une dette d'amour contractée vingt-huit ans auparavant - bouleverse l'existence d'une famille sans histoires. Le jeune auteur allemand Roland Schimmelpfennig éclate le cadre de la temporalité pour explorer les thèmes de la mémoire et de l'oubli, de l'emprise de l'amour et du pouvoir de l'habitude... Sous la direction de Claudia Stavisky, Luce Mouchel et Didier Sandre incarnent deux époux happés par un passé refaisant surface.
Claudia Stavisky :
saisir un présent absolu


La veille de leur départ pour une autre vie, alors qu'ils sont en train de fermer leurs derniers cartons, Frank et Claudia voient une inconnue se présenter à leur domicile. Cette femme, dont Frank ne se souvient pas, est déterminée à placer ce tranquille père de famille face à ce qu'elle considère comme une dette indélébile : la promesse d'amour éternel qu'il lui a adressée vingt-huit ans plus tôt. "Tout commence comme une sorte de vaudeville pour finir en thriller, en tragédie antique, explique Claudia Stavisky. Cette histoire se déroule en douze heures, au sein d'un lieu unique, mais selon une construction temporelle complètement éclatée, une construction qui passe continuellement par des sauts en arrière ou en avant."

Entre vaudeville et tragédie antique

Scènes courtes, langue minimaliste, enjambées temporelles, répétitions... Si La Femme d'avant pose la question de l'appréhension scénographique de la temporalité, Claudia Stavisky n'en a pas moins placé la direction d'acteurs au centre de son travail. "Une fois le fonctionnement de l'espace scénique trouvé, révèle la metteure en scène, le principal problème à résoudre a été celui du jeu. Car Roland Schimmelpfennig ne s'appuie sur aucune progression dramatique. Il a donc fallu donner naissance à une forme de jeu instantané qui ne peut se créer qu'à l'intérieur d'un présent absolu. Ce présent absolu nécessite à la fois, de la part des comédiens, beaucoup de dépouillement et une grande virtuosité."



Luce Mouchel
interprète le rôle de Claudia


La Femme d'avant est la seconde pièce de Roland Schimmelpfennig que vous investissez. Quel regard portez-vous sur l'écriture de cet auteur ?
L'écriture de Roland Schimmelpfennig est une écriture de fragments, de redites, de reprises. Encore plus que le sujet, c'est la forme et la construction qui m'intéressent chez cet auteur. La Femme d'avant possède un côté très cinématographique : chaque scène est montrée sous des axes différents, à travers des retours en arrière, des changements de perspective... C'est le rythme qui construit la dramaturgie et non la psychologie.

À l'intérieur de cette temporalité décousue, comment avez-vous appréhendé votre personnage ?
En saisissant la valeur intrinsèque de chaque instant, en m'écartant du sens premier, qui peut ramener à un drame bourgeois. Car cette pièce est plus un enchaînement de phrases qu'un enchaînement de sens. Elle ne permet pas au comédien de s'installer dans une quelconque continuité chronologique ou psychologique. De cette façon, elle rend l'interprète très libre, lui permet d'être inventif, de créer des associations conférant une nouvelle profondeur à l'instant. Cette particularité me convient parfaitement, car je n'aime pas composer ce que l'on appelle un personnage. Pour moi, un personnage c'est du texte, des mots, des phrases, et non un cadre univoque ou psychologique.


Didier Sandre
interprète le rôle de Frank


"Je me sens de plus en plus attiré par les pièces qui s'inscrivent dans des types de narration singuliers. Car, je suis un peu angoissé par l'idée que le théâtre n'évolue pas aussi facilement que la musique, la danse ou le cinéma. Il me semble que l'art dramatique a tendance à s'enfermer dans des procédés un peu éculés. Quant aux œuvres qui tentent d'innover, de bousculer une forme de conformisme, elles restent souvent cantonnées à des cadres expérimentaux. 'La Femme d'avant' apparaît comme une exception à ces limites. Tout en étant construite de façon très audacieuse, très originale, cette pièce reste suffisamment ludique et habile pour que le public n'ait pas l'impression d'assister à une élucubration intellectuelle réservée à une élite. Cette ouverture est, pour moi, fondamentale. Le spectateur, très vite, comprend en effet qu'il en sait plus sur l'histoire qui prend forme devant lui que les personnages eux-mêmes. C'est là la malice et le grand talent de Roland Schimmelpfennig : ne jamais tomber dans le maniérisme, dans un formalisme hermétique."
Dossier par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 28/05/2008

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