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D.R.


Les Révélations de la saison 2007-08
Le 28 avril dernier, la 22e Nuit des Molière couronnait les révélations masculines et féminines de la saison 2007-2008. Mais parmi le foisonnement de tempéraments généreux et passionnés qui animent la jeune scène parisienne, il est d'autres personnalités prometteuses dont les prestations méritent également d'être saluées. Coup de projecteur sur onze acteurset actrices qui seront, sans nul doute, les talents de demain.
Julie Delarme
Excellente surprise de cette saison théâtrale que la création française de La Forme des choses de Neil Labute au Petit Théâtre de Paris, comédie machiavélique servie par quatre jeunes comédiens talentueux, notamment Julie Delarme - nommée aux Molière en 2003 pour Les femmes avec leur amour -, dont la beauté fragile et mutine et le tempérament ardent servent à merveille le personnage central de la pièce. "J'aime les rôles qui excitent les terminaisons nerveuses. C'est le côté subversif du texte - dimension assez rare au théâtre - et sa construction diabolique qui m'ont séduite. Evelyn est tout entière dévouée à la cause de l'art et tellement dans la création qu'elle est à la limite de la folie, ne distinguant plus le bien du mal. Cette partition de Neil Labute est admirable car elle regorge de questionnements sur l'engagement artistique, la manipulation ou la volonté de transformer l'autre au sein du couple." Avant d'entamer la tournée de La Forme des choses en province, Julie sera à l'affiche d'Une lumière dans la nuit, thriller d'Olivier Guignard prochainement diffusé sur France 2.

Marie-Julie Baup

Face à Julie Delarme, Marie-Julie Baup - elle aussi nommée aux Molière en 2005 pour son interprétation de Constance Mozart dans Amadeus aux côtés de Lorànt Deutsch et Jean Piat -, incarne avec brio Jenny, l'exacte antithèse d'Evelyn : "Jenny est introvertie, tout en douceur, naïve et impressionnable. Elle est touchante car elle n'attend pas des choses mirobolantes de la vie mais, contrairement à beaucoup de gens, elle se laisse surprendre. Elle est complexée, ne se sent pas à la hauteur, alors qu'humainement elle l'est vraiment, et se fait donc manipuler par tous les personnages." Également auteur, Marie-Julie est à l'affiche de sa création, Question d'envie, à 19 heures au Petit Théâtre de Paris : "Il s'agit de jeunes gens enfermés dans des cabines, appelés à parler de leurs désirs. Ils répondent ce qu'ils pensent qu'on attend d'eux, mais quand ils s'échappent, on découvre ce dont ils rêvent profondément... Je pense que c'est en programmant des pièces dont les problématiques concernent la jeunesse que ce public-là reviendra au théâtre et je remercie des directeurs comme Stéphane Hillel de prendre ce risque."

Félicien Juttner

Comédie tour à tour légère, grave et délicieuse, Les Demoiselles d'Avignon mettent en scène les jeunes années de Pablo Picasso dans un bordel barcelonais tenu par une mère maquerelle (Catherine Allégret) entourée de "filles" plus ravissantes les unes que les autres. C'est au très prometteur Félicien Juttner qu'a été confié le rôle du peintre en herbe : "Ce qui était intéressant c'était d'imaginer ce qu'il avait pu être à 17 ans puisque nous ne disposons d'aucun document sur cette période de sa vie... Je découvre dans les coulisses une intimité où les hommes ne sont habituellement pas conviés et, sur le plateau, se sentir désiré par toutes ces femmes est très grisant ! Je suis très reconnaissant à Jean-Pierre Dravel et Olivier Macé de m'avoir fait confiance. Pour révéler un comédien, il faut lui donner sa chance et beaucoup sont frileux à l'idée d'engager de jeunes acteurs. Le théâtre est de plus en plus victime du star-system alors que le métier de saltimbanque se forge sur scène et nulle part ailleurs. J'ai eu la chance de travailler avec François Chattot dans une confrérie de farceurs. Il a eu cette volonté de rassembler anciens et débutants, ce qui est l'essence même du compagnonnage et qui permet ce passage de relais, cette transmission dans un plaisir et une joie incroyables."

Julie de Bona

Vive et pétillante, Julie de Bona nous a enchantés en ce début d'année dans Puzzle, pièce de Woody Allen adaptée par Sébastien Azzopardi au théâtre du Palais Royal, et qui mettait en scène l'oppression familiale au sein d'une famille juive américaine des années 1950. Julie y tenait le rôle de Diane : "Alors qu'il cherche à fuir son milieu familial en partant chez son oncle Phil Welman, agent de comédiens travaillant pour les grandes firmes hollywoodiennes, Eddie, le fils aîné de la famille, tombe amoureux de Diane qu'il trouve simple et naturelle. Mais comme elle est en cachette la maîtresse de Phil, elle est finalement jugée comme quelqu'un de vénal et de superficiel alors que c'est une femme en avance sur son temps ayant décidé de prendre sa vie en main. C'est le plus joli rôle que j'aie joué au théâtre !" On se souviendra également de la prestation de Julie au côté de Gérard Jugnot dans État critique où elle redonnait vie à Juliette Drouot. "Je vis mon métier à fond, sereinement et avec mon temps. Quand on ne joue pas, il ne faut surtout pas rester inactif : pour ma part, j'écris afin de mieux comprendre les rôles et libérer ma créativité."

Éric Bouvron

Poète et farceur, alliant charme, élégance et décontraction dans la tradition des vedettes hollywoodiennes tels Gene Kelly ou Frank Sinatra qui ont fait rêver sa jeunesse, Éric Bouvron, après le succès de Bushman au Studio des Champs-Élysées, présente son nouveau one-man-show au Trévise, mis en scène par Sophie Forte. "Afrika est un spectacle très personnel : j'y parle de mes racines, de ce continent où j'ai grandi sans aborder la question politique, uniquement ce qu'il s'y passe de beau et qu'occultent les médias : les coutumes, les relations entre hommes et femmes, la part d'animal en nous... Autrement dit des sentiments et des personnages universels. Ce spectacle, que j'ai écrit il y a plusieurs années, m'a permis d'aborder 'Bushman'. J'ai vécu avec ce peuple d'Afrique centrale, les Bushmen, et voulais informer le public, d'une manière drôle et émouvante, sans me poser en moraliste, du génocide dont il souffre en silence - car ils sont naturellement bons et ne veulent imposer leur culture à personne ! Afrika est un événement festif, une ouverture sur un autre continent, un autre peuple, une autre manière de penser, de bouger, de rire. Tout est authentique dans ce spectacle et ma seule ambition est de permettre au public de s'échapper, d'oublier qui nous sommes et où nous sommes pour voyager et retrouver quelque chose de l'enfance."

Bénédicte Dessombz

Elle fut fille de joie pour Le Dindon mis en scène par Thomas Le Douarec au Tristan-Bernard, présentatrice télé "très sexuelle" dans Haro sur les gueux de Jean-Pierre Dumas et Guillaume Clayssen à La Cartoucherie, avant de camper le rôle détonant de Sylvia, la bimbo new-yorkaise de Good Canary : "C'est très amusant que l'on m'ait confié ces rôles car j'ai toujours eu du mal à assumer ma féminité ! Le théâtre n'est pas une thérapie mais il libère. D'autant plus amusant que les producteurs de Good Canary cherchaient une blonde ! Je me suis donc présentée avec une perruque pour me rapprocher au maximum du personnage comme le font les Américains lors des castings. Puis j'ai eu la prétention de croire que ce personnage serait très facile à jouer ! Or l'auteur ne lui a donné aucune consistance : il est surtout déterminant dans le parcours d'Annie (Cristiana Réali). John Malkovich m'a briefée sur les soirées mondaines new-yorkaises, très policées, et il a eu l'idée de cette coiffure avec des pompons, et, surtout, des blancs dans ma conversation. Quand on n'a qu'une scène, c'est un rendez-vous à ne pas manquer : si on se plante, on ne peut plus revenir et vivre alors une grande frustration !" Bénédicte apparaîtra prochainement sur France 2 dans le téléfilm de Sophie Blanvillain, Paname Follies.

Arnaud Binard

Actuellement à l'affiche du Tristan-Bernard dans Une souris verte, Arnaud Binard offre, avec la sensibilité à fleur de peau qui le caractérise, une partition magistrale de Mitchell, vedette montante d'Hollywood écartelée entre son désir d'ascension sociale et son identité sexuelle : "Mitchell est en quête de lui-même mais ne parviendra pas à devenir l'adulte qu'il rêverait d'être. Il restera dans un monde d'illusions et de fantasmes. La pièce explore ce sentiment contradictoire d'exister par sa réussite sociale et ce besoin d'être fidèle à ce que l'on est. Cette lutte entre ces deux extrêmes s'avère cataclysmique pour les personnages. Le système est un prétexte car, au fond, ils sont broyés par leurs névroses. Je suis arrivé sur cette pièce avec une candeur citoyenne. Je pensais que l'homosexualité était un tabou dépassé. Or, il y a encore des spectateurs qui quittent la salle. Je trouve qu'on définit trop les êtres par leur sexualité. Ce qui compte c'est de rencontrer l'autre. La préférence sexuelle est très anecdotique par rapport à la force du lien. On vient nu, on repart nu, on laisse tout si ce n'est les liens que l'on a pu créer avec ceux qui ont compté pour nous. Je pense que si notre société souffre, c'est parce qu'elle n'accorde pas assez d'attention et de compassion à l'autre. Tout le monde semble en quête de satisfaction personnelle mais confondre plaisir et bonheur fait de nous des êtres insatisfaits et malheureux. J'aime les pièces où la chair se mélange à l'esprit et où la dialectique entre les deux est forte. L'esprit et la chair se livrent à un combat tout au long de notre vie. Le retour à l'unité est un fantasme, mais cette quête n'est ni vaine ni impossible. Il existe des instants d'harmonie, de grâce." Également acteur pour le cinéma - on a pu le voir dans À l'aventure de Jean-Claude Brisseau -, Arnaud écrit actuellement un long-métrage, L'Île des rois, explorant les thématiques du deuil et de l'abandon, avec l'Océan et le monde du surf en toile de fond.

Julie Debazac

Également de la Souris verte, Julie Debazac - que l'on a pu voir récemment dans le téléfilm de Régis Musset, Le monde est petit sur TF1 -, tient le rôle d'Hélène, la petite amie de l'escort boy dont Mitchell tombe amoureux : "J'ai essayé de tendre vers l'humanité et le côté paumé de ce personnage qui vit comme elle peut ses déchirures. Elle est sur un fil en permanence, telle une algue se laissant porter par l'eau : à chaque moment, elle a l'espoir qu'il va se passer quelque chose car survit en elle une part d'enfance et d'espoir. Elle se raccroche à cet amour avec Alex qui s'apparente à un amour d'enfance, 'à la vie à la mort', bien qu'ils ne soient jamais que deux putes : Hélène se fait entretenir par Arthur, Alex fait ses passes. Ce qui la perturbe, ce n'est pas qu'il la trompe mais qu'il tombe amoureux et la quitte... J'aime incarner des personnages barrés, violents, décalés, poétiques et aller à la rencontre d'auteurs et de metteurs en scène qui ont de véritables points de vue. Comme le souligne cette pièce, pour réussir dans ce métier, on peut choisir de jouer la carte des faux-semblants. Je suis à l'opposé de cela. Je tiens à ce que mon parcours se construise par mes choix qui ne sont parfois ni dans la lumière, ni dans un chemin attendu." Julie apparaîtra prochainement sur France 2 dans le téléfilm de Laurent Jaoui, Une étoile en plein jour, inspiré de la vie de Sarah Bernhardt.

Chloé Lambert

On a pu récemment la voir au théâtre dans L'Autre et Si tu mourais de Florian Zeller ou encore dans Merlin mis en scène par Jorge Lavelli, et sur France 2 dans Tailleur pour dames et Faisons un rêve au côté de Pierre Arditi. Brillante dans tous les registres, Chloé Lambert est actuellement à l'affiche d'un des plus gros succès de cette saison, Mon père avait raison, au Théâtre Edouard-VII. "J'ai rencontré Bernard Murat lorsqu'il produisait 'L'Autre'. C'est un admirateur de Guitry qui dirige à merveille ses comédiens. Il sait transmettre sa passion, sa générosité. Or, le théâtre de Guitry réclame énormément de générosité de la part des acteurs, tout en gardant suffisamment de retenue pour jouer la carte de la subtilité et du décalage. C'est aussi un bonheur de travailler avec Claude et Alexandre Brasseur : ils ne vous rappellent jamais qu'ils sont des vedettes. Ils sont stimulants, intéressants, le rapport que j'ai avec leurs personnages permettant aussi cette complicité : Loulou n'est pas une jeune fille impressionnée, c'est une amoureuse comique, elle est tellement dans la vie qu'elle surmonte toutes les craintes et difficultés par idéalisme. J'apprécie la liberté que le théâtre réclame : il équilibre, c'est une école pour la vie."

Aymen Saïdi

Autre révélation de cette saison théâtrale - que les Molière n'ont d'ailleurs pas manqué de souligner -, le jeune Aymen Saïdi qui, après plusieurs films de cinéma et de télévision - notamment La Mecque de Coline Serreau qui lui valut une nomination aux César en 2006 - débute sur les planches aux côtés de Didier Long et Myriam Boyer dans La Vie devant soi, d'après le roman d'Émile Ajar, où il offre au personnage de Mohamed une consistance et une authenticité particulièrement bouleversantes : "Je suis ravi de débuter au théâtre avec de telles pointures ! Didier m'a tout appris et je forme un vrai couple avec Myriam : comme Momo et Madame Rosa, on s'engueule de temps en temps mais le plus souvent on s'adore ! C'est la première fois qu'un rôle me suit nuit et jour. Ce roman a traversé le temps sans prendre une ride et fait écho à mes origines musulmanes. Certaines répliques me transpercent. Mohamed est vieux avant l'âge. Il a vécu si jeune tant de malheurs qu'il a pleinement conscience de la dureté de l'existence. Quand, à 15 ans, on sait qu'on est un 'fils de pute' et que son père a tué sa mère, on n'est plus un enfant. Sa rencontre avec Madame Rosa l'a sauvé : elle lui a enseigné la tolérance comme personne n'aurait jamais pu la lui apprendre. J'aimerais que l'on joue une fois gratuitement cette pièce pour que tous ceux qui n'ont pas les moyens de venir au théâtre découvrent cet hymne à la tolérance."

Jérôme Commandeur

Jérôme Commandeur se fait-il aussi discret que le suggère le titre de son one-man-show ? Certainement pas ses personnages en tout cas, véritables éléphants dans des magasins de porcelaine, à la grâce et à la délicatesse déroutantes ! Le jeune comédien - qui fut à l'affiche trois années durant du duo Commandeur et Goude et que l'on peut voir actuellement sur NT1 dans son talk-show La télé pète les plombs - donne corps à sa galerie de clowns tonitruants jusqu'au 26 mai, puis de début octobre à fin décembre, au Petit Palais des Glaces. Entre-temps, il assurera quelques-unes des premières parties du nouveau spectacle de Dany Boon qui le met en scène : "J'ai rencontré Dany il y a dix-huit mois. Il avait vu une de mes émissions sur Comédie !, 'La Nuit de l'humour'. Un mois après, on bossait ensemble. Comme je le dis toujours, les belles histoires sont les plus simples ! Il m'a ainsi confié un rôle dans 'Bienvenue chez les Ch'tis', celui du contrôleur du travail qui mute Kad dans le Nord. Dans la rue, les gens me parlent de la scène. Je vis une période de dingue ! Ce qui m'intéresse aujourd'hui est d'aller de plus en plus vers la fiction. Je vais jouer au printemps 2009 dans un film que j'ai coécrit : l'histoire de deux VRP losers qui vont vendre de la bière française en Belgique !
J'ai aussi écrit une pièce sur les régimes, 'Light'. Le teaser : 'Maigrir par le verbe', concept d'une fille dont la méthode ne vaut évidemment pas un cachou !
Dossier par Alain Bugnard
Paru le 08/05/2008

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