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D.R.


Claude François Jr.
Le Point de vue de
À 39 ans, père de cinq enfants, Claude François Jr. est un homme heureux de ce qu'il accomplit. Il fait un métier qu'il aime, dont il ne cache pas les difficultés. Loin de promener un nom, une ressemblance, ou l'image de son illustre filiation, il crée de nouvelles aventures pour la scène. Et offre à d'autres la possibilité d'en créer. Voici le producteur que l'on n'attendait pas.
Vous vous présentez à nous comme un producteur de théâtre...
Je n'ai pas encore l'impression, ni la prétention, d'être un producteur très confirmé, mais j'aime accompagner les créateurs d'un projet de la première lecture jusqu'aux premières représentations. Et cela procure un intense bonheur.

On vous imaginait plus lié à l'industrie du disque, comment en êtes-vous venu à produire du théâtre ?
Cela a commencé par hasard avec Patrick Bosso, en 1995, j'ai craqué en voyant une vidéo qu'il venait de faire, mais à l'époque je n'y connaissais strictement rien ! Jean-Michel Ribes, qui a découvert Patrick dans Les Brèves de comptoir de Gourio, l'avait mis en scène en 1997 pour son deuxième spectacle. J'avais une grosse pression, une maigre expérience... Mais j'ai pris, à ses côtés, des cours de rattrapage accéléré sur le théâtre ! Et je me suis pris au jeu pour cette mécanique. Voilà treize ans que je produis du spectacle vivant, et des "seuls en scène". Chaque soir, on peut améliorer, un temps, une coupure peut susciter une réaction du public différente. C'est de l'horlogerie ; une œuvre en perpétuel mouvement.

Puis il y a eu l'expérience du spectacle musical Belles Belles Belles à l'Olympia...
Nous avions développé un projet qui m'avait demandé une grande énergie ; Patrick Haudecœur, que j'avais découvert dans Froufrou les bains, avait écrit un premier livret. Nous lui avions, avec mon frère, demandé d'adapter le concept de Mama mia ! au répertoire de mon père pour faire une vraie comédie musicale. Cela n'a malheureusement pas été retenu, les coproducteurs avaient une autre vision du spectacle... C'est pour cela que j'ai participé à la production de La Valse des pingouins, le dernier spectacle de Patrick, en tournée actuellement et que nous aimerions voir revenir à Paris prochainement.

Comment êtes-vous parvenu à ce succès qu'est Ne nous quitte pas, à l'affiche depuis plusieurs mois à Paris ?
Il y a eu les premières lectures du texte, auquel Arnaud Gidoin, dont j'avais aussi produit le dernier one-man, participait. J'ai tout de suite été séduit, et coproduit le spectacle avec le théâtre Tristan-Bernard. Nous l'avons, depuis fin janvier, repris aux Mathurins. Ne nous quitte pas, c'est tout ce que j'aime dans le spectacle : le sujet de la pièce, la crise du couple, a pourtant été surexploitée, mais les auteurs en ont fait une pièce totalement inattendue, osée.

Pourquoi aimez-vous tant le théâtre ?
J'aime me faire emmener, que le sol se dérobe sous moi, que je ressorte de la salle avec la sensation d'avoir décroché de ma journée ! Quand vous êtes au théâtre, vous êtes dans une boîte noire totalement captivé par ce qui se passe sur scène. J'adore voir un comédien que je connais, et qu'il me surprenne au point qu'au bout d'un certain temps, on ne voie plus que son personnage. C'est un espace où les moyens et le cahier des charges sont souvent très contraignants. Un rapport unique avec le public, magnétique.

Le célèbre label "Flèche productions" est donc, maintenant, dévolu au théâtre ?
Flèche était un label musical ; il est devenu un label de spectacle vivant. Dans l'industrie du disque, on n'a pas la main sur tous les maillons de la chaîne. Avec les premiers spectacles de Patrick Bosso, je me suis rendu compte que c'était très différent, que l'on pouvait avoir le regard sur tout. Le label Flèche n'est plus propriétaire d'aucun titre de Claude François sur le plan phonographique ; il est simplement devenu le garant d'une qualité, du répertoire, et de la gestion du droit à l'image de mon père. J'ai produit quelques albums, mais le développement d'artistes demande un investissement qui n'est plus justifié par l'enjeu, avec le marché actuel. Il faut réinventer un modèle de consommation adapté au comportement et au budget du public. J'adorerais symboliquement que Flèche redevienne un acteur du marché de la musique.

Trente ans après le décès de votre père, que pensez-vous de l'engouement que continuent de susciter sa musique, son image ?
Il y a eu une telle exposition médiatique pour cet anniversaire des 30 ans de son décès, que j'ai senti que l'on pouvait toucher un niveau de saturation et que les détracteurs recommençaient à se manifester. J'ai lu des choses particulièrement hargneuses sur lui...

Vous avez aussi coproduit le film Podium. Trouvez-vous qu'il s'agissait d'un hommage de qualité à votre père ?
Podium constitue un vrai éloge aux fans, aux sosies. Le personnage de ce film est peut-être ridicule à 90 %, mais dans sa démarche vis-à-vis de l'artiste, il est respectueux, sincère, et le public l'a ressenti. C'est ce qui le rend attachant. Benoît Poelvoorde a eu cette phrase magnifique : "Claude François a donné un sens à ma vie et, avec le public, j'essaye de donner un sens à la sienne." Quand il m'a confié qu'il l'avait improvisée pendant le tournage, j'ai compris que dans sa démarche il était allé chercher une dignité dans le personnage. L'intelligence du cœur...
Interview par François Varlin
Paru le 02/07/2008

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