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Florence Giorgetti
© Marthe Lemelle


Voilà et Sept secondes
“Je considère ‘l’écriture’ comme un laboratoire permanent” Philippe Minyana 
Un théâtre du réel traversé par des éclats d'étrangeté
Voilà
Un théâtre du réel traversé par des éclats d'étrangeté

Conçue sous la forme de cinq suites, cinq visites entre amis, "Voilà" travaille sur les rites du quotidien, "sur l'écart entre le réel et la reconstitution du réel". L'auteur, Philippe Minyana, et la metteure en scène Florence Giorgetti ont répondu à nos questions.

Philippe Minyana :

"Créer une 'partition' qui soit à la fois 'vraie' et 'musicale'"

Sur quelle forme d'exigence se fonde l'écriture de Voilà ?

Le projet est de "reconstituer" le réel et de créer une "partition" qui soit à la fois "vraie" et "musicale". Il ne s'agit pas d'un théâtre réaliste, mais d'un théâtre du réel dans lequel je négocie avec une "zone supplémentaire", où j'invite parfois le magique, le merveilleux, l'étrange.

Quels questionnements fondamentaux traversent cette écriture ?
Le "fondamental", c'est "l'écrit". Je considère "l'écriture" comme un laboratoire permanent. Les formes sont nombreuses. En plus de la forme (y compris l'aspect de la page), je fais des variations sur le thème. Ici : la visite ou le périple... Je ne traite jamais "un sujet" qui réduirait l'écrit, qui l'asservirait à une question unique.

À quels enjeux cette pièce répond-elle ?
Le premier enjeu était de répondre à la commande de Jean-Michel Ribes (ndlr : directeur du théâtre du Rond-Point) : plutôt une "comédie", pas plus de quatre acteurs. Ces quatre "acteurs", j'ai écrit pour eux. Ils m'ont accompagné. J'ai entendu leur voix, j'ai vu leur corps, leurs volumes, leurs particularités. Ensuite, je le répète, je me suis attaché à créer une "partition vraisemblable".

Quel chemin pensez-vous avoir parcouru depuis vos débuts d'auteur ?
J'ai commencé en 1980, nous sommes aujourd'hui en 2008. J'ai sans cesse interrogé "les possibilités de l'écrit". J'ai répondu à des commandes : j'aime beaucoup les contraintes de la commande, elles permettent d'apprendre. Donc, j'ai "appris". Je peux affirmer que je suis un écrivain de théâtre. Et que le théâtre, c'est de la littérature. Tout au long de ces années, j'ai affirmé ma tendance à métisser l'écriture. En faisant toujours se côtoyer deux couleurs : le funèbre et le grotesque, l'épopée et la farce... J'aime parler de la catastrophe. J'aime quand on rit. Je m'adresse à une communauté de vivants.

Quelles sont les écritures qui vous inspirent ?
Actuellement, je fréquente les écrivains du Grand Nord. Des romancières : Ekman, Wassmo. Il y a aussi les Japonais : Haruki Murakami, Ishiguro. Et puis, je me sens "en accord" avec Noëlle Renaude, Daniel Danis. Il y a également la peinture - une autre écriture -, les fresques, les miniatures, ainsi que tout ce qui nomme et désigne notre "Umwelt" avec précision, méticulosité, singularité.


Florence Giorgetti :
des personnages au bord du vide


"Philippe Minyana et moi parlons la même langue, avons les mêmes repères. Ce que j'aime, c'est qu'il possède une écriture secrète. Il s'agit d'un auteur qui 'écrit entre', qui donne naissance à des émotions extrêmement fortes : il dit des choses en ne les disant pas. Son théâtre m'a fait prendre conscience que toute langue, toute pièce, est liée à une forme de musicalité, comme une partition. Le travail de mise en scène revient donc à décrypter ces mouvements musicaux, ce que j'appelle les vagues, les variations, pour ensuite les donner à jouer à l'acteur, qui devient alors comme un musicien. 'Voilà' est traversée par cinq visites entre amis, des visites qui éclairent les rites de ce genre de rencontres : comment on boit, comment on mange, comment on s'aime, comment on se dispute... C'est très beau, car on part d'une chose assez réaliste pour arriver à des moments de flottement. J'adore ces instants qui placent les personnages au bord du vide, qui les rendent absents tout en soulignant leur présence... Pour investir l'écriture de Philippe Minyana, j'ai demandé aux comédiens (ndlr : Florence Giorgetti fait elle-même partie de la distribution) d'écouter avec le plus de précision possible les variations du texte. Cela, sans jamais essayer d'entrer dans une quelconque incarnation psychologique. Les acteurs doivent, au contraire, plonger en eux-mêmes pour aller chercher, au loin, des choses qui leur appartiennent, et tenter de les transcrire sur scène, en liant intimement le rythme et le sens de la langue à laquelle ils donnent vie."

Sept secondes / In god we trust

Paravidino, Stanislas Nordey poursuit son travail sur le théâtre en prise avec l'actualité contemporaine.
Il met en scène "Sept secondes / In god we trust", une pièce du dramaturge allemand Falk Richter.

Mohand Azzoug. Moanda Daddy Kamono. Julie Moreau. Margot Segreto. Ils faisaient tous les quatre partie de la distribution de Gênes 01. Aujourd'hui, Stanislas Nordey les dirige dans Sept secondes / In god we trust, une charge violente contre l'Amérique de George W. Bush signée Falk Richter. "Cette pièce, annonce le metteur en scène, s'attache au quotidien d'un pilote de l'aviation militaire américain qui largue des bombes sur l'Irak à la façon d'un adolescent qui passerait sa journée devant sa console de jeux vidéo. Au fin fond des États-Unis, sa femme et leurs enfants, fiers de leur père, préparent un pique-nique." Sur le mode de la comédie, d'une farce grinçante, l'auteur allemand propose une forme de "photographie du temps, de l'époque où nous vivons". "Il me semble passionnant, explique Stanislas Nordey, de constater l'intérêt d'une jeune génération d'auteurs (...) pour un retour à un théâtre politique, militant, réinventant l'agit-prop sans nostalgie ou dévotion. Je suis très attiré par ces textes (...) qui rejoignent l'esprit d'un théâtre documentaire, quelque chose comme un théâtre d'intervention qui parle de l'actualité récente."



Dossier par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 09/04/2008

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