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D.R.


Patrice Leconte
“Je fais un métier fragile”
Patrice Leconte poursuit des rêves de danse et de musique... Avec "Héloïse", il retrouve le théâtre de l'Atelier et met en scène un projet qu'il désirait depuis longtemps faire sien : une pièce avec, en toile de fond, un cour de danse et les personnages qui y apprennent les chorégraphies de salon.
Depuis quatre ans, vous montez de plus en plus des pièces de théâtre, pourquoi ?
J'ai toujours eu au fond de moi l'envie de mettre en scène au théâtre car je trouvais que c'était un peu le même métier que le cinéma. Mais je n'avais pas le temps, j'enchaînais trop les films les uns derrière les autres. Il y a quinze ans, j'ai mis en scène une pièce d'Anouilh, et je m'étais régalé à faire cela en petit comité... Être dans l'humain, sans la technique. En 2004, Laurent Ruquier m'a proposé de mettre en scène Grosse Chaleur, ce qui m'a beaucoup amusé. L'année prochaine, je mets en scène au théâtre de la Madeleine une opérette que j'ai écrite : je n'ai plus envie de quitter le théâtre pendant quinze ans ! Et surtout, je ne vais plus faire beaucoup de films, peut-être encore deux ou trois... J'aimerais avoir une vie plus calme. Le théâtre, c'est quand même plus sage que le cinéma, même si vous avez le droit à quelques insomnies conséquentes. Ça m'irait très bien de faire du théâtre avec passion, mais une passion plus calme.

Lorsque l'on sait réaliser des films et mettre en scène des pièces, quel spectateur de cinéma et de théâtre devient-on ?
Je ne suis pas du tout un spectateur qui décortique le pourquoi et le comment. Mais lorsque je m'ennuie, je prends le temps de regarder comment sont faits les plans, et parfois quand c'est vraiment barbant, il m'arrive de quitter la salle. La vie est trop courte ! Au théâtre, je ne sors pas parce que ce n'est pas gentil vis-à-vis des gens qui travaillent sur scène, cela s'entend. Mais au cinéma, quand vous êtes assis depuis une demi-heure, que vraiment cela ne vous plaît pas : il n'y a pas de danger que ça s'arrange ! À quoi bon rester ? Pour les bouquins, c'est pareil, ça ne s'arrange jamais.

Est-il difficile de disparaître derrière les interprètes de son œuvre, au point que l'on cite "le film avec untel" au lieu d'évoquer "le dernier film de Patrice Leconte" ?
J'adore l'idée que l'on s'intéresse à mon travail et que celui-ci puisse plaire à des gens réunis dans une salle. Mais je ne cours pas après le fait que l'on m'aime. J'en suis très content, je fais tout pour que cela soit bien, mais que l'on dise que "c'est la nouvelle pièce avec Rufus", c'est très bien. Je n'ai aucun culte de la personnalité.

Quel artiste êtes-vous ?
J'ai toujours fait mon travail avec passion. Je n'ai pas toujours réussi ce que j'ai entrepris. Il y a peu, une dame me disait n'avoir pas raté un seul de mes films... Ce n'est pas comme moi, j'en ai raté plusieurs ! J'ai conscience que mon travail n'est pas vain, qu'il laisse une petite trace, qu'il y a des films que des gens ont adorés, mais je pars du principe que rien n'est jamais acquis définitivement. Nous autres, les "artistes", nous ne sommes pas assis sur un trône, ou alors c'est un trône de sable qui peut s'effriter du jour au lendemain. Au permis à points d'artiste, vous pouvez voir 12 points sauter d'un coup parce que vous vous êtes trompé. Quand on a cette lucidité-là, on ne peut pas se prendre pour ce que l'on n'est pas. Les choses que j'ai réussies, ce n'était pas par inadvertance, mais je considère qu'il y a quand même une part de miracle. Est-ce qu'un peintre a conscience d'avoir mis du rouge ici et que cela rende son tableau magique ? Il y a une part d'inconscience et de miracle justement. Le tableau est magique, mais il ne peut pas raisonner sur la meilleure disposition des couleurs. Dans ce que j'ai réussi, j'ai tout fait pour cela, mais cela tient quand même un peu du miracle. Je ne peux pas me mettre sur un piédestal. La modestie, ou plutôt la lucidité qui est la mienne, me retient de cela. Je fais un métier fragile.

Un peintre peint, un sculpteur sculpte...
Et vous, que faites-vous ?

Moi, je partage. Je n'aime pas garder pour moi ce qui m'émeut, me fait vibrer, me fait rire. Ce n'est pas pour donner en offrande ce qui me trotte en tête, mais pour faire que ce qui m'anime, me fait me lever le matin, et qui me fait vivre, soit transcrit sur un écran ou sur une scène, et que des gens puissent le partager avec moi. Ce n'est pas très modeste, mais c'est quand même ce qui me plaît. De la même manière, si vous avez vécu quelque chose de singulier ou d'amusant, si vous savez le raconter, vous le faites pour distraire, séduire des gens. À votre manière, vous vous comportez comme un metteur en scène qui ne garde pas pour lui un truc qu'il a vécu ou imaginé.

Quel est le projet que vous n'avez jamais fait et que vous rêveriez de monter ?
Je voudrais follement faire un film musical. L'idée que la musique, la danse soient parties prenantes d'un film m'électrise. Plus j'avance, plus j'ai envie de légèreté. Quand je vois des réussites comme les films de Bollywood, ou des vieux films musicaux, toutes ces choses me plaisent, m'attirent. La difficulté, c'est de trouver sa personnalité, son terrain à soi, et que ce ne soit pas de la copie d'ancien. Avec cette opérette en janvier prochain, je m'approche un peu de cela. Je vais y arriver, je suis têtu, opiniâtre. Si je ne le fais pas, je le regretterai toute ma vie.

Qu'est-ce qui manque à la part artistique qui est en vous ?
J'aime la musique passionnément, je chante juste, mais je ne sais pas tirer un son un peu harmonieux d'un clavier ou d'un instrument de musique. Je n'ai pas ce sens-là et cela me manque. Je dessine, je me débrouille avec mon autodidactisme du dessin et de l'aquarelle, cela me suffit pour être heureux. Mais la musique, je ne sais pas. Je voudrais être Paolo Conte ou rien.
Interview par François Varlin
Paru le 07/04/2008

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