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© Michel Ducroux


Guantanamour
Et si les frères ennemis se souvenaient, qu’à l’origine, ils étaient frères ?
Gérard Gelas, ce jeune homme de théâtre - qui se fit connaître en 1968 pour avoir subi les foudres du préfet du Gard, lequel interdit que fût jouée au Festival d'Avignon sa première pièce "La Paillasse aux seins nus" en raison d'un possible "risque de trouble à l'ordre public" et d'une "atteinte à la personne du chef de l'Etat" -, est aujourd'hui un homme de théâtre très respecté et très engagé qui ne cesse depuis plus de quarante ans de travailler en interaction avec l'actualité. Aujourd'hui sa pièce, Guantanamour" est présentée à Paris, au Vingtième Théâtre. Revenons avec lui, non pas sur sa longue carrière, mais sur cette œuvre dont il est à la fois l'auteur et le metteur en scène.
Gérard Gelas :

l'auteur...

"J'ai écrit la pièce trois mois après le 11 Septembre, j'ai tenté de répondre à une forme de désespoir face à la barbarie. Depuis quelque temps, on assiste dans les médias, dans les divertissements télé, à une obsession pour la mort, pour le crime, tout cela est très mortifère. De plus, cette folie humaine et idéologique qui tue des êtres en quelques secondes, aurait déjà dû tous nous exterminer, et pourtant... J'ai donc voulu croire aussi à cette autre part de l'être humain, cette valeur de la vie, de l'amour qui fait que nous sommes encore vivants. La fraternité. La poésie m'a très vite imposé ces deux personnages et j'ai écrit la pièce en une dizaine de jours."

... et le metteur en scène
"En six ans de représentations, on a très peu changé le spectacle, même s'il a évolué, bien sûr. C'est une pièce dure, éprouvante. La scénographie reprend à l'identique les cages de Guantanamo. Les comédiens se tapent sur les barres de fer, c'est douloureux à tous niveaux. J'ai offert cette pièce à deux comédiens, Damien Rémy et Guillaume Lanson, qui m'ont fait un cadeau merveilleux en retour. Ils la jouent sans relâche depuis six ans, tout reste profondément vivant, régulier. C'est une pièce qu'on ne peut pas faire avec n'importe qui. Ce sont des comédiens talentueux, qui ne trichent pas, qui travaillent et ça je leur dois, c'est très important."

Damien Rémy :
Rassoul, un jeune Algérien membre présumé d'Al-Qaïda


"Gérard a l'habitude de rebondir sur l'actualité dans ses mises en scène ou son écriture, il fait partie de ces artistes, miroirs de notre temps. Ma première pièce avec lui, en 1995, c'était Ode à Canto qui faisait écho à l'affaire Cantona quand il s'était fait virer d'un stade. C'est vrai que l'actualité à laquelle renvoie Guantanamour est plus brûlante, d'autant qu'à sa création, en 2002, il n'y avait pas encore la guerre en Irak. C'est une pièce qui n'est ni pro-Al-Qaïda ni pro-USA, mais simplement humaniste. Pour mon personnage - un jeune Français d'origine algérienne -, je n'avais pas de recherche à faire concernant la culture ou même la langue arabe, ayant moi-même grandi dans les quartiers, j'y ai été habitué depuis mon enfance. Je travaille aussi plus à l'instinct qu'à l'intellect. La violence de la pièce, le fait d'être pieds et poings liés, de me prendre des lumières fortes dans les yeux, des baffes... tout cela m'a naturellement poussé à jouer avec ma part animale. Le thème, ajouté à la confiance et l'amitié qui me lient à Guillaume et Gérard, ne pouvait que me séduire et faire de cette pièce une évidence pour moi."

Guillaume Lanson :
Billy Harst, un G.I. américain


"Mon amour pour cette pièce a été immédiat, par rapport à ce qui se dit et par rapport à mon personnage. C'est un G.I., un peu 'bœuf', mais qui, au fond, est un bon mec, un peu comme tous ces hommes qui sont embrigadés dans la légion et qui sont déconnectés de la vie. Ce qui m'a intéressé c'est de défendre la condition d'une personne qui est elle-même victime d'un système établi, dont elle fait partie et donc s'en trouve indirectement responsable. Derrière la bonne caricature du G.I. américain se cache l'Homme qui se dévoile petit à petit avec ses fêlures d'enfant... C'est un personnage très riche, il passe par différentes phases. C'est à la fois très lourd mais aussi très jouissif à défendre. J'ai déjà joué, sous la direction de Gérard, une pièce sur la guerre du Golfe - Noces de sable, et un militaire de 1956 dans un film au Maroc -, je cerne donc bien cette nature droite et ferme, très militariste. La faille, derrière, est bien plus intéressante encore. On joue cette œuvre depuis 2002 et c'est toujours du plaisir. Pour moi, cette pièce est l'une des meilleures de Gérard Gelas, si ce n'est la meilleure."
Dossier par Samuel Ganes
Paru le 13/03/2008

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