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Aïda Daghari
D.R.


Entre vos murs
Cinq déportés envoyés dans les camps parce qu'ils sont juif, résistant, homo, tsigane ou lesbienne : auteur et metteur en scène, Samuel Ganes a réuni pour "Entre vos murs" cinq acteurs très engagés.

Aïda Daghari

"Il y a une responsabilité forte à jouer Sarah, car elle représente des milliers et des milliers d'autres personnes. J'espère être à la hauteur. Jusqu'à présent, à la télévision, au cinéma ou au théâtre, j'ai surtout fait des comédies, les gens me voient comme ça, déconneuse, rieuse, extravertie. Je suis contente qu'un metteur en scène me donne la possibilité de dire : 'Il y a autre chose derrière', 'Je suis ça aussi'. Ça m'a redonné de l'espoir de ne pas être cantonnée. Et puis jouer une Juive pour une Arabe comme moi... Sarah me touche intimement, c'est un personnage digne, fort et doux en même temps. Elle se voit diminuée et perdre sa féminité, mais elle ne se résigne pas. Depuis que je répète, je me sens juive italienne, j'ai toujours mon texte sur moi. Le trac que je ressens me nourrit."

Yoann Moess

"Pour m'approcher de Bibacht, je lui invente une vie avant ce moment où il est envoyé dans un camp. Je m'imprègne de la culture gitane, de la musique, des films de Kusturica. Je suis très content de jouer ce rôle car c'est une minorité à laquelle personne ne s'intéresse. Et puis mon arrière-grand-mère était tsigane... C'est un être digne, qui refuse la victimisation. Comme Samuel a écrit pour nous, ce personnage me ressemble : il est chétif, fragile en apparence, mais avec une grande force intérieure. Je me sens à l'aise avec les êtres lourds, marqués. J'ai envie de faire des comédies, mais la plupart des rôles que j'ai joués au théâtre ou à la télévision sont dans la douleur. Et le court-métrage que j'ai réalisé était consacré à un SDF. Pour moi, une pièce ou un film qui t'a touché, c'est ce qui te reste en mémoire."

Nathalie Roudet

"Anna, c'est le personnage le moins évident, car la déportation des lesbiennes est la plus méconnue, la plus ambiguë. On ne sait pas combien ont été envoyées dans les camps ou les bordels pour nazis... Je m'interroge. D'ailleurs, ce n'est pas forcément en tant que lesbienne qu'Anna a des choses à raconter, mais plutôt en tant que femme passant par des camps pour femmes. Ce que Samuel a pris de moi pour Anna, je crois que c'est son côté revendicateur, cette façon de faire des choix et de les assumer, une colère aussi
derrière la douceur et la souffrance. Quand je ne joue pas, je chante. Et le reste du temps, je suis aide-soignante. Je vis des choses très proches de la maladie et de la mort, donc le thème de la pièce me parle fortement. 'Entre vos murs' me touche parce que, pour moi qui adore être en contact avec nos aînés, avoir la possibilité de dire ce qu'ils ont vécu et qu'ils ne peuvent pas raconter, c'est une sorte de devoir."

Vincent La Torre

"Je ne sais pas si j'aurais agi comme Pierre mais je le comprends. Avoir la haine, ça me parle : j'ai tendance à aborder la vie énervé... Lui, il a envie de briser la nuque à ces officiers nazis, mais il est patient : il serre les dents jusqu'au moment où ça éclate. Il a des idées et il les défend, il est courageux, mais ce n'est pas un héros, plutôt quelqu'un qui fonctionne à l'instinct. J'aime que ce soit une pièce avec un message, mes choix vont vers ça. Dans 'Votre prochain mensonge sera le dernier', il y a quelques mois, c'était le sida : c'est là que Samuel m'a repéré, j'avais un côté animal, prédateur, qui lui a plu. Pourtant, mon rêve de toujours c'est plutôt de faire du cinéma. Je suis un enfant du ciné même si j'ai fait mes premières armes à la télé à 13 ans, en participant à une sitcom, 'Les filles d'à côté'. Je suis parti aux États-Unis parce que je m'ennuyais et, au retour, j'ai eu envie d'autre chose et j'ai commencé les cours de théâtre. Depuis, j'expérimente plein de registres en attendant que le ciné me fasse signe."

Romain Poli

"Ce sont tous des humains qui ont essayé de vivre malgré l'horreur. Le texte m'a bouleversé. Il est sobre, sans pathos, digne. Et puis en tant qu'homo, ça m'a encore plus parlé de jouer Frantz, car il y a encore un tabou autour des Triangles roses. À l'école, par exemple, on n'en parle pas. Je me sens concerné par cela, c'est important d'informer. Pour jouer ce type de pièce, il faut se détacher, devenir insensible à ce qu'elle raconte, à ces images que montrent les documentaires. Quand ça ne fait plus rien, c'est qu'on a passé un cap : on ne peut pas se permettre, sur scène, de craquer à chaque fois que l'on évoque ces horreurs. Il faut se blinder pour cette pièce. Surtout moi qui ai une sensibilité à fleur de peau. C'est pour cela, je crois, que je me sens plus à l'aise dans les drames que dans les comédies. J'ai cette fêlure qui permet de nourrir ce genre de personnages."

Samuel Ganes

"La question que je me suis posée avant de me lancer dans l'écriture, c'est celle de la mémoire et de l'identité. Ce qui a déclenché ma démarche, c'est de voir à quel point la Shoah est associée à l'extermination des Juifs. Et il y a aujourd'hui une sorte de rivalité des mémoires et des douleurs. Moi, j'ai voulu faire une pièce sur les camps qui parle de toutes les communautés qui ont été déportées (homosexuels, juifs, tsiganes, etc.), qui les mette sur un pied d'égalité. Depuis, j'ai appris qu'il y avait même eu des Blacks déportés : peut-être en ajouterais-je un dans une prochaine version... Ce devoir de mémoire a toujours été très présent en moi : au Conservatoire, pour ma scène libre, j'ai présenté un extrait de 'Bent', la pièce de Martin Sherman sur la déportation des homosexuels. Chacun peut se retrouver dans ces personnages, il y a une sorte d'universalité dans ces monologues qui se croisent peu (chacun est dans un camp différent), et qui sont basés sur des témoignages que je me suis réappropriés, des choses que je voulais dire pour que cela ait une résonance contemporaine, et que j'ai adaptées pour les cinq acteurs que j'avais déjà en tête en écrivant."
Dossier par Didier Roth-Bettoni
Paru le 08/01/2008

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