Connexion : Adhérent - Invité - Partenaire
Accueil Qui sommes nous Nos services Comment adhérer Questions courantes Contactez nous

© Bruno Perroud


Le Point de vue de Gérard Lenorman
“Au théâtre, je viens pour décoller”
Il vient de publier "Je suis né à vingt ans" (éd. Calmann-Lévy), et livre sa vie avec simplicité. Surprise, l'interprète aux 30 millions d'albums qui venait nous chanter "La Ballade des gens heureux", ne l'était pas tellement. Pourtant, sa musique en ravi plus d'un et, le 20 avril prochain, il remplira une nouvelle fois l'Olympia. "Je ne veux pas quitter les fêtes populaires, je veux continuer de chanter pour ces gens-là ; je les aime beaucoup. Je sais d'où je viens." Parfois, le chanteur est aussi spectateur, le théâtre est l'un de ses plaisirs. Il s'illumine lorsqu'il en parle.
Vous avez une réputation d'amateur de théâtre !

J'adore le théâtre. J'aime les choses vivantes, les arts spontanés, en direct live, les arts de la scène. J'y trouve une magie, une vérité, ce qui sont l'essence même de mon métier.

Quand vous êtes-vous découvert ce goût ?

Très tard. Compte tenu du titre de mon livre, Je suis né à vingt ans, vous savez que le temps n'est pas très important pour moi ; une forme d'intégration sociale m'a toujours échappé, mais, toute ma vie, j'ai eu beaucoup de chance. J'aurai pu vivre avec les mêmes affres, les mêmes contradictions, privations et ne jamais connaître les millions de soleils qui ont éclairé mon existence. J'ose à peine le dire, j'ai commencé à aller vraiment au théâtre lorsque j'avais plus de trente ans... N'ayant pas été initié à ce monde, je n'avais pas le réflexe de m'y intéresser. Et, la première fois que j'ai vu une pièce, cela a été une vraie révélation.

Quelle était cette pièce ?

Je crois que c'était un Molière, Le Tartuffe ou Le Malade imaginaire, et ça m'a bluffé. Je ne me souviens plus de la troupe, mais il suffit d'écouter les mots de Molière pour être captivé, la magie des vers, des rythmes. J'aurais pu tomber beaucoup plus mal pour une première fois ! Bien sûr, plus jeune, j'avais connu une troupe scolaire. "Élève dissipé" revenait souvent sur mes bulletins, mais dans toutes les manifestations où il fallait jouer, je devenais très attentif et très bon. J'amusais la galerie, j'aurais pu faire n'importe quoi, interpréter n'importe quel personnage... Mais j'ai, pendant des années, cru que ces choses-là ne m'étaient pas accessibles.

Vous dites dans votre livre que vous aimeriez jouer la comédie...

Je vous le confirme. Et l'un de mes drames, c'est que le temps passe et que je n'aurai jamais joué une vraie pièce de théâtre, à part Hair, mais c'était de la comédie musicale. C'était autre chose, il n'y avait pas de jeu de scène à proprement parler, c'était des rôles générationnels... des jeunes qui jouaient leurs propres rôles. Je l'ai jouée un an, dans le très beau théâtre de la Porte Saint-Martin. Il est vrai aussi que je n'étais probablement pas prêt. Aujourd'hui, je pense que j'ai la maturité et le recul nécessaires pour accepter un rôle au théâtre.

Quel rôle aimeriez-vous interpréter ?

Lorsque j'ai vu Le Visiteur avec Thierry Fortineau, j'ai été terrassé ; par sa prestation, par la pièce. J'ai joué toute la soirée son rôle du début à la fin. Depuis, je rêve d'interpréter Le Visiteur. J'en cauchemarde ! J'ai acheté le texte le soir même, et je suis devenu un inconditionnel dÉric-Emmanuel Schmitt. Après le spectacle, je suis allé voir Thierry dans sa loge, il a ouvert la porte avant même que je ne la touche, et moi bouleversé, bloqué, je ne pouvais pas sortir un son ! Nous nous sommes pris l'un et l'autre dans les bras, et c'est tout. Ahurissant ! Ce n'était même pas une rencontre, c'était une fusion, un moment d'exception. Nous ne nous sommes jamais revus, j'aurai dû le rappeler le lendemain... Je l'ai maintes fois reporté. Imaginez aujourd'hui combien je peux le regretter !

Dans votre ouvrage, vous dites souvent que vous ne savez pas remercier les gens que vous avez croisés dans votre carrière.

Je sais prendre une foule dans mes bras, mais une personne cela m'est très difficile ; je ne sais pas le faire. Je sais que je me prive du plaisir de partager, de dire mon admiration et mon amour. J'ai des excuses, bien sûr, mais ces blocages me gâchent la vie. Avec ce livre, je ne voulais pas faire un recueil de rencontres, mais je voulais remercier tous ces gens, et probablement ceux qui font partie du public. Inversement, je vis très mal les compliments que je ne sais pas davantage recevoir. Je m'efforce d'être réceptif à tout ce que l'on peut m'apporter, mais j'ai toujours peur d'être redevable de ce que je reçois... De l'amour, un cadeau... Lorsque votre vie est une attente constante, un jour, vous vous dites qu'il n'y a plus rien à attendre. C'est pourtant là que l'inaccessible est, pour moi, devenu possible, mais j'ai un train de retard et je suis toujours en décalage avec l'affectif.

Lorsque vous êtes au théâtre, votre regard est-il celui d'un homme de spectacle ?

Oui, bien sûr, mais je suis avant tout un "très bon client". Je ressens très fortement les choses, mais je déteste les regards techniques sur les arts quels qu'ils soient. Je vais au théâtre pour être emballé, il faut que l'on m'emporte. Je viens pour décoller. Bien sûr, tout n'est pas "top niveau", mais j'aime tout : les comiques débutants du Point-Virgule, les comédies, les jeunes auteurs... J'ai trouvé la pièce de Philippe Lelouch Le Jeu de la vérité formidable, Chantal Ladesou me fait mourir de rire, Cristiana Reali m'a beaucoup touché par son jeu dans Good Canary, et coup de chapeau aux deux Pierre dans Pierre & Fils... Et quand je n'aime pas, je ferme ma......, car je sais ce que cela représente pour ceux qui se démènent devant vous, je respecte le travail. Il n'y a que l'émotion qui m'intéresse au spectacle.

Actualité : Coffret 3 albums chez Sony. Le 10/04 à Lyon ; 20/04 Paris à L'Olympia ; 27/04 à Bruxelles.
Interview par François Varlin
Paru le 01/03/2008

-
Haut