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©Pascualito


Florence Foresti
“Il y a un regain d’amour pour les interprètes”
Dans ce monde trop souvent masculin qu'est l'humour, ce petit bout de femme est devenu, par son travail et son talent, une des meilleurs. Elle arrive au théâtre de la Gaîté, dans un tout nouveau registre, une comédie écrite spécialement pour elle par Philippe Elno.
Nous avions rendez-vous dans un café de l'île Saint-Louis. Un malheureux contretemps fait que l'artiste arrive fort en retard, poussant dans sa poussette - c'est fait pour cela d'ailleurs -, un adorable ange. Depuis le matin, la petite fille s'affiche avec tendresse avec sa maman sur la couverture du Paris-Match. "C'est pour tes 18 ans qu'elle a fait ça. À coup sûr, elle te le ressortira." La petite Toni ne réagit pas, pour le moment, son seul plaisir est d'être dehors avec la promesse d'une balade. Il faudra juste attendre que l'on ait terminé. Ce qu'elle fera très sagement. Comme je dois filer à l'autre bout de Paris pour une autre interview, il ne nous reste plus qu'un quart d'heure pour mener à bien l'entretien. Nous irons donc à l'essentiel. Florence Foresti se sortira fort bien de l'exercice, car c'est quelqu'un de précis et de direct.

L'apprentissage

La première chose qui nous intéresse est son parcours assez exceptionnel. D'autant plus que de nos jours tout le monde s'imagine qu'être humoriste, c'est aussi simple que de se laver les dents. Florence Foresti enchaîne. "Je suis un peu la dernière à avoir eu un parcours à l'ancienne. J'ai le sentiment d'appartenir à la famille des Palmade, Robin..." Ce fut d'abord et avant tout un long apprentissage en province, dans des circuits souvent amateurs et les nombreux festivals d'humour. "Sans vouloir forcément faire ce métier à la base. J'ai eu la chance de pouvoir prendre mon temps." Durant huit années, elle a construit sa carrière sur le terrain. "Je n'ai pas eu de producteur tout de suite. Ce fut une chance, finalement. Aujourd'hui, on a tendance à prendre des jeunes et à les lancer sans les laisser grandir. C'est terrible. Moi, j'ai eu une production au bout de quatre ans. Je n'ai pas brûlé les étapes."

Le public

Elle a une très belle analyse du public, qu'elle considère comme étant loin d'être les "moutons" que certains voudraient voir. "Je crois sincèrement que le public se lasse du comique jetable et des stand up. Ce modèle américain ne nous ressemble pas. Ils ont tous dans leur débit la même musicalité. Quand je vois au Canada ce que font certains, je suis assez fière de ce que nous faisons en France. Il y a un regain d'amour pour les
interprètes. On sent chez le public une certaine jubilation à regarder quelqu'un qui joue un personnage."

Le travail

Elle a la réputation d'être une bosseuse. J'ai pu le constater au café du Splendid. Elle venait juste de terminer son spectacle, et elle travaillait, avec son complice Jérôme Daran, sur leur ordinateur. Même si les rires fusaient, ils n'étaient pas là pour s'amuser. "C'était l'époque où je jouais tous les soirs et je devais fournir des sketches pour l'émission de Ruquier. J'étais dans un flux tendu. Je ne vivais que pour les sketches. Maintenant, ce n'est plus le cas. Je suis plus organisée." Elle avoue surtout avoir eu très peur de tomber dans l'engrenage, peur "de travailler beaucoup en perdant ce sentiment de création." Dans le journalisme, on appelle ça, devenir un "pisse-copie". Comme elle craint, aussi, avec l'arrivée de sa fille de perdre l'énergie sur laquelle elle s'appuyait. Or l'énergie s'est transformée. C'est pour cela qu'elle ne souhaitait pas remonter sur scène dans un one-woman-show.

Le théâtre

La base pour tout comédien est le jeu. Jusqu'à présent elle l'avait concentré dans le seul en scène. Si elle interprétait ses textes, elle devait donner corps et esprit aux personnages qu'elle créait. "Dans la profession, le comique a mauvaise presse. Faire de l'humour en général est assez mal vu, et si, en plus, tu fais ça à la télé, alors là... Ce qui est amusant c'est de voir que le regard de la profession s'est modifié lorsque j'ai créé mes personnages pour l'émission de Ruquier, surtout avec ma parodie d'Adjani. C'était comme si du coup j'avais passé un cap, plus théâtral. Les propositions pour tourner dans des films sont tombées. C'est une chose que je ne m'explique toujours pas !"

Philippe Elno

Elle est d'abord assez surprise que je connaisse ne serait-ce que le nom de Philippe Elno. "En général, les journalistes me disent : 'Hein ? Qui ? Quoi ?'" Leur spécialité n'est pas le théâtre dans sa diversité. En tout cas, vous, lecteurs assidus de Tatouvu et surtout vous, les adhérents de Starter Plus, vous connaissez bien cet auteur, car son Barcelone-Amsterdam fut, s'il m'en souvient bien, un de vos coups de cœur. "Ah ! Ça me fait plaisir ! C'est une très belle pièce, elle aurait mérité d'aller plus loin." Mais elle n'a pas terminé son parcours, j'en suis certaine. Ces considérations passées, comment connaît-elle Philippe ? "Cela fait très longtemps. C'était à Lyon, dans l'un de ces lieux que j'évoquais tout à l'heure. Il était dans un groupe qui s'appelait les Zappeurs. Ensuite, on s'est croisé au Festival d'Avignon. Je jouais mon spectacle devant 4 à 20 personnes et lui 'Barcelone-Amsterdam'. On a beaucoup parlé à l'époque. Puis on s'est retrouvé à Bagnolet, où il habite et où j'ai habité quelque temps. Et là, on a encore beaucoup parlé du succès et de ses pièges, de mes désirs... Et là, il m'écrit en quelques jours une pièce, rien que pour moi. Où il a mis pas mal de choses que j'avais dites. On l'a retravaillée un peu depuis, mais elle aurait pu être jouée dès la première mouture tant elle était bien. Puis je suis tombée enceinte et j'ai été coupée de mes envies. Et je lui ai dit, 'allons-y'. Il n'y croyait pas." Pour l'avoir croisé à l'époque au bar du Mélo d'Amélie, je peux le certifier. "On a touché du bois, fait la danse des 'ça va marcher'. (...) Je suis une femme de parole. Je suis comme ça."

La pièce

Alors, dans cet Abribus, de quoi parle-t-on ? "De la rencontre improbable entre deux mondes. Elle est réalisatrice, comédienne, prise dans le tourbillon du travail et du succès. Lui, il est apiculteur, un peu lunaire. Elle est en repérage en pleine nature, genre coin paumé et tombe en panne de voiture et, pire encore pour elle, en panne de portable. Il ne lui reste donc plus qu'à attendre, un bus qui passera peut-être. Et lui, il est là. C'est une pièce sur la pudeur, sur deux êtres qui n'ont rien de commun et qui vont se trouver." Cette discussion à grande vitesse se passe le dernier jour de novembre. Dans deux jours, ils vont enfin répéter sur la scène du théâtre. Lorsque je lui demande dans quel état d'esprit elle se trouve, Florence Foresti éclate de rire. "J'ai tout simplement peur. Je suis traqueuse de nature, mais là... ! J'ai déjà peur de ne plus savoir une ligne de mon texte. J'ai tellement pris l'habitude d'avoir un micro, que ma première angoisse est ma voix. Vont-ils m'entendre ? Mais bon, je fais confiance à notre metteur en scène, Philippe Sohier. Alors celui-là ! Un personnage." Le quart d'heure qui nous était imparti s'est écoulé. Nous devons nous quitter. Si, si, je vous l'assure !, tout cela a duré quinze minutes.
Portrait par Marie-Céline Nivière
Paru le 23/02/2008

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