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©Phillippe Delacroix


Jean-Michel Ribes directeur du théâtre du Rond-Point
“J’ai voulu faire du théâtre du Rond-Point un lieu de plaisir, de culture, d’éclectisme et de rigueur artistique”
À la tête du théâtre du Rond-Point depuis 2002, Jean-Michel Ribes a souhaité dédier la saison 2007-2008 au "Rire de résistance". Une forme de rire qu'il investit dans "Batailles", pièce qu'il a écrite avec Roland Topor en 1983 et qu'il met à présent en scène avec Pierre Arditi, François Berléand et Tonie Marshall pour interprètes.
Vous venez d'être reconduit à la direction du théâtre du Rond-Point pour cinq ans. Quel bilan tirez-vous de votre premier mandat ?

Je crois que je suis parvenu à contredire l'idée reçue selon laquelle les auteurs vivants n'existaient plus. Le succès du projet qui m'a porté à la tête de ce lieu, c'est-à-dire remettre la parole de notre temps au cœur du dispositif théâtral, faire entendre la vigueur et la diversité des écritures d'aujourd'hui, a prouvé que cette idée était totalement fausse. Le public vient nombreux au théâtre du Rond-Point pour écouter des paroles d'aujourd'hui. J'ai donc atteint mon objectif : prouver que l'écriture contemporaine était bien vivante tout en montrant que le théâtre peut être quelque chose qui ne soit ni une punition, ni un simple divertissement digestif, qu'à travers une audace joyeuse, l'art dramatique peut répondre à la curiosité du public.

Comment pourriez-vous caractériser cette curiosité
et donc, les appétits des spectateurs du théâtre du Rond-Point ?

Il s'agit d'une curiosité souvent aiguë, pointue. La fréquentation importante de notre théâtre est la preuve qu'il existe un public curieux et exigeant, qui aspire à une forme d'ailleurs, qui possède - lorsqu'on le provoque - un vrai désir d'inattendu. Je suis persuadé que le plaisir et la culture doivent être synonymes, qu'ils doivent pouvoir être réconciliés.

Cette profession de foi constitue-t-elle la ligne artistique de votre programmation ?

Oui. J'ai voulu faire du théâtre du Rond-Point un lieu de plaisir, de culture, d'éclectisme et de rigueur artistique. Toute une équipe participe à la programmation : Pierre-Yves Lenoir, Valérie Bouchez, Nathalie Sultan... Nous essayons, en respectant toujours notre mission qui est de favoriser la vivacité de l'écriture contemporaine, d'aller vers un vrai théâtre populaire, c'est-à-dire un théâtre qui élève l'esprit, l'âme et le cœur de tous, qui ne nivelle jamais par le bas, un théâtre de vie et d'envies.

Quel est ce Rire de résistance qui est le thème fédérateur de votre saison 2007-2008 ?

Le Rire de résistance est une attitude qui existe depuis que l'humanité existe : des héros ont toujours réussi à résister à tous les formatages. Le Rire de résistance, c'est le refus d'une réalité définitive qui nous emprisonne, c'est un acte de pensée libre. Car le bon goût et la morale finissent par boucher le champ de la pensée, par solidifier les idées. À travers cette saison, nous souhaitons célébrer tous ceux, fils et filles de Rabelais, Molière, Jarry, Dario Fo, Coluche, Picabia et autres dadaïstes qui, par le rire, la raillerie et l'insolence, ont su résister à toutes les dictatures de la réalité et à l'hégémonie du sérieux. Nous continuerons donc de voguer vers l'inattendu, comme nous le faisons depuis cinq ans, à contre-courant des dogmes et des conventions, en choisissant les vents contraires aux modes pour accentuer notre élan.

Parmi tous ces artistes en résistance figure Roland Topor, avec qui vous avez écrit Batailles...

Oui, nous avons écrit cette pièce ensemble, à deux mains, en 1983. Elle a été créée la même année avec Jean-Pierre Bacri, Philippe Khorsand et Tonie Marshall. C'est elle qui l'interprète aujourd'hui aux côtés de Pierre Arditi et François Berléand. Il s'agit en fait de cinq fables qui traitent des conflits humains, trois pièces dialoguées et deux monologues. Roland Topor et moi avons davantage écrit Batailles avec la volonté de nous amuser ensemble qu'avec l'envie de donner des leçons. Car, il n'y a pas de message. Dans cette pièce, la logique tombe en morceaux, mais ce n'est jamais abstrait, tout cela est vécu et incorporé par des personnages. Il y a des conflits, mais à chaque fois, l'absurde fait son apparition. Et, au fond, c'est bien ça le cœur du problème : le fait que la vie repose sur l'absurde.

À quel endroit votre univers artistique a-t-il rejoint celui de Roland Topor ?

Notre complicité a été immédiate. J'aurais envie de dire : parce que c'était lui, parce que c'était moi... Nous partagions une culture, étions deux petits-fils du dadaïsme qui ne voulaient pas patauger dans un théâtre psychologique.
Interview par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 26/02/2008

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