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D.R.


Adel Hakim
met en scène “Mesure pour mesure”
Créée cet été pour la 20e édition des Fêtes nocturnes du château de Grignan et jouée devant 25 000 spectateurs, cette nouvelle adaptation de la féroce satire politique shakespearienne qu'est "Mesure pour mesure" investit les Quartiers d'Ivry jusqu'au 5 décembre. Rencontre avec Adel Hakim, metteur en scène, directeur du théâtre et homme de cœur avant tout.
Pourquoi cette pièce est-elle selon vous l'une des plus abouties de Shakespeare ?

Il y mêle avec génie tragédie et comédie hilarante, au gré d'une construction astucieuse et fertile en rebondissements, doublée d'une portée politique énorme et d'actualité puisqu'il y est question de juridiction, de répression et de manipulation : le duc de Vienne a décidé de s'absenter de son duché pour un temps indéterminé et choisit comme régent
un homme extrêmement vertueux qui va imposer des règles très strictes en matière de morale. Il décide ainsi de condamner un jeune homme qui a mis sa fiancée enceinte. Sa sœur décide alors d'intervenir pour demander sa grâce et, coup de théâtre, il est pris de désir pour elle ! La pièce dénonce ainsi l'instrumentalisation de la loi et de la vertu à l'intérieur d'une caste et comment seuls les être qui ne font pas partie de cette caste en font les frais ! Par ailleurs, le duc n'a pas quitté Vienne : déguisé en moine, il observe ce qui se passe à l'intérieur de son duché. Tout ceci est donc l'expérience de laboratoire perverse d'un manipulateur retors !

Quelles couleurs avez-vous données à la cité impériale reléguée ici au rang de duché ?

Shakespeare avait une conception très fantaisiste de la géographie ! Ici, Vienne a l'air beaucoup plus italienne qu'allemande, ne serait-ce qu'avec ces personnages s'appelant Angelo, Isabella ou Claudio ! Aussi ai-je pensé à une cité fellinienne et futuriste, les habitants du palais rencontrant les créatures des bas-fonds.

Vos moines, identifiables à leur capuche blanche, sont vêtus comme des hommes d'affaires. Ceci pour exprimer que nos élites ne sont jamais que la survivance du haut clergé ?

Précisément : les gens de religion sont toujours autant impliqués dans les affaires de l'État, de la société, des finances, et demeurent des leviers de pouvoir considérables.

Posez-vous le même regard que Shakespeare sur l'humanité ?

La vision de Shakespeare est celle de Hobbes : la société est une jungle où les êtres sont davantage mus par leurs passions et leurs pulsions animales que par leurs idéaux. Pour ma part, je suis de culture humaniste : c'est notre héritage des droits de l'homme. Mais il faut toujours se battre pour imposer cette idée philosophique, ne jamais oublier que rien n'est définitivement acquis et, qu'à ce titre, nous avons tous une responsabilité dès que nous intervenons dans le domaine public.

Quelles seront les surprises de la saison 2007-2008 aux Quartiers d'Ivry ?

La création de Jean la Chance, une pièce inédite de Bertolt Brecht en France, et le triptyque - Rien d'humain, Les Serpents, Hilda - de Marie Ndiaye qui réalise une œuvre considérable pour la littérature et le théâtre français.
Interview par Alain Bugnard
Paru le 19/11/2007

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