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D.R.


Guy Bedos
“Attention, je ne suis pas le Jean Moulin de la rigolade”
Si la politique a ses éléphants qui trompent énormément, la scène a un artiste qui a toujours conduit au paradis, qui a toujours su remettre de la mesure dans le "bal des casse-pieds" d'une société en déroute. Il est à partir du 20 décembre au théâtre du Rond-Point avec un nouveau spectacle "Hier, aujourd'hui, demain".
Lorsque Bruno Perroud m'a demandé si cela me plairait de faire le Rendez-vous avec Bedos, j'ai sauté de joie. Bedos ! Tu parles si cela me plaisait. J'avais eu la chance de l'interviewer pour Pariscope et j'en avais gardé un merveilleux souvenir. Et pourtant, ce jour-là, je n'en menais pas large. Cela le fait toujours réagir. "Je suis quelqu'un plus que bienveillant. Je ne cherche pas à attaquer. Mais j'ai appris à me défendre." Ce n'est pas cette réputation qui m'a intimidée, c'est ce qu'il représente. Je fais partie de ceux qui ont grandi avec lui. Bedos, ce sont des souvenirs qui se ramassent à la pelle. À la maison, le fameux : "Bonne fête Paulette... M'en fous j'aime pas Paulette", résonnait dès que l'occasion s'y prêtait. Les exemples peuvent pleuvoir tant il a marqué la culture humoristique. Il est un maître.

"J'ai mal aux autres", disait Brel

J'arrive très en avance. Et ça tombe bien, il est déjà là, installé dans un fauteuil du bar du Rond-Point. "Aujourd'hui, cela s'est bien passé. Alors, on a terminé la répétition plus tôt. Hier, c'était moins bien. J'ai retravaillé à la maison ma revue de presse jusqu'à 2 heures du matin." S'il semble fatigué, c'est parce qu'il est encore dans l'énergie de la répétition. "Avec Louret, cela se passe bien. Il y a une bonne entente. Il sait me dire des choses." Je m'installe à ses côtés. Une interview est souvent guidée par le climat du moment et cela vaut pour les deux parties. "Je suis de plus en plus un artiste citoyen. Je tabasse la droite comme la gauche d'en haut." Il est en colère Bedos. Faut pas qu'on touche à la liberté d'expression, aux droits civiques, aux droits de l'homme. Sa "grande sœur Simone" (Signoret, ndlr) lui a appris à se servir de son métier pour dire et faire des choses. Il ne s'en prive pas. Et s'il le faut, il monte au créneau télévisuel. Mais c'est surtout un travail de fond et de terrain qu'il fournit auprès de la Ligue des droits de l'homme. Il porte en étendard la phrase de Brel : "J'ai mal aux autres."

Le rire de résistance

Il est parfait pour incarner le thème de la saison du Rond-Point qui est : "Le Rire de résistance". Il reconnaît avoir des choses dans sa revue de presse qui sont "à la limite de la correctionnelle". Mais il rajoute : "Attention, je ne suis pas le Jean Moulin de la rigolade." Je rebondis, soulignant qu'aujourd'hui il faut dire "le Guy Môquet". "C'est quand même extraordinaire le cirque de ce garçon !" Vous l'aviez compris, ce n'est pas de Guy Môquet dont il parle. Lorsque je lui demande comment il est arrivé au Rond-Point, il me répond. "Après une longue brouille. Mais dans les brouilles ce qui est bien, c'est la réconciliation. Et puis, c'est une réussite ce que Ribes a fait ici." Il montre le lieu. "C'est un bon directeur de théâtre."

Le spectacle

"C'est la première fois que je renouvelle un spectacle aussi vite." Un an s'est écoulé entre Guy Bedos en piste et Hier, aujourd'hui, demain. En raison des événements que nous savons tous, il a changé toute sa revue de presse. Quant à la teneur de son spectacle, suivant le thème du Rond-Point, il a cherché des textes à base sociopolitique, voire sociocritique, traitant de la xénophobie, du racisme et autres petites réjouissances aberrantes. "Mon spectacle est une recréation. Comme c'est une carte blanche, je fais ce que je veux." D'accord, mais à part la revue de presse, il n'y a que de nouveaux sketches ? "Quelques petites choses. Mais avec Dabadie, on a écrit des textes assez visionnaires. Alors pourquoi faire un spectacle avec de l'inédit alors que dans mes tiroirs, j'ai 200 sketches qui semblent d'aujourd'hui ?"

Le métier

Avant d'arriver au Rond-Point, il va "chauffer et non roder" le spectacle dans dix villes. "Vous savez, le temps peut passer, on a les mêmes peurs, les mêmes interrogations. Quand la salle est pleine, j'ai encore la fraîcheur de m'en étonner. Avec toutes ces chaînes de télé, tout ce que l'on propose, on se demande comment les gens sont arrivés dans la salle. D'autant plus que c'est jamais simple une sortie. C'est une sacrée marque d'amitié qu'il donne." Il, c'est le public. "J'ai passé beaucoup de ma vie avec lui. Je fais semblant de mal le traiter lorsque je suis en scène. Mais c'est pour rire. Je l'adore." La notion de plaisir est primordiale, "car ce métier prend une partie de notre vie. Cela doit être une passion". Le respect aussi. "Il faut une certaine harmonie dans la relation professionnelle ou quotidienne, le respect de l'autre, du travail de l'autre." Mais la phrase que je préfère, c'est celle-ci : "Artiste, c'est un métier où il ne faut pas tuer l'enfant qui est en soi." Lui qui est les trois quarts du temps seul en scène, adore l'esprit de troupe, jouer une pièce. Après Sortie de scène, la pièce de son fils, il aspire à refaire de plus en plus de théâtre.

Le cinéma

Il a eu d'étranges relations avec le 7e art, pour lequel il a toujours interprété des rôles de "vieux gamin". Mais voilà que les choses changent. "Trente-cinq ans après 'L'Éléphant', cela commence à frissonner. On me propose de très beaux scénarios, de très beaux rôles." Il vient d'achever Survivre avec les loups de Véra Belmont, dans lequel il interprète un "juste". Il est sur un projet avec Claude Rich, Jeanne Moreau, Pierre Richard, Géraldine Chaplin. "Une variation sur le temps qui passe, écrite par un jeune cinéaste, Stéphane Roblin. Le projet est en montage financier. Alors, j'attends. J'espère que cela va se faire, car ça me rappelle le cinéma italien que j'ai tant aimé. Celui de Scola." Ce grand travailleur a besoin de se ressourcer dans sa maison en Corse. "Je suis un Méditerranéen incorrigible qui doit retourner voir sa mer !"
Portrait par Marie-Céline Nivière
Paru le 22/12/2007

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