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© Danica Bijeljac


Pierre Ascaride
“Marseille, c’est comme sa mère, elle vous énerve mais on ne peut pas s’en séparer”
Avec "Et ta sœur ?" - "tentative d'autoévaluation en forme d'opérette" -, Pierre Ascaride achève sa fresque marseillaise entamée avec "Au vrai chichi marseillais" et "Inutile de tuer son père, le monde s'en charge", "tout descendant de Pagnol se devant de procéder par trilogie !".
À l'instar de sa sœur Ariane, Pierre Ascaride, directeur du Théâtre 71 depuis 1984, se révèle une personnalité authentique et attachante. À en croire ce metteur en scène et comédien accompli, être marseillais n'est pas une identité toujours facile à assumer. "J'ai eu pendant très longtemps honte de mes origines marseillaises, de ma classe sociale. Je n'aimais pas que ma mère, avec son accent très prononcé, vienne me chercher à l'école, ni inviter des amis à la maison comme nous habitions une pizzeria où mon père passait son temps à faire des travaux !" A fortiori si l'on souhaite s'inscrire dans le sillage de Jean-Baptiste Poquelin. "Quand on veut faire du théâtre à Marseille, la première chose est de perdre cet accent qui sent l'ail ! Ce n'est pas possible de jouer Tchekhov avec l'accent de Toulouse ou de Strasbourg bien qu'il y aurait des pistes à explorer ! J'ai donc passé des années à ne pas dire que j'étais marseillais, à ne pas parler avec mon accent. Je vis d'ailleurs à l'heure actuelle une espèce de schizophrénie, incapable de répondre en marseillais à quelqu'un qui ne l'est pas !" Cette interview le ferait presque mentir car, à l'évocation de cette enfance qui le hante, des fantômes de son passé, de ses madeleines de Proust - autant d'éléments de sa nouvelle création -, un parfum de Canebière vient égayer son bureau de Malakoff. "Je suis quelqu'un qui n'a quasiment près aucune imagination mais j'ai une très bonne mémoire. Et maintenant que j'ai fait mon coming out de la langue, j'ai envie de parler de gens sans importance, morts, que plus personne ne connaît et que je suis le seul à pouvoir ressusciter : la tante Victorine qui avait une réponse en chanson pour toutes les situations de la vie, Marcel Gaëtan, le pianiste d'un ancien cinéma porno..." Et Pierre de nous inviter à suivre le trajet d'un homme nous racontant ses premières fois, tout en endossant les voix de ses revenants. Sur le ton de l'humour, Et ta sœur ? se permet aussi quelques échappées politiquement incorrectes "par rapport à l'écologie notamment, puisque je dis, en substance, qu'étant donné que nous sommes trop nombreux, il va falloir tuer le plus de gens possible et donc demander des volontaires !". Comment le public phocéen accueille-t-il ces créations ? "Elles ont beaucoup de succès : on parle mieux de Marseille quand on en est parti. Ce fut le cas de Pagnol et c'est aujourd'hui celui de Philippe Caubère, Serge Valletti ou de mon beau-frère Guédiguian ! Marseille, c'est comme sa mère, elle vous énerve mais on ne peut pas s'en séparer. Nous ne sommes jamais que des maquereaux qui exploitons le fonds marseillais où la vie quotidienne est déjà très théâtralisée !"
Portrait par Alain Bugnard
Paru le 24/09/2007

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