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laurencine Lot


Nekrassov
En pleine guerre froide, un escroc de haut vol recherché par la police se fait passer pour un ministre soviétique en fuite et infiltre la rédaction d'un grand journal parisien anticommuniste. S'inspirant de l'affaire Kravchenko, Jean-Paul Sartre illustra l'instrumentalisation des médias, utilisés comme arme de propagande, tout en posant un regard cynique sur le monde communiste, dans son unique comédie, montée pour la dernière fois en 1978 et revisitée aujourd'hui par Jean-Paul Tribout.

Éric Verdin

est Georges de Valéra, alias Nekrassov récemment à l'affiche de Musée haut, musée bas de Jean-Michel Ribes et de Boulevard du boulevard du boulevard de Daniel Mesguich, Éric Verdin reprend le rôle-titre de cette comédie sartrienne : "Georges de Valéra est comédien dans l'âme. Il abuse de son art pour escroquer les nantis. Il infiltre le milieu de la presse et s'amuse à y semer le désordre. Sartre utilise la figure mythique du hors-la-loi pour passer au crible le fonctionnement des médias, où règne un cynisme absolu, et pour dénoncer leur absence totale de morale, de déontologie, d'objectivité, et leur collusion avec les politiques. C'est un peu comme si l'on montait aujourd'hui une pièce sur le délire anti-islamiste. Ces gens ont peur et s'attaquent à un ennemi imaginaire contre lequel exister. Mais à trop le combattre, ils finissent par ne plus exister par eux-mêmes. La pièce rejoint ainsi la philosophie existentialiste de son auteur qui nous invite à prendre notre vie en main. Elle encourage aussi à observer le monde tel qu'il est et non pas tel que la société de l'information veut nous le faire voir. Ce genre de texte est salutaire dans un monde de plus en plus virtuel où l'on nous vole notre vie en nous obligeant à revêtir plusieurs personnalités en contradiction avec nous-mêmes."

Marie-Christine Letort
est Véronique, une journaliste rose foncé


Reine Élisabeth dans le Richard III de Philippe Calvario, actrice de prédilection de Jean-Luc Revol (Tartuffe, Les Heures blêmes, Visiteurs...), Marie-Christine Letort signe, après Zoo, sa deuxième collaboration avec Jean-Paul Tribout. "Véronique est une militante de gauche. Elle est divorcée. Aujourd'hui, on parlerait d'une bobo, mais dans le contexte des années 1950, c'est une femme en rupture avec l'ordre établi. Elle est d'ailleurs la seule à démasquer Valéra, à lui faire mesurer les conséquences de son jeu de dupes. C'est la rencontre de deux esprits forts en réaction à un système qui ne leur convient pas. Contrairement aux autres personnages, Véronique n'est pas dans la farce. Elle incarne la gravité de l'engagement même si avec le recul de l'Histoire, on peut difficilement la suivre dans ses convictions. Elle pose en fait la nécessité de l'action et de la vigilance dans un monde où il ne faut jamais se laisser endormir. Aux festivals de Dax et d'Angers, où nous avons présenté la pièce pour la première fois, le public s'est vraiment senti concerné par le sujet, surtout dans ce contexte électoral où il a été justement question de la manipulation des médias et des alliances en politique."

3 rôles pour Jacques Fontanel

Dirigé par Jean-Claude Brialy, Jean-Laurent Cochet ou encore Pierre Mondy, Jacques Fontanel, qui fut également de Zoo, endossera les rôles de trois agents du système, dans cette pièce initialement composée pour vingt-trois comédiens : un policier "qui déteste les riches parce qu'il a évolué dans la mondaine, mais qu'il continue à protéger", un journaliste pinailleur soumis à son rédacteur en chef, "peut-être veule, comme les grands de la télévision, mais tout sauf faible ou débile mental" et, enfin, le président du conseil d'administration du journal, "une image d'Épinal, la caricature de l'homme d'affaires qui peut changer de bord du jour au lendemain sans scrupules pour servir ses intérêts. J'aime les projets de Jean-Paul, baroques, burlesques. 'Nekrassov' brasse beaucoup de thèmes sans prendre parti. On sent quand même que Sartre s'aveugle avec le communisme, qu'il sait des choses qu'il tait. C'est fascinant de voir à quel point il joue avec le feu. S'il n'en était pas l'auteur, la pièce serait sans doute censurée aujourd'hui, notamment pour quelques répliques évoquant la déportation. Sartre s'amuse avec tout, tape sur tout pour dénoncer l'immoralité des médias à travers leur goût pour le sensationnalisme. Ce genre de texte nous rappelle qu'il n'y a plus d'auteurs subversifs."


Jean-Paul Tribout,
metteur en scène


Directeur artistique des festivals de Dax et de Sarlat, vedette de la série télévisée Les Brigades du tigre, Jean-Paul Tribout, qui fut à l'affiche de plus de quatre-vingts spectacles, aime à s'emparer de pièces oubliées comme en témoignent ses récentes mises en scène : Zoo, texte de Vercors "au purgatoire", ou encore Une chaîne anglaise de Labiche, délaissée depuis le xixe siècle. "'Nekrassov' allie politique et comédie conventionnelle. Ayant vécu la guerre froide et connu un PC à 30 %, il m'amusait de faire revivre cette époque. Même si je n'ai jamais été communiste, j'ai de l'estime pour ceux qui ont espéré améliorer la société. On envisage aujourd'hui le monde d'une manière assez fataliste et il y a du Robin des bois ou de l'Arsène Lupin dans le personnage de Nekrassov. J'ai emprunté au cinéma américain les images qu'il nous a laissées pour illustrer une rédaction : des bureaux avec des machines à écrire et des stores vénitiens filtrant la lumière. Un poste de radio diffuse entre les tableaux des informations et des publicités d'époque. C'est un spectacle en sépia, sans couleurs violentes, jusque dans les costumes." Jean-Paul Tribout incarne aussi la figure du rédacteur en chef "entre le marteau et l'enclume. Il a le goût du pouvoir mais la pression des ministères et de son président avec ce scoop formidable qu'est l'arrivée de Nekrassov".
Dossier par Alain Bugnard
Paru le 17/10/2007

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