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Éric Métayer
D.R.


"Un monde fou" au théâtre La Bruyère
C'est avec la pièce de Becky Mode, que Stephan Meldegg clôture sa brillante direction du théâtre La Bruyère. Il retrouve Éric Métayer qu'il avait dirigé dans "Des Cailloux plein les poches"
Stephan Meldegg

Stephan Meldegg, alors ça y est, vous partez. Pourquoi ?
Un petit théâtre (335 places quand même !, ndlr) demande une présence et un engagement constants. Ça fait vingt-cinq années que je m'efforce d'être à la hauteur de cette tâche. J'ai envie de voyager, de me ressourcer, de trouver le temps de voir ailleurs ce qui se fait. Je vis aussi très mal la surproduction galopante du Théâtre en France. Le pays tout entier n'est qu'un Off Avignon permanent. Cela permet quelques rares découvertes, bien sûr, mais produit surtout une déprofessionnalisation dramatique de notre métier. Je veux toujours mettre en scène et jouer, mais je ne veux plus gérer.

Vous faites partie de ceux qui ont une programmation cohérente. Quel en était le moteur ?
Déjà, je voulais que toute l'énergie soit mise dans un seul spectacle. C'est pour cette raison qu'il n'y a pas eu de multiples horaires. Pendant vingt ans, j'ai pu m'y tenir grâce au Fonds de soutien. Ensuite, je souhaitais offrir du divertissement intelligent avec des pièces contemporaines, par lesquelles on pouvait aborder toutes sortes de sujets, même graves. Le plus souvent possible des pièces jamais jouées en France.

Vous avez déniché de bons textes, surtout anglo-saxons, votre théâtre de prédilection. Comment arrivaient-ils jusqu'à vous ?
Par les agents. Cela nous permettait avec Attica (Guedj) de les adapter. L'une des autres raisons de mon départ est qu'il est de plus en plus difficile de trouver le bon texte, le véritable coup de cœur, dont vous vous dites, quoi qu'il arrive : "Je dois le monter !" Et puis, les auteurs anglo-saxons se sont beaucoup durcis. Ils sont plus les enfants d'Edward Bond que de James Saunders.

Et vous en avez trouvé un pour votre départ !
Par Éric (Métayer) qui en avait entendu parler. C'est un morceau de bravoure pour un acteur car il doit jouer tous les personnages. Il est un comédien au chômage qui prend les réservations d'un grand restaurant, celui où il faut être vu. Lui, il est dans la cave et gère l'hystérie du haut. Éric, avec ce qu'il a fait dans Les Cailloux et même avant à la Ligue d'Impro, avait la capacité de sauter d'un personnage à l'autre, tant par la voix que par la gestuelle. C'est absolument fabuleux à regarder. Il devient un acteur important. Il est le digne successeur de son papa.



Éric Métayer

Éric Métayer, alors comme ça, c'est vous qui avez apporté ce projet ?

J'avais juste entendu parler de la pièce mais je ne l'avais pas vue. J'ai dit à Stephan : "Toi qui aimes les textes un peu fous, lis ça." Et il le lit et me dit : "On le monte en septembre." Je lui rappelle que je joue Stationnement alterné. Et voilà, on y arrive.

C'est ce qu'on appelle une performance ?
Oui. C'est pour ça que j'avais envie de le faire avec Stephan. Il n'y avait que lui pour arriver à gommer le côté performance. Il met en avant le plaisir du jeu, celui d'entendre une histoire et toute l'humanité qu'il y a dans ce texte.

C'est du boulot, non ?
Comme il n'y a rien, juste une table, j'invente. Il faut chercher les voix, les positions, les gestes. Il faut que ces trente-deux personnages soient compréhensibles, visibles en une dizaine de secondes. Trente-deux voix à trouver, c'est dur, surtout que je ne suis pas imitateur et que mon spectre vocal est réduit pour les femmes. Il faut trouver la subtilité. Alors, j'observe beaucoup autour de moi.

Et ces personnages, ils viennent facilement ?
Il y en a que j'ai déjà, je les ai trouvés tout de suite et ils s'imposent d'eux-mêmes. Il y en a que je n'ai pas encore rencontré. Je fais mon casting personnel.

Un sacré boulot !
Oui. Je dois savoir le texte, 85 pages, la gestuelle, toute
la mécanique. Tout doit être absorbé pour qu'à la première, on ne voit plus les fils qui tiennent tout ça. C'est assez jubilatoire.
Interview par Marie-Céline Nivière
Paru le 01/10/2007

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